• Jean Adnet est l'auteur d'une autobiographie de grand invalide, « D'un autre monde », très remarquée, lors de sa publication, par les critiques littéraires et par tous ceux qu'intéressent la psychologie de l'infirmité et la psychologie de l'amour. Le Prix Albert-Schweitzer 1959 consacra l'ouvrage. « Hôtel tout confort » reprend et développe sous une forme romanesque les thèmes profonds de « D'un autre monde ». Un jeune homme, un étudiant, est prisonnier dans un souterrain doté de tout le confort moderne, la lumière exceptée. Comment sa conception des choses et des êtres évoluera-t-elle durant d'interminables heures d'inaction ? Puis devant les projections cinématographiques où il verra ses parents et sa fiancée vivre sans lui ? Enfin dans des lectures où l'esprit est sollicité hors de toute activité corporelle ? Et, de retour à la vie normale, ayant beaucoup - mais négativement - appris, comment réagira-t-il ? Comment réagiront les autres ? Comment réagira-t-il de nouveau, face à leurs réactions ? Du Kafka ? Non. Du « policier » ? À peine. Mais la psychologie d'une personne qui s'est trouvée seule avec elle-même et se retrouve seule dans un monde peuplé de solitudes. Rendue plausible par un fait réel de la guerre 1939-1945, peut-être plus actualisée encore par la récente expérience du jeune spéléologue Michel Siffre, cette aventure n'est, matériellement, qu'un prétexte. Elle est, d'abord, l'aventure de chacun de nous, car chacun est « d'un autre monde ».

  • Ce récit se présente comme une lettre, une longue lettre à Nicole, la jeune fille qu'il a le plus aimée, celle qui l'a fait le plus souffrir, car elle l'a abandonné après lui avoir donné un peu d'espoir. Mais qui donc est ce narrateur, quel est cet homme qui souffre si fort d'un peu d'espoir retiré ? C'est un infirme. Il est paralysé de naissance. Il contrôle mal ses gestes ; il est sujet à des crises de bégaiement nerveux. Incapable de se suffire à lui-même, il est obligé de se déplacer dans une petite voiture. Le mal est incurable. Alors le malade écrit. Il écrit à Nicole. Il raconte son enfance immobile, son adolescence, tous les maux qu'il a dû endurer, toutes les souffrances d'amour-propre, et bientôt d'amour qui lui ont été imposées par sa condition. A cause de son corps mal bâti, il ne peut inspirer aux femmes d'autre sentiment que la pitié. Comme il est doué d'une pénétrante intelligence, il analyse avec une rigueur implacable le comportement de ceux qui l'approchent et essayent de le soulager : ses parents, des prêtres, quelques amis et surtout plusieurs jeunes filles (dont Nicole), dont il tombe successivement amoureux et qui se détournent de lui dès qu'il leur révèle ses sentiments. Ce document poignant est aussi un réquisitoire contre l'égoïsme et l'incompréhension des bien-portants, contre la maladresse dogmatique des prêtres qui prêchent la résignation et répètent : « Dieu l'a voulu, ne vous révoltez pas ». Un tel livre ne peut laisser indifférent. Il est l'expression sincère d'un état d'âme, et d'un état de drame, dont la cruauté fait réellement songer à l'Enfer.

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