• Dans une paisible villégiature styrienne, à la pension Rose des Alpes, trois morts reviennent tourmenter les vivants : Edgar Gstranz, à peine vingt ans, ancien skieur professionnel de l'équipe olympique autrichienne mort plusieurs années auparavant dans un accident de voiture après une soirée bien arrosée, Gudrun Bichler, jeune thésarde citadine et dépressive suicidée dans sa baignoire, et Karin Frenzel, veuve racornie entièrement assujettie à sa mère, ce personnage tyrannique et borné. Au coeur d'un paysage idyllique (versants enneigés, vastes panoramas, auberges accueillantes et serveuses tourbillonantes en dirndl), les trois morts-vivants, dans un perpétuel memento mori, porte-voix de tous les humiliés, toutes les victimes innocentes de l'Autriche, se réincarnent pour tuer, violer, torturer, écharner les les vivants. Dans cette gigantesque farce macabre, longue dérive hallucinée qui emprunte aussi bien au pamphlet qu'au policier, à l'allégorie baroque qu'au roman de divertissement, ce grand roman pandémonium où les morts tendent un miroir à des vivants fantomatiques, Jelinek poursuit et achève son voyage au bout de la nuit autrichienne.
    Traduit de l'allemand (Autriche) par Olivier Le Lay.
    Elfried Jelinek a été récompensée par le prix Nobel de littérature en 2004 pour l'ensemble de son oeuvre.

  • Avidité

    Elfriede Jelinek

    Une jeune fille est retrouvée noyée dans un lac autrichien, ficelée dans une bâche. Du travail en perspective pour les gendarmes... Elle en fréquentait justement un dont la seule passion est la propriété, celle des femmes mûres vivant seules qu'il arrête sur les routes et séduit dans l'espoir de se voir léguer tous leurs biens.
    Satire d'un monde encore primitif, ce faux roman policier ne traite pas simplement de la guerre des sexes, même s'il s'y livre des assauts impétueux et fortement sado-masochistes. Avec un cynisme frisant la misanthropie et une virtuosité verbale savamment calculée, l'auteur de La Pianiste nous parle de ce rapport d'amour-haine qu'elle entretient avec son "pays de cannibales" dont le conservatisme et l'hypocrisie ne le cèdent en rien à une effroyable cupidité.
    Traduit de l'allemand par Claire de Oliveira
    Elfried Jelinek a été récompensée par le prix Nobel de littérature en 2004 pour l'ensemble de son oeuvre.

  • Acerbe et radical, le " je " d'Elfriede Jelinek emboîte le pas au Winterreise de Schubert, traverse la folie du monde d'aujourd'hui jusqu'aux abîmes de sa propre vie. Ce virulent monologue, plus intime et plus politique que jamais, découpé dans de grands et puissants blocs de texte et lancé à la face du monde contemporain, s'écrase sur scène telles nos propres ruines : scandales politico-financiers, perversité de l'opinion publique, sexualité médiatisée par Internet, culte du sport et de la jeunesse. Sur fond de paysage délabré resurgissent l'enfance ruinée de l'auteure, l'amour-haine d'une mère dominatrice et la démence du père. Porté par une langue qui bataille contre elle-même, le cycle s'achève sur une réflexion d'une grave lucidité quant à son propre rôle d'auteure : " Nous ne voulons pas vous écouter, vous, avec vos éternelles vieilles rengaines. Votre assiette est pleine, ça devrait vous suffire. " Saurons-nous faire taire notre monde pour entendre ce texte ?
    Elfriede Jelinek, née en 1946 à Mürzzuschlag, en Styrie, a grandi à Vienne, où, dès 13 ans, elle a étudié l'art dramatique, l'histoire de l'art, et la musique au Conservatoire. Elle partage aujourd'hui son temps entre Vienne et Munich. Son œuvre – théâtre et romans –, qui compte entre autres La Pianiste (adaptée au cinéma par Michael Haneke), a été couronnée par le prix Heinrich-Böll (1986), le prix Büchner (1998), le prix Heine (2002), et le prix Nobel de littérature (2004).
    Traduit de l'allemand (Autriche) par Sophie Andrée Herr
    Elfried Jelinek a été récompensée par le prix Nobel de littérature en 2004 pour l'ensemble de son oeuvre.

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