• Les résistances paysannes du XVIII e siècle face aux notables comme lutte des classes sans merci. L'analyse magistrale qu'en donne le grand historien britannique E. P. Thompson, inédite en France, montre comment la victoire décisive de la propriété individuelle contre les solidarités traditionnelles et les droits coutumiers. En 1723, le Parlement anglais adopte une loi terrible, le Black Act, qui punit de pendaison le braconnage des cerfs dans les forêts royales et les parcs seigneuriaux. La peine de mort est bientôt étendue au simple fait de venir y ramasser du bois ou de la tourbe. Cet épisode s'inscrit dans la longue histoire de la résistance paysanne face à la montée d'une conception de plus en plus exclusive de la propriété, qui grignote peu à peu les anciens droits d'usage coutumiers, et réduit les plus faibles à la misère. Il illustre la violence de la domination sociale dans l'Angleterre du XVIIIe siècle, où l'oligarchie règne par la loi du profit et la corruption. L'analyse magistrale qu'en donne le grand historien britannique Edward P. Thompson montre comment s'impose, dans l'arène juridique, l'individualisme possessif face aux droits collectifs. Elle fait revivre la brutalité du pouvoir des notables, et la détermination des braconniers, perdants magnifiques : la " guerre des forêts " est aussi une lutte de classes sans merci.

  • Au XVIIIe siècle, l'heure, jusque-là indiquée par la hauteur du soleil, le son des cloches ou le rythme des marées, devient un chiffre donné par les horloges. Paru pour la première fois en 1967, cet essai analyse l'évolution du rapport au temps dans le processus d'industrialisation des sociétés occidentales et montre en quoi il est un élément central du processus d'évolution capitaliste.



    Dans une langue très accessible et parfois même fleurie, Thompson décrypte minutieusement les conditions de mise en place du travail " moderne " qui, loin d'être le simple résultat d'une évolution " naturelle ", sont issues de processus interdépendants. Avec la révolution industrielle, une nouvelle organisation de la journée de travail se met en place (spécialisation des tâches, organisation verticale, abandon progressif du travail à domicile...). La présence de l'horloge sur le lieu de travail comme dans le village et même à la maison est un symptôme - en même temps qu'un élément clé de cette dynamique - de la fonction du découpage temporel objectivé, et de sa maîtrise par les patrons, dans le type nouveau de production et de travail qui s'étend à cette époque. Le " temps-horloge " va petit à petit s'imposer et remplacer le " temps-nature " qui régentait jusqu'alors les journées des travailleurs.

    La révolution industrielle est ainsi corrélative d'une nouvelle conception du temps dans laquelle celui-ci doit être maîtrisé, exploité. De l'organisation du travail à la planification des loisirs, de l'exploitation de l'espace à la conception du quotidien, ce sont toutes les structures de la société capitaliste moderne qui naissent des rouages du temps mesuré.

  • Les Usages de la coutume propose la traduction en français de Customs in Common, ouvrage dans lequel l'historien britannique Edward P. Thompson avait rassemblé en 1991 ses articles majeurs. Tous ont marqué la réflexion historiographique depuis près de cinq décennies. À l'aide de notions comme l'histoire vue d'en bas, l'agency, l'économie morale ou la discipline du travail industriel, Thompson, à partir du cas anglais, y analyse les transformations des sociétés européennes entre le XVIIe et le XIXe siècle. Dans une société travaillée par le paternalisme de la noblesse, les tensions sur le marché des subsistances, la privatisation des biens communs ou l'impossibilité du divorce, Thompson scrute les luttes des hommes et des femmes du peuple pour conserver leur place et leurs droits, batailles dont il n'a cessé de rappeler l'actualité. La défense de la coutume y apparaît alors comme le principal moyen pour s'opposer aux réformes qui ouvrent la voie à la société libérale.Intellectuel peu conventionnel, aux marges de l'Université britannique, E. P. Thompson (1924-1993) n'a jamais séparé la rigueur et l'inventivité de ses recherches de son engagement militant au service d'un socialisme humaniste, depuis la nouvelle gauche des années 1950 jusqu'à la campagne européenne pour le désarmement nucléaire à partir de 1980. La Formation de la classe ouvrière anglaise (1963, trad. fr. 1988), Whigs and Hunters (1975) ou Albion's Fatal Tree (1975) comptent parmi les livres les plus lus et les plus discutés à l'échelle mondiale, aussi bien dans les pays émergents, Inde, Chine, Amérique latine, qu'en Europe et en Amérique du Nord. Ses analyses et ses propositions restent au coeur des débats intellectuels et politiques contemporains.Traduit de l'anglais par Jean Boutier et Arundhati Virmani.« Hautes Études » est une collection de l'École des hautes études en sciences sociales, des Éditions Gallimard et des Éditions du Seuil.

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