• Il était une fois un enfant pauvre de Souabe. Par la seule force de sa pensée et l'acharnement, de son travail personnel, il devint mondialement célèbre et conquit l'intelligentsia de l' " ennemi héréditaire ", la France. Comment Heidegger a-t-il pu occuper, durant plus d'un demi-siècle, la position privilégiée de philosophe à la mode et de maître à penser à Paris, capitale de l'intelligence et de la culture ? Malgré l'abondance des traductions, des interprétations et des interventions polémiques, on n'avait jamais tenté d'écrire en français l'histoire complète de la réception, singulièrement mouvementée et imprévisiblement féconde, de la pensée sans doute la plus originale du XXe siècle. Récit et analyses s'articulent pour retracer les phases principales d'une aventure intellectuelle multiforme nullement réductible à une réception passive et où l'on retrouve les grandes figures intellectuelles du dernier demi-siècle, de Sartre à Ricoeur, de Lacan à Char, de Levinas à Derrida. Document et témoignage, cette fresque historique et philosophique entend aussi offrir des instruments critiques pour enrichir le débat sur la portée d'une pensée toujours controversée.

  • L'étonnante réception de la pensée. de Heidegger en France se poursuit et ne cesse de s'enrichir de nouvelles précisions ou interprétations. Les Entretiens menés ici par Dominique janicaud viennent compléter son Récit, premier volume de Heidegger en France. D'abord recueillis à titre d'apports documentaires, ces dialogues ont révélé leur intérêt propre, leur vivante diversité, leur portée historique et philosophique. Entre les deux cas extrêmes du doyen des interlocuteurs, Walter Biemel, étudiant de Heidegger dès les années quarante, et la cadette, Nicole Parfait, auteur d'une thèse sur l'engagement politique du Maitre, le lecteur verra s'étager les représentants de générations et de sensibilités fort différentes : admirateurs, détracteurs, traducteurs, érudits, écrivains, interprètes d'aspects très variés de l'oeuvre (les incidences politiques bien entendu, mais aussi l'histoire de la métaphysique, l'éthique, la poésie, la critique littéraire, l'herméneutique, l'esthétique, la théologie).

  • Cet essai, qui s'inscrit dans la tradition des méditations philosophiques sur le temps et la condition humaine, s'organise autour d'une thèse centrale : il n'y a de temps que « montré », c'est-à-dire mesuré. Le temps, pour nous, n'est jamais pur, mais c'est la mesure qui fait apparaître le temps. Émergence du temps à partir de la mesure qui, au demeurant, ne se limite pas au temps des horloges : la temporalité ne se déploie qu'en fonction de décisions humaines qui sont autant d'inventions de rythmes, et dont les conséquences sont éthiques, - puisque les mesures du temps modèlent le séjour humain, en permettant de le contrôler, mais aussi de l'habiter. Se situant par rapport aux grandes interprétations classiques et contemporaines de la temporalité - y compris celle de Derrida et celle de Ricoeur -, D. Janicaud a choisi de suivre un axe critique, un axe historique, et un axe proprement philosophique.

  • Un regain de la philosophie est-il en train de se produire ? Loin de s'éteindre sous la poussée des sciences humaines, la recherche est plus vivante et diverse que jamais ; la « mort de Dieu » et celle de la métaphysique n'ont point précipité la philosophie au tombeau ; les philosophes, pourtant de nature inquiète et portés à la mauvaise conscience, ont cessé de déserter. Retrouvant la rigueur spécifique de leur discours, ils s'attachent de nouveau à la défendre et à l'illustrer ; et même des scientifiques éminents, brisant une tradition de mépris, se tournent vers la réflexion philosophique.Toutes proportions gardées, on ne revient à la philosophie, comme à la démocratie, qu'à la mesure de la banqueroute des idéologies totalisantes et des systèmes prétendument salvateurs. Et si l'on s'enquiert des semences d'une nouvelle sagesse, c'est que s'étendent à l'horizon planétaire les dévastations culturelles et morales produites par d'incroyables régressions mentales ; fanatismes religieux, abrutissements télé-vidéo-médiatiques, intoxications activistes. L'enjeu philosophique n'est pas un lieu privilégié soustrait à l'intérêt de la communauté humaine tout entière : c'est bien le sort des hommes et l'inscription de quelque chose comme un sens dans le tumulte d'une histoire marquée par le destin de puissance de la rationalité.

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