Fayard

  • Rochelle

    Eric Fottorino

    • Fayard
    • 2 Mai 1991

    Rochelle 1958. Sur le lit de Lina qui vient de mettre au monde un petit Paul, une ombre s'allonge et disparaît. Vingt ans se sont écoulés. Paul Dupaty, cycliste du dimanche et juriste herbeux, part à la recherche de cette ombre qui obscurcit parfois les photos de famille.

    Ce n'est pas la silhouette d'Etienne, le marchand de cannes à pêche, de leurres et d'amour filial, le mari de Lina depuis dix ans. Pourquoi Simon Moncif, le Juif beau parleur, a-t-il quitté la jeune Lina, enfant de Marie? Est-ce à cause de Rochelle la huguenote, réputée pour son obstination à dire non?

    La ville est transfigurée. Elle élève des statues à son bourreau Richelieu, célèbre les mariages mixtes et désarme les navires. Une ville fardée, une belle menteuse qui met la mer en fuite et renie son passé à mesure que Paul veut retrouver le sien.

    Collectionneur de regards, le jeune homme souffre d'un assèchement des yeux qui s'aggrave avec le retrait troublant de l'océan. Il aimerait comprendre. La ville, croit-il, possède cachée la clé de son identité. S'il ne pédale pas la nuit, il parcourt Rochelle en compagnie d'une mystérieuse Hélène, domiciliée dans un bateau-livre, qui change souvent de nom et protège l'enfance des briseurs de rêves. Rochelle sans mer n'a plus d'image, comme un jeune homme privé de père. Qui de la ville ou de Paul donnera le plus à l'autre?

    Eric Fottorino a trente ans. Il est journaliste au Monde depuis 1986. Rochelle est son premier roman.

  • Notre siècle a perdu l'homme de terre. Le Sud paie de sa survie l'élimination massive des paysans. A l'Est, après soixante-dix ans de communisme, le marteau a écrasé la faucille. Et au Nord, les excès de la modernité, des machines et de la chimie préparent l'avènement d'une banquise brune, ces jachères qui cultiveront demain leur gémellité avec la friche, sauf si l'intelligence ou le bitume... Paysans sans terres sous les tropiques, terres sans paysans sous nos yeux, glorification fatale de l'homme de fer dans l'ancien " glacis ", c'est partout le désarroi.
    Il subsiste cependant une agriculture vivante et diverse, dont les performances n'ont pas gommé l'apprentissage des savoirs, des terroirs, des gestes ancestraux sans cesse améliorés. Cette agriculture, perçue comme un art de localité, existe en France, pays au climat tempéré qui n'ignore pas les passions. Epilogue d'une lointaine hémorragie, la plupart des paysans auront disparu à la fin du siècle. Ceux qui resteront vont connaître un vertige horizontal: occuper, avec bêtes et plantes, plus de la moitié du territoire français. Esseulés et nécessaires funambules, surhommes de la terre. Dix mille ans après son apparition, l'agriculture est-elle encore cet acte d'enracinement qui marqua la fin du nomadisme et rendit tangible le souci du lendemain? Le XXIe siècle en quête de spiritualité retrouvera peut-être la foi du semeur qui sacrifie une graine pour voir lever un épi. Si elle le veut, la France sera le pays où s'arrête la chasse à l'homme de terre.
    Eric Fottorino, trente-trois ans, est journaliste et écrivain, chargé d'enseignement à l'Institut d'Etudes politiques de Paris. Ancien spécialiste des questions agricoles au Monde, il a publié plusieurs essais dont La France en friche (Lieu Commun, 1989). Il est l'auteur d'un roman, Rochelle, paru en 1991 chez Fayard.

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