• Émile Meyerson (1859-1933), philosophe français, juif d'origine polonaise, chimiste formé en Allemagne, a élaboré une oeuvre de philosophie des sciences considérable, forte de plusieurs volumes, qui embrasse les conceptions de la science classique comme les principes de la thermodynamique, la théorie de la relativité et la mécanique quantique.
    L'oeuvre de Meyerson a longtemps été négligée dans la tradition épistémologique française, alors qu'elle avait rallié à elle nombre des physiciens aussi éminents qu'Einstein et de Broglie ou des psychiatres comme Minkowski et le jeune Lacan.
    La « philosophie de l'intellect » de Meyerson fait de la recherche d'invariants dans la nature le principe fondamental de la raison et le ressort inaperçu de l'histoire des sciences. Elle a su aussi bien s'expliquer avec la pensée idéaliste allemande qu'interroger le fonctionnement du sens commun. Elle a entretenu des relations complexes avec certaines théories majeures de son temps, celles de Brunschvicg et de Bachelard, ou celles de Frege et de Schlick. Par son analyse des paradigmes scientifiques du passé, Meyerson annonce Koyré et Kuhn, qui se sont d'ailleurs réclamés de lui. Il ouvre ainsi des perspectives plus que jamais d'actualité dans les débats contemporains en philosophie des sciences.
    Frédéric Fruteau de Laclos, agrégé de philosophie, est maître de conférences à l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne et membre du Centre d'histoire des systèmes de pensée moderne. Il a publié en 2009 L'épistémologie d'Émile Meyerson. Une anthropologie de la connaissance et Le cheminement de la penséeselon É. Meyerson, et plus récemment La psychologie des philosophes. De Bergson à Vernant.

  • Décrire la psychologie des philosophes, ce n'est pas fouiller dans leur vie pour exhiber leurs petits secrets. C'est plutôt constater qu'entre les deux extrêmes d'une métaphysique de la durée et d'une anthropologie de l'homme grec, une lignée de penseurs initialement formés à la philosophie a fourni une contribution décisive à l'histoire de la psychologie. C'est exhumer des entreprises originales aussi méconnues que la psychologie historique, objective, comparée d'Ignace Meyerson, ou la psychologie sociale génétique de Philippe Malrieu, ressaisies dans leurs relations concrètes. Mais c'est aussi prendre conscience que nombre de grandes figures de la philosophie française ont croisé la route de ces psychologues au point de retrouver, sans toujours le dire, leur méthode, leur objet ou leurs concepts - comme l'ont fait Jean-Paul Sartre et Michel Foucault. C'est enfin se rendre compte que, par-delà l'opposition des structuralistes à la psychologie et en marge des développements des sciences cognitives, il y a place dans la pensée contemporaine pour ces hybridations « psycho-philosophiques ».

  • La philosophie des sciences d'Émile Meyerson (1859-1933) suscite aujourd'hui un regain d'intérêt. Proche de Bergson, de Brunschvicg et de De Broglie, Meyerson apparaît comme un membre éminent, quoique négligé, de la tradition épistémologique française. Antipositiviste, fin connaisseur de la science classique et de la thermodynamique, il propose de pénétrantes interprétations de la relativité et des quanta. Nourri de métaphysique allemande, il est également curieux des avancées théoriques de son temps, comme en témoignent ses riches correspondances avec Einstein, Husserl, Cassirer, ou encore Dewey et MacTaggart. L'oeuvre foisonnante et complexe de Meyerson, critiquée par Bachelard, n'a cessé d'être lue et appréciée de penseurs tels que Popper, Kuhn et Quine. Cette étude, s'appuyant sur les grands ouvrages publiés du vivant de l'auteur, mais aussi sur des archives inédites, montre que l'épistémologie meyersonienne représente une très originale et très actuelle anthropologie de la connaissance. Frédéric Fruteau de Laclos, agrégé et docteur en philosophie, est maître de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre de l'Institut d'Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques.

  • Les études ici rassemblées interrogent les articulations et désarticulations que Jean-François Lyotard place au principe du langage. Le volume dessine ainsi les lignes de force et les déplacements de sa pensée, ses présupposés et ses apories. Il montre les malentendus et les polémiques suscités par sa réécriture radicale de la rationalité. « Pas de langage en général », dit Lyotard, mais des langages multiples, des types de discours hétérogènes que la politique brasse sans pacifier leurs conflits. La recherche du consensus, dont l'« éthique de la discussion » a souligné l'importance, tend à occulter les différends qui divisent les fins respectives des genres de discours. « On ne peut pas être pacifiste en matière de phrases, et pas indifférent. » Car tout enchaînement discursif signe la victoire d'un genre et porte tort aux autres. Sans compter que la parole, quel qu'en soit le registre, éclipse par principe ce qui échappe aux contraintes linguistiques, ce champ de la sensation et du sentiment que Discours, figure explorait, dès 1971, en inventant le « figural ». Après 1983, après l'« ontologie des phrases » du Différend, Lyotard cherche à cerner ce que les mots laissent en souffrance et dont ils doivent pourtant témoigner. Phrase-affect, infantia, donation sensible, Chose sont quelques-uns des noms sous lesquels il pense alors ce qui résiste au langage, le travaille de l'intérieur et signe la difficulté de l'écriture. Ont participé à ce volume Isabelle Aubert, Geoffrey Bennington, Gaëlle Bernard, Corinne Enaudeau, Frédéric Fruteau de Laclos, Alberto Gualandi, Laurence Kahn, Charlotte Murgier, Andreas Niederberger, Sophie Nordmann, Michel Olivier, Claire Pagès, Ronit Peleg, Gérard Raulet, Jean-François Rey, Jean-Michel Salanskis, François-David Sebbah, Gérald Sfez, Rieke Trimçev.

empty