• La période moderne (entre la fin du XVe et le début du XIXe siècle) n´avait jusqu´ici fait l´objet pour le Roussillon, autrement désigné Comtés ou Catalogne du nord, que d´assez rares travaux orientés surtout vers 1659 et l´annexion au royaume de France.

  • La fiscalité et les finances municipales, longtemps délaissées par la recherche, font aujourd'hui l'objet d'une meilleure attention. Sur les rives nord de la Méditerranée occidentale les villes ont souvent constitué de précoces laboratoires pour la fiscalité et l'administration des finances, par là pour le statut des habitants, l'évaluation des fortunes, la connaissance et la mesure de la propriété... etc. Aborder ces questions est rencontrer l'état, nécessairement. Le territoire étudié - la principauté d'Andorre, le nord de la Catalogne, le Languedoc - offre un large éventail de systèmes fiscaux, de gestions municipales, de relations avec les royautés : l'autonomie la plus complète en Andorre, une relative résistance à la pression fiscale de la couronne d'Aragon puis de la Castille en pays catalan, une sujétion pesante dans le royaume de France. Voire, dans le cas du Roussillon, l'exemple d'un changement de souveraineté à la suite du traité des Pyrénées. Les études réunies embrassent l'ensemble de ces thèmes, extrêmement riches, dans une perspective comparative, en s'efforçant de mettre en oeuvre une documentation inédite.

  • Avant le XIXe siècle, un individu sur deux mourrait avant vingt ans. La minorité se prolongeait jusqu'au mariage - tardif alors -, à vingt-cinq ans et parfois au-delà. Les mineurs, qu'ils soient appelés à disparaître prématurément ou à entrer dans le monde des adultes, constituaient la majorité de la population. Or on les connaît mal. Les historiens ne s'y sont intéressé qu'assez tardivement en privilégiant les turbulences juvéniles. Mineurs, Minorité ; Jeunes, Jeunesse, est pourtant un thème d'une incomparable fécondité si on l'embrasse depuis la naissance jusqu'à son terme, l'émancipation. C'est ce qui est tenté ici en mettant en synergie les compétences du droit, de l'histoire, de l'histoire de l'art. Le droit protège les mineurs, trace des bornes. Entre elles, le flou est beaucoup plus grand, des âges de la vie, des représentations, précisées ici grâce à celles de l'enfant dans les retables baroques. Le désordre, les transgressions, commis exclusivement par les garçons célibataires âgés de plus de quinze à seize ans, permettent de mieux apercevoir une jeunesse plus diversifiée qu'on ne le croit, mais aussi, en contrepoint, les comportements, les normes sociales à la campagne comme à la ville. Une contribution importante, dans le cadre du nord-ouest de la Méditerranée, à un champ d'étude insuffisamment cultivé en dépit des problèmes et interrogations que suscitent actuellement les mineurs et la jeunesse en général.

  • L'histoire de la justice et des justiciables s'est longtemps bornée aux grandes institutions : le Parlement en Languedoc, le Conseil souverain dans la province du Roussillon. Les justices inférieures (on dit secondaires et subalternes) restaient dans l'ombre, desservies par leur médiocre réputation et la conservation très inégale de leurs archives. On sait maintenant les limites de cette approche : les cours souveraines jugeaient principalement en appel, la majorité des affaires était traitée par les justices de première instance. Or, contrairement au discrédit supposé dans lesquelles elles seraient tombées, elles restaient vivantes le plus souvent, fonctionnaient mieux qu'on l'a dit. Les justiciables appréciaient ces justices de proximité, relativement rapides, peu onéreuses, où la porte restait ouverte aux accommodements entre parties adverses. Les tribunaux des vigueries de la province du Roussillon, étudiés pour la première fois grâce au classement récent de leurs archives, illustrent ce constat. Ils ne perdent rien de leur vigueur après le traité des Pyrénées, servis par des juges du cru formés à l'université de Perpignan. Là étaient portés les conflits du quotidien, depuis les altercations de voisinage jusqu'aux vols de bestiaux, aux viols, aux meurtres. Les caractères et le fonctionnement profond de la société se dévoilent à travers eux.

