• Pourquoi le libéralisme est-il aussi fortement dénoncé en France dans sa version économique, alors même que le libéralisme culturel, la liberté en matière de moeurs se voient exaltés ? La mentalité régnante en France attend tout de l'Etat, y compris qu'il garantisse par la loi tous les comportements des minorités . Les idéologies se réclamant de la gauche politique illustrent parfaitement cette attitude, en soi contradictoire. Jacques Rollet répond en revenant aux traits généraux du libéralisme à partir de la pensée de Hayek, théoricien majeur, mais relit aussi son meilleur adversaire, Cari Schmitt, auteur sulfureux dont se réclame une partie de l'extrême gauche intellectuelle. L'auteur étudie sans complaisance les traits caractéristiques de la culture sociale et politique en France, où la nostalgie de la Révolution française reste très forte. Et c'est aussi l'occasion pour lui de mettre en valeur l'apport du catholicisme dans son appréciation de l'idéologie libérale... Un ouvrage indispensable pour comprendre les grands enjeux de la future élection présidentielle.

  • Jacques Rollet, ancien prêtre, enseigne la science politique à l'université de Rouen. Docteur d'État en science politique, docteur en théologie, il est également chargé de cours à la Faculté des sciences sociales et économiques de l'Institut catholique à Paris. Il a publié, entre autres ouvrages : Le cardinal Ratzinger et la théologie contemporaine (Cerf), en 1987. Il collabore à la revue Esprit. L'ambition de Jacques Rollet, dans cet ouvrage, est d'explorer le rapport entre religion et politique, à partir d'une confrontation entre le christianisme et l'islam d'un côté, la modernité de l'autre. Pour ce faire, l'auteur entend tenir compte des problématiques de Pierre Manent et Marcel Gauchet, sur le « désenchantement » du monde démocratique. Mais ne renonçant pas à la modernité du message évangélique, il estime que les thèses de ces auteurs, ainsi quelles, issues des travaux conciliaires, sont toutes deux insuffisantes : la première minimisant la modernité du christianisme, la seconde voulant le contenir dans la sphère privée. Trois parties lui permettent alors de développer des thèses fortes : la première est consacrée au temps des fondations (Ancien Testament, Nouveau Testament, Coran, traditions médiévales chrétienne et musulmane). La seconde porte sur la modernité étudiée à travers l'avènement de l'individu (de Machiavel à Locke) et la Déclaration des Droits de l'Homme. La troisième partie présente la théologie politique du christianisme au XX ème siècle, l'islam contemporain sunnite et schiite en politique, et se conclut par un chapitre sur l'apparent conflit entre christianisme et modernité : car le christianisme délesté de l'argument d'autorité semble bien être une condition intrinsèque de l'humanisme démocratique, qui doit prendre au sérieux, aussi bien la gratuité fondatrice de l'autonomie de l'homme, que la question du mal politique, si présent au XX ème (étude de René Girard et Carl Schmitt). En accord avec les analyses de Luc Ferry sur le rapport entre éthique et théologie, l'auteur pense donc que les Droits de l'Homme doivent beaucoup à la tradition judéo-chrétienne : la liberté pour être volonté bonne, nécessite une inspiration qui la dépasse, hors de toute imposition autoritaire. C'est sur ce point que l'islam lui apparaît aujourd'hui comme incompatible avec la modernité démocratique. Gageons que cette dernière thèse, exposée avec nuance et rigueur scientifique, ne manquera pas de susciter de nombreuses polémiques.

  • Le triomphe de la démocratie est aujourd'hui incontestable dans les sociétés occidentales contemporaines, à travers l'aspiration générale à l'égalité. Mais ce triomphe de l'égalité et de la liberté fait dangereusement dériver nos sociétés vers un relativisme généralisé. À force de dire que toutes les valeurs sont équivalentes, que toutes les revendications des communautés, groupes ou individus sont légitimes, notre démocratie ne court-elle pas à l'éclatement ? C'est contre cette dérive que s'élève Jacques Rollet. Il s'en prend au positivisme qui marque encore fortement les réflexions contemporaines et tend à évacuer les valeurs au profit des faits. Car la démocratie suppose une réflexion éthique et peut mieux se comprendre en faisant appel aux ressources théoriques du judéo-christianisme. Il n'est que temps de réhabiliter des valeurs fondées sur le sens de l'homme et l'universel.

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