• L'étonnante fortune dont jouit aujourd'hui encore l'oeuvre de Clausewitz (1780-1831), l'auteur du fameux traité De la guerre, présente un caractère quelque peu paradoxal. Du point de vue de son objet propre, la guerre, la pensée de Clausewitz correspond en effet à une période historique précise - le concert des grands Etats européens aux XVIIIe et XIXe siècles -, et l'on peut juger que cette époque est à présent révolue du fait de l'avènement de l'arme nucléaire, du fait aussi des effets de la mondialisation sur l'autonomie et la consistance des Etats. Pourtant les oeuvres de Clausewitz présentent bien davantage qu'un intérêt historique.
     On peut d'abord y trouver les fondements d'une théorie générale de l'action dans le milieu de l'incertitude et du risque ; mieux, toute doctrine qui prend pour axiome premier la souveraineté de l'individu et qui essaie de construire sur cette base le social, le politique ou l'historique est nécessairement amenée à penser la vie sociale sur le modèle de la guerre ; dès lors, elle a tout intérêt à se tourner vers Clausewitz, où elle trouvera une description, à ce jour inégalée, des formes générales que prend le conflit lorsqu'il oppose des volontés à la fois intelligentes et passionnées.
    C'est à l'étude de la genèse de cette pensée et à l'évaluation de sa validité dans les conditions de l'action politique et sociale contemporaine que s'est attaché Emmanuel Terray dans cet essai.
     Emmanuel Terray est anthropologue à l'Ecole des hautes études en sciences sociales.Parmi ses derniers livres : La Politique dans la caverne (1992), Une passion allemande (1994) et Ombres berlinoises (1996). 

  • « Je voudrais, après tant d'autres, rouvrir le procès de la Révolution, et donner tout d'abord la parole à un procureur jusqu'ici peu entendu : Joseph Joubert (1754-1824). Ami de Chateaubriand, il consacre une part importante de ses Carnets à une méditation sur la Révolution française, dont il a été un témoin engagé. Ses conclusions - sévères - l'amènent à condamner sans réserve ce qu'il considère comme la cause principale de la tornade révolutionnaire : l'esprit des Lumières. On donnera acte à Joubert de ce point : il y a un lien organique, une solidarité essentielle entre la Révolution et les Lumières. Deux siècles plus tard, après les expériences russe et chinoise, qu'en est-il de la Révolution ? Est-elle toujours d'actualité ? Et si l'on continue de voir en elle la fille des Lumières, comment la penser de telle sorte qu'elle reste fidèle à son hérédité ? » E. T. Emmanuel Terray est anthropologue et directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. Il a notamment publié chez Odile Jacob Lettres à la fugitive et Ombres berlinoises, qui ont été de grands succès. 

  • Après deux siècles d'affadissement, l'Absolu retrouve avec Luther son incandescence et sa vigueur sauvages. Puis Kant entreprend de dresser entre l'homme et l'Absolu une barrière protectrice, mais elle s'avère bientôt précaire et poreuse. Schiller fait de la réconciliation l'attribut majeur de l'Absolu, et installe celui-ci dans le passé et dans l'avenir ; nous pouvons donc nous en approcher par la mémoire et par l'espoir, mais cela ne suffit pas à sauver notre présent. Bravant les interdits de Kant, Höderlin s'élance comme un nouvel Icare au-devant de l'Absolu, et retombe foudroyé. Kleist au contraire respecte scrupuleusement la frontière tracée par Kant, mais il découvre qu'à l'intérieur de la contrée ainsi délimitée la vie est impossible, et il en tire les conséquences.
    /> La morale de ces histoires est à la fois banale et désespérée : nous ne pouvons pas vivre avec l'Absolu, et nous ne pouvons pas vivre sans lui. Refuser le divertissement, s'établir dans cette contradiction et en accepter les effets, telle est alors la voie que nous enseigne, pour le meilleur et pour le pire, cette " passion allemande ".

  • Etat et société civile, tradition et modernité, causes internes et pressions externes, ces oppositions usées ne permettent plus de saisir la réalité complexe des Etats africains d'aujourd'hui. De même, la description en termes de classes succombe trop souvent à la tentation de l'économisme, tandis que les ethnies sont abusivement transformées en espèces naturelles figées et immuables. Du coup, l'insuffisance de nos instruments d'analyse nous conduit à parler de crise de l'Etat alors que nous assistons en fait à la genèse de formes politiques nouvelles et spécifiques : ce qui est en crise, c'est avant tout l'arsenal des concepts à travers lesquels nous essayons d'appréhender la réalité de l'Etat contemporain en Afrique.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Au principe de ce livre, une conviction : les penseurs de la Grèce antique – et pas seulement Socrate, Platon et Aristote, mais aussi leurs interlocuteurs et leurs adversaires – ont encore quelque chose de fondamental à nous dire sur deux ou trois des problèmes majeurs de notre temps.
    Pour explorer les débats où s'est formée la conscience politique occidentale, Emmanuel Terray convie les sophistes et les médecins de l'école hippocratique, il interroge l'histoire de Thucydide et le théâtre d'Euripide.
    De chapitre en chapitre sont ainsi restituées les lignes de force d'une réflexion politique originale, dont les questions sont aussi les nôtres : quels sont les risques d'une démocratie qui reconnaîtrait sans réserve la souveraineté de l'individu ? Peut-on assurer la cohésion et le salut de la cité sans invoquer une loi transcendante, celle de Dieu ou de la nature ? L'égalité est-elle une condition nécessaire à l'exercice des libertés civiles et politiques ?

  • Ce volume souhaite proposer, au travers d'une mosaïque de points de vue, la complexité de la pensée de Françoise Héritier, dont nous n'avons de cesse de mesurer l'importance et l'ampleur.
    Les travaux de Françoise Héritier ont apporté un éclairage tout particulier sur la pensée féministe et le champ de la domination masculine, mais aussi sur les systèmes de parenté, les fluides corporels, le sida et beaucoup d'autres sujets qui ont fait d'elle l' « anthropologue dans la cité ». En creusant au plus profond de nos cultures communes Françoise Héritier est parvenue à éviter la réduction de ces cultures à une pensée abstraite et théorique. Elle a su avant tout, prendre la mesure de l'être humain constitué de sens, d'émotions et de subjectivité. Elle a partagé dans ses derniers livres cette « légèreté », cette « grâce dans le simple fait d'exister » qu'elle revendiquait sans honte. Ce « sel de la vie », « trésor caché en nous » où l'amour des mots devenait aussi l'amour de l'autre.

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