• On pourra trouver curieux que l'auteur J.R. Léveillé, qui avoue n'avoir que faire de la communauté dans ses oeuvres, ait tout de même consacré une partie du Temps à écrire sur son milieu ainsi que sur ses auteurs et ses artistes dans une anthologie de poésie, dans des textes de conférence et des articles ainsi que dans des numéros spéciaux de diverses revues. Il n'y a pas de contradiction dans cette entreprise : sa perspective heisenbergienne relève d'une liberté sans nom... En effet, J.R. Léveillé a toujours cru que si les productions culturelles peuvent finir par témoigner d'une époque et définir une culture, elles sont avant tout des oeuvres d'exception.

    Parade, ou les autres par J.R. Léveillé réunit donc beaucoup de singularités : Histoire de la littérature franco-manitobaine. Interviews : Marie-Anna Roy, Roland Mahé. Essais sur Paul Savoie. L'identité franco-manitobaine. Le journal littéraire de Guy Gauthier. Les photographies de Dominique Rey. Écrits sur les arts. Deux siècles de poésie franco-manitobaine. Tombeaux et médaillons : Lionel Dorge, George Swinton, Roger LaFrenière, Charles Leblanc, Jean-Pierre Dubé, Alexandre de Laronde, Louis-Philippe Corbeil, Étienne Gaboury. Modernité du théâtre franco-manitobain.

  • Entrevues, essais, articles, chroniques. Variations sur un thème ? Il y a eu en effet, au fil des années et des écrits, certaines insistances sur « ... les mêmes citations, les mêmes références, allusions, métaphores, métamorphoses ». Pourquoi ? « Eh bien ! j'aime cette couleur. J'adore cette épopée ramassée. Je veux coller et recoller cette image sur la face de la terre. » -- New York Trip. Bien sûr ces écrits n'ont pas tous le même poids allant de l'entrevue à l'article à la simple chronique et l'ensemble, car c'en est un, comprend pour terminer un texte de fiction qui ne l'est peut-être pas. De la disparate apparente de ses Divagations, Mallarmé ne disait-il pas qu'elles « traitent un sujet, de pensée, unique ». Cela suffira à expliquer, je crois, la rigueur que j'attribue à ces improvisations. Il n'est pas insensé, par contre, de rappeler que les plus récentes théories scientifiques indiquent que même les atomes possèdent le libre-arbitre. J.R.L.

  • L'été à Ganiishomong : l'écriture poursuit la fiction dans l'extase du temps. Les souvenirs d'enfance (la nudité des cousines est désirable ; le piano de la mère un délice) se prélassent sur la plage d'une communauté métisse près de Saint-Laurent, dans le Far-West canadien, avec la musique de Bach et de Mozart, les poètes taoïstes et les penseurs présocratiques. Il y a place pour la Bible et Rimbaud. Baudelaire a trouvé le lieu. Geneviève Asse et Agnes Martin sont des habituées. Lacan y est passé. Les nonnes et abbesses zen l'habitent toujours. Glen Gould demeure un penseur incontournable. Il joue du piano comme si c'était un clavecin. Les mouettes passent, les vagues se lèvent et se taisent. La nuit est fraîche. Le champagne frais. On retrouve l'art comme pensée poétique, la poésie comme pensée philosophique et le roman comme poésie, avec la musique en arrière-fond cosmique.
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    EXTRAITS

    « Il y a des matins de grande indifférence. On se lève. On va vers le paysage, café à la main. Rien ne nous tente, rien ne nous indispose. Le soleil ne s'est pas encore étendu sur l'ensemble de la journée. Tout est neutre. Les oiseaux s'affolent déjà à la mangeoire. Les carouges ne cessent de jacasser. Le chien veut sortir. Alors, on s'assoit, on ouvre le grand cahier à dessin, on prend plume. Soudain tout s'éveille, tout prend vol. L'espace est mieux défini entre les branches et les feuilles. Les troncs et les branches davantage délimités. Ce n'est pas qu'il fasse plus jour. C'est qu'il y a eu transposition. Un rouge-gorge apparaît sur un tronc. Semblable au bouvreuil dans Le déjeuner sur l'herbe de Manet.

    Le rouge-gorge était là depuis longtemps; la brosse à la main l'aperçoit dans le décor qui prend vie. C'est du certain. Ça ne se passe pas autrement. La description est tout en littérature comme en art. Qu'est-ce que la description sinon la qualité des êtres et des choses. Là, quelques notes d'Arvo Pärt transpercent sur la chaîne audio et retiennent mon attention. Lui aussi prend son temps à ponctuer. Qu'est-ce que la ponctuation, si ce n'est une touche de description ? Voilà, cela est clairement établi. Enfin, entre le regard fixé sur la toile naturelle devant nous, et la main à la pâte, le temps s'est un peu étendu. On est prêt pour un autre café. L'on se dit que le grand Vide impassible n'est pas un néant. Joie latente. »



    « Des vagues de l'aube, il ne reste plus que l'écume des dernières à s'esclaffer sur la rive. Toujours un peu de vent. On le sent. Frais. Mais l'air se réchauffe. Dans deux heures, on sera nu au soleil. Pour le moment, les pieds bien ancrés dans le sable.
    J'entends une flûte jouer dans ma tête. La flûte est un instrument de voyage. Je ferme les yeux, je suis son enchantement, je rêve.
    Enfin, je me dis, en me réveillant, le son de ces vagues, c'est la voix du vent.
    Voilà, c'est déjà une bonne journée. »

  • Au sommaire et en couverture du numéro hivernal du magazine Nuit blanche, retrouvez un portrait de l'écrivain américano-montréalais David Homel que Michèle Bernard a rencontré. Redécouvrez, dans la rubrique Écrivaines méconnues du XXe siècle, l'oeuvre abondante de la chroniqueuse et romancière Jeanne Loiseau, connue sous le pseudonyme de Daniel Lesueur, active jusqu'au début de la Première Guerre mondiale. Dans la rubrique Écrivains franco-canadiens, c'est le travail du Manitobain Rossel (né Russel) Vien, alias Gilles Delaunière, alias Gilles Valais, historien, écrivain, journaliste et animateur de radio, décédé en 1992 qui est mis en lumière. Ce numéro propose aussi une réflexion sur Bob Morane et le Québec dans la foulée du livre Les éditions Marabout, Bob Morane et le Québec de Jacques Hellemans, un regard sur la littérature acadienne et de nombreuses suggestions de lecture pour peupler l'hiver.

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