• Fin des animaux sauvages dans les cirques, actions militantes devant des boucheries, remise en cause de l'élevage, vidéos dénonçant la réalité des abattoirs... tout ceci donne du crédit au mouvement «antispéciste».Le mot «spécisme» est entré dans les dictionnaires récemment, mais son usage se répand rapidement pour désigner des discriminations fondées sur l'espèce. Une des conséquences de l'antispécisme est le véganisme.Cet ouvrage percutant permet de comprendre les liens de ce mouvement avec des courants de pensée comme le socialisme, l'anarchisme et le féminisme. Il appréhende son rapport avec l'écologie, les religions et la critique du capitalisme, et finalement aborde la question de la convergence des luttes, mais aussi d'une redéfinition de la place de l'humain sur notre planète.

    Jérôme Segal est un essayiste et historien franco-autrichien, maître de conférences à Sorbonne Université ainsi que chercheur et journaliste à Vienne, en Autriche. Il est l'auteur de Animal Radical. Histoire et sociologie de l'antispécisme, (Lux, 2020), Athée et Juif. Fécondité d'un paradoxe apparent, (Matériologiques, 2016).

  • L'antispécisme - la lutte contre toute discrimination fondée sur l'appartenance à une espèce animale - est plus explicitement politique que le végétarisme ou le véganisme, qui sont essentiellement des modes de vie. Dès la fin du XIXe siècle, des communautés végétariennes et des groupes de pression ont lutté contre l'exploitation des animaux, mais c'est en Grande-Bretagne, au milieu du XXe siècle, qu'une autre forme de militantisme radical est née, notamment avec la création du Front de libération animale (ALF).

    Le présent ouvrage remonte aux origines de la cause animale et analyse la diversité des mouvements qui s'en réclament en étudiant de plus près l'antispécisme en France, au Canada et en Israël. L'auteur y aborde les points les plus sensibles de ce discours, tels que la comparaison entre les abattoirs et les centres d'extermination ou encore les liens avec l'esclavage et le sexisme. Il traite aussi du veganwashing, qui consiste à utiliser le véganisme pour occulter des injustices. L'ouvrage évalue ainsi les progrès de la cause animale et, plus globalement, de l'ouverture de nos sociétés aux questions liées à notre rapport aux animaux. Il a été écrit par un militant antispéciste, mais il ne s'agit pas d'un manifeste. C'est un portrait honnête fondé sur une trentaine d'entretiens et qui ne craint pas d'aborder les côtés moins reluisants du mouvement.

  • La notion d´information est particulièrement polymorphe, luxuriante même. Ses définitions prolifèrent, son domaine lexical est si vaste que la probabilité que deux spécialistes de l´information (sans plus de précision) évoquant cette notion ne parlent en fait pas de la même chose est très élevée. Nous avons tous une idée vague et courante de ce que ce terme veut dire, nous utilisons tous ce vocable aux multiples acceptions propres à notre quotidien, tandis que les physiciens et les mathématiciens, entre tentatives de formalisation rigoureuses et multiplications des domaines d´application de l´information, développent sans cesse leur compréhension de ce que certains voient comme une nouvelle catégorie du réel. Les sciences humaines, via notamment les sciences de l´information et de la communication, et la linguistique, ont également contribué à l´inflation conceptuelle et lexicale des usages et significations de ce terme. Quant à la biologie, il est patent qu´elle a incorporé l´information à son socle théorique de manière massive. Cette discipline est sans doute celle où cette notion est des plus discutée, notamment parce que la biologie peut dialoguer avec la physique, l´informatique et les mathématiques via la notion d´information, et parce que le programme génétique, Deus ex machina du fonctionnement cellulaire pendant ces cinquante dernières années, est redevable de fortes critiques issues de théories très stimulantes.


    Le livre de Jérôme Segal permet de comprendre les racines historiques et épistémologiques de cette profusion et des confusions qui continuent encore trop souvent à perturber notre perception de la notion scientifique d´information. Il s´interroge également sur l´unité du savoir que certains théoriciens de l´information ont cru fonder sur cette instance du réel qui a véritablement révolutionné le XXe siècle et qui sera sans nul doute un objet scientifique crucial durant le siècle en cours.



    Nouvelle édition (ouvrage initialement paru en 2003), augmentée d´une postface d´Antoine Danchin et de 800 liens hypertextes bibliographiques.



    Jérôme Segal est maître de conférences en histoire des sciences et épistémologie à l´université Paris IV. Diplômé de l´École centrale de Lyon, il a poursuivi ses études avec une thèse en histoire des sciences à l´université de Lyon suivie de recherches postdoctorales à l´Institut Max Planck d´histoire des sciences de Berlin. Depuis 2004, il vit à Vienne, en Autriche, où il a d´abord occupé les fonctions d´attaché de coopération universitaire et scientifique à l´ambassade de France, avant d´enseigner la philosophie à l´université de Vienne, puis de travailler sur un projet européen autour des festivals de cinéma.

  • Contrairement à une opinion commune, les termes « juif » et « athée » ne sont pas incompatibles. Sous la forme d'un essai tout à la fois argumenté et engagé, ce livre évoque la richesse de l'identité juive dès lors qu'elle s'émancipe du poids de la religion. Car il existe bien une identité juive culturelle, pluriséculaire, en perpétuelle évolution, libérée des dogmes religieux archaïques. À l'inévitable question « Qui est juif ? », l'auteur apporte une réponse éloquente : est juif qui se dit juif, quelles que soient ses raisons, culturelles, familiales ou philosophiques. Clairement distinguée du judaïsme, la judaïté - la diversité des manières d'être juif - devient alors passionnante. Pour beaucoup, elle se vit sous la forme d'une solidarité essentielle, contribuant à la mise en place d'un nouvel humanisme dont l'Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie - le Bund - en fut, à la fin du XIXe siècle, un précurseur héroïque. Cet humanisme s'inscrit dans un mouvement séculaire de désaliénation vis-à-vis du religieux, dont Spinoza fut l'un des premiers acteurs, préfigurant en cela le siècle des Lumières. Pour d'autres encore, judaïté rime avec cosmopolitisme et modernité - c'est précisément pourquoi l'historien Yuri Slezkine put nommer le siècle dernier le « siècle juif », au sens d'une identité universellement partageable car non exceptionnaliste et non essentialiste, par conséquent non hégémonique. Dans une époque marquée par un déchaînement xénophobe et l'essor des communautarismes, l'approche prônée par Jérôme Segal est salutaire : un appel à se délivrer des identités turbides et rigides, afin d'endosser des identités fluides et évolutives, libératrices. Cet essai peut ainsi se lire comme une invitation à des développements similaires, et à des rapprochements, dans d'autres milieux, notamment musulmans.

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