• Le xixe siècle, siècle de la gastronomie ? La Révolution qui lui donne naissance est, quoi qu'il en soit, également culinaire. Le Bourgeois s'empare de la table laissée vacante par l'Émigré, et fait du « ventre en majesté » l'indice de sa conquête sociale. Aiguillé par le nouveau discours gastronome et la diététique qui en découle, l'artiste - et en premier l'homme de lettres - semble quant à lui considérer sous un jour nouveau l'innutrition à l'origine de ses oeuvres. Des Carnets de Joseph Joubert aux variations littéraires autour du Hungerkünstler, du Traité des excitants modernes de Balzac à la « gourmandise » salvatrice de Gide, l'art du xxie siècle interroge le lien entre rythme de la création et rythme de la nutrition. Parallèlement, la « physiologie du goût » inspire le discours critique, et fournit un nouveau paradigme pour dire le Beau en l'associant au Savoureux, louer ou disqualifier les oeuvres en fonction de leur rapport à la nourriture. C'est cette « cuisine de l'oeuvre » qu'abordent ici spécialistes de la littérature et historiens de l'art, en tentant de cerner un art de se nourrir où dialoguent discours esthétique, médical et politique.

  • Cet ouvrage propose de redécouvrir l'oeuvre historique des frères Goncourt, qu'elle touche à la féminité, au théâtre, à la peinture : objets, méthodes et style, chez eux, se voulaient différents des normes de l'écriture et du goût de leur époque. Mais au programme de ce volume figure aussi la présence silencieuse, mais d'autant plus entêtante, de l'histoire, à l'horizon plutôt qu'à l'arrière-plan de leurs romans. Par les généalogies et les récits des origines qui donnent corps à leurs personnages, le xviiie siècle des Goncourt romanciers dialogue avec celui des Goncourt esthètes et collectionneurs. Entre un présent dédaigné mais archivé dans le Journal ou bien mis en fiction, et un passé prérévolutionnaire rêvé et réinventé, les Goncourt s'affrontent pleinement à la question de l'historicité et du temps.

  • Lorsqu'en 1907, Octave Mirbeau fait paraître La 628-E8, récit d'un voyage en automobile à travers l'Europe, il suscite aussitôt le scandale : un chapitre consacré à la mort de Balzac - qui sera retiré -, un éloge des Allemands, au moment où le patriotisme est devenu nationalisme, une célébration, futuriste, de la vitesse et de sa violence. S'achevant à Strasbourg, ce récit de voyage a réuni, cent ans après, à l'Université Marc-Bloch de Strasbourg, une trentaine de chercheurs, pour les uns spécialistes de Mirbeau, pour les autres, comparatistes ou historiens d'art. L'oeuvre européenne de Mirbeau a ainsi trouvé sa place, à la frontière des pays et des genres.

  • Les manières dont le politique informe l'oeuvre, lui donne sa structure, lui confère sa densité, sont analysées ici en une suite d'études qui montrent aussi comme l'homme de pouvoir qu'est l'auteur sait jouer et faire jouer la littérature à son service : parler de politique, n'est-ce pas bien souvent parler du pouvoir que l'écrivain exerce sur son lecteur, de l'autorité de son verbe ou des fictions qu'il élabore ? Les actes du séminaire réunis ici donnent à voir la variété des formes du politique - l'éloquence, le genre du roman politique, les discours philosophiques et théoriques - ainsi que les postures des écrivains à une époque où se pose nécessairement la question de leur engagement.

  • Les « fables du politique » façonnent les grandes lois du pouvoir et de l'autorité, mettent en scène le fonctionnement de la société, disent, dans la polyphonie ou la monologie narratives, la démocratie ou le despotisme. Elles se manifestent aussi dans les conflits entre les sexes, les classes sociales et les positions politiques. Des Lettres persanes de Montesquieu aux récits de l'extrême contemporain, des utopies aux dystopies, sont ici étudiées les structures, les formes, les lieux et les représentations du politique, par des spécialistes de littérature.

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