  • Interroger les pouvoirs locaux, leur organisation, leur fonctionnement, leurs relations avec le pouvoir royal, reste un thème inépuisable encore neuf, surtout si l'on se place dans une perspective comparative, ce qu'offre le cas du Roussillon annexé en 1659 et du Languedoc intégré trois siècles plus tôt au royaume de France. Les différences entre les deux provinces sont profondes en effet derrière les apparences. Leur analyse fait redécouvrir le statut des individus, leur droit à la représentation, les stratégies déployées pour accéder au pouvoir, bénéficier des avantages qu'il confère, éviter les charges qu'impose la qualité de citoyen. Dépasser les cadres institutionnels, relativement stables, permet de se placer au plus près des réalités, au coeur des relations sociales, du fonctionnement de l'État, infiniment plus complexe et nuancé qu'on ne l'a longtemps cru. L'exemple des deux provinces intéresse le royaume de France dans son ensemble.

  • Le thème des relations entretenues par le clergé avec les fidèles durant la période moderne paraît au premier abord très classique. Si l'on est attentif à l'historiographie, on constate cependant qu'il s'agit d'un aspect peu abordé de la vie de l'Église, comme de celle en société, délaissé au profit des institutions, des questions doctrinales, de la spiritualité. Ces relations échappent en grande partie en effet. Peu d'ecclésiastiques se sont épanchés sur ce point, les laïcs encore moins, et l'on peut hésiter entre les modèles de prêtres accomplis proposés par des ouvrages qui informent plus sur des attentes que sur des expériences vécues, les dénonciations d'ecclésiastiques indignes, et les plaintes de curés excédés par les paroles injurieuses, les gestes déplacés, dont on ne sait s'ils sont le fait d'énergumènes ou d'individus agissant au nom de groupes plus larges. La vie paroissiale n'a pas été exempte de tensions. Au-delà de la personnalité des individus, il est vrai que la nature des relations entre les desservants et les fidèles se modifia au XVIIe siècle. L'effort de réforme auquel l'Église catholique procéda avec le concile de Trente ne fut pas sans effets. Mieux formés, les prêtres résidèrent, devinrent plus exigeants que leurs prédécesseurs du XVIe siècle. Cela ne les rapprocha pas toujours des fidèles restés d'invétérés danseurs, au contraire. C'est donc la position des prêtres dont le rôle ne se bornait pas aux fonctions pastorales - en pays catalan par exemple ils recevaient les testaments, intervenaient dans le choix des conjoints... -, leur vécu, plus largement la vie paroissiale, qui sont examinés à partir de cas concrets. Il en découle un regard renouvelé sur un aspect central de la société d'Ancien Régime.

  • Relativement délaissés par la recherche historique depuis quelques lustres, sauf sur des points très particuliers, métiers et gens de métiers sont un des socles les plus solides et les plus représentatifs des sociétés préindustrielles. Par eux se transmettaient les savoir-faire, se forgeaient des identités fortes. L'ouvrage, à travers des études de cas portant sur le Languedoc et le Roussillon, étudie la formation des gens qui relevaient des « arts mécaniques », l'accès à la maîtrise, la localisation des artisans dans les paroisses et les rues, l'intérieur des habitations, le recrutement, l'esprit de corps facteur d'identité, gage de pérennité, parfois aussi de repli sur soi et d'affadissement de l'élan créateur, ce que l'on découvre en Roussillon avec les peintres et les sculpteurs au XVIIIe siècle après un demi-siècle étonnant par la qualité de ses productions artistiques. Cet ouvrage, attentif à montrer que dynamiques économique, urbaine, sociale, sont intimement liées, ainsi que les courants de la vie matérielle, artistique et spirituelle, tend à combler une lacune dans la bibliographie méridionale. Il intéressera d'autant plus qu'il ne se limite pas à l'étude des artisans, mais aussi aux métiers de la santé, de la justice, voire à des nouveaux venus comme les marchands juifs au XVIIIe siècle.

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