• "Le Temps régit tout", répète souvent Amadou qui aime dire en une formule hermétique et provocante : "Le Temps m'effraie, c'est pourquoi j'adore la paresse". A la fois antisocial et antireligieux, signe d'échec de mauvaises gouvernances, insulte à la dignité spirituelle de l'homme et à son destin métaphysique, Le temps de la paresse demeure l'éternel ennemi, la sourde et constante menace, le mal absolu. Il peut, cependant, de loin en loin, quelquefois, inciter à la création, quand on sait et arrive à le combler d'une présence active qui en informe la négativité.

  • Le maraboutage au Sénégal

    Ibrahima Sow

    • Nena
    • 1 Décembre 2020

    Le maraboutage au Sénégal est un ouvrage qui s'intéresse à l'imaginaire des Sénégalais à partir de la description de pratiques mystiques auxquelles ils ont recours au quotidien et qui, en grande partie, déterminent tous les pans de leur existence : amour, politique, profession, mariage, voyage, sport, bonheur, virilité, fécondité, santé... Il y est ainsi perceptible la dimension angoissante, persécutive voire paranoïde, quasiment pathogène, du vécu existentiel des Sénégalais, écartelés entre les réalités du monde visible et celles du monde invisible, entre les aspirations individuelles et la volonté contraignante des groupes de pression, entre la responsabilité personnelle et sa projection dans le « on » et dans la volonté divine. L'existence de la quasi-majorité des Sénégalais semble beaucoup plus dépendre de facteurs, non pas endogènes, mais étrangers et exogènes, vécus dans une étrange intimité, qui la conditionnent et la régissent au point d'être considérés comme les principales causes d'échecs, de maladies voire, parfois, de mort. De même, la réussite, la chance, la santé ainsi que le bonheur dépendraient moins du mérite personnel, réalité qui passe pour accessoire, que de facteurs étrangers à soi, mais quasiment sacrés pour les Sénégalais, tels que la baraka du père (barke baay), la bénédiction de la mère (gërëmu ndèy), les prières du marabout (nianu seriñ), les bonnes actions d'offrandes et de sacrifices (sarax), le maraboutage (liggèy)... et que sais-je encore! Rien ne semble donc échapper à la réalité souveraine de l'imaginaire dont l'impérieuse autorité conditionne l'existence de la plupart des Sénégalais qui s'inscrit davantage dans une logique de participation d'ordre symbolique et magique qu'elle n'est régie par la Raison. En effet, la logique de l'imaginaire s'éprouve, mais ne se prouve pas. Elle n'est pas rationnelle, mais sympathique et mystique. Elle ne s'explique pas, mais se comprend. Plus on la réfute, plus elle s'alimente d'anecdotes. Après toutes ces pratiques décrites, après toutes ces formes et techniques de maraboutage et de procédés mystiques dont l'ouvrage rend compte, et qui ne constituent en somme qu'une partie visible de l'iceberg de l'imaginaire sénégalais, dira-t-on encore, à la suite du philosophe René Descartes, que « le bon sens est la chose la mieux partagée au monde »?

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