Hachette (réédition numérique FeniXX)

  • L'État moderne, du XVIe au XVIIIe siècle, n'a cessé d'accroître, de l'ouest à l'est de l'Europe, sa puissance. L'un des problèmes majeurs de « l'Ancien Régime » réside dans la résistance variable qu'opposent les noblesses à cette implacable évolution. Il en résulte une série de compromis, plus ou moins ouvertement avoués, qui marquent profondément les structures des états. Face aux deux modèles étatiques, français et anglais, l'est, le centre et le sud du continent adoptent des solutions diverses, les unes franchement conservatrices, comme en Pologne ou en Hongrie, mettant la puissance royale en échec ; les autres, apparemment plus favorables à l'action du prince, comme en Prusse, en Russie ou dans les états habsbourgeois. Ces compromis politiques sont provisoires, et sont souvent compensés par l'intrusion des noblesses dans les rouages administratifs ainsi que par des concessions sociales majeures. En même temps s'élaborent des idéologies à prédominance nobiliaire, qui ont profondément marqué les conservateurs européens des XIXe et XXe siècles. Il en résulte l'éclatante réussite d'une civilisation à la fois aristocratique et cosmopolite, dont Paris, Vienne et Saint-Pétersbourg comptent parmi les principaux centres.

  • Le mot « Régence » évoque l'attrait ambigu d'une fête - au sens le plus précis du terme - officialisée, sublimée aussi par la peinture de Watteau, mais tout autant crapuleuse ou « libératrice », juste revanche de la fin tartufienne du grand règne. L'image n'est pas inexacte. Encore faut-il la situer : la « fête » avait commencé bien avant, et le Régent ne fait qu'affirmer publiquement ce que l'aristocratie parisienne pratique de longue date. Face à l'incroyance des milieux dirigeants, qui participent à la « crise de la conscience européenne » consécutive à l'impact des grandes nouveautés scientifiques, le peuple demeure enfermé dans les réseaux tissés un siècle durant par la Contre-Réforme. Si les ports commencent à profiter de la grande mutation commerciale transatlantique qui se prépare, la plupart des villes françaises sont stabilisées. La campagne se remet, parfois difficilement, de la grande crise climatique des trois dernières décennies du règne de Louis XIV. La Régence amorce le renouveau économique qui va s'étendre sur la première partie du XVIIIe siècle. Après 1720, le paysan français connaît l'une de ses périodes « fastes » et, grâce à Law, la crise financière de l'État s'est considérablement atténuée, au prix d'un relatif bouleversement de bien des fortunes. Époque de contradictions, la Régence n'a pas fini de susciter controverses et discussions...

  • Du Colbert « justifié » par Voltaire contre l'avis de ses contemporains, héros national de la IIIe République, au Colbert de certains chercheurs actuels, édifiant sa fortune matérielle et politique, les images contradictoires du maître d'oeuvre des magnificences et des guerres de la période glorieuse du Roi-Soleil n'ont jamais manqué. Aux jugements passionnés des historiens sont venues se superposer les contradictions, non moins virulentes, des économistes, passés, présents, et sans doute futurs. Choisir entre ses versions partielles, et donc partiales, est chose trop facile. Toutes sont, à la fois, vraies et fausses. Car l'homme, comme tout humain, a été plein de contradictions. Au moment de son mariage, il possédait moins de 50 000 livres, à sa mort plus de 10 millions. Habitude du temps, les Louvois et autres réaliseront des performances assez comparables. Peu importe d'ailleurs. Reste sa (ses) politique(s). Quels en ont été les buts et les moyens ? Les buts sont clairs : donner au roi de France le maximum de puissance ; quant aux moyens, les choses sont beaucoup moins évidentes. On pourrait, en fin de compte, se demander si Colbert n'est pas, d'abord, un pragmatique, agissant au coup par coup, et camouflant cette manière d'agir (et d'être) de quelque justificatif « idéologique ». Pour l'essentiel, un ministre qui se veut rationnel, à une époque où, pour la première fois, le pouvoir commence à disposer de quelques-uns des moyens nécessaires pour gérer un pays.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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