• Qu'advient-il quand la mythologie est saisie par l'écriture, quand elle est livrée à des scribes ou pis, quand elle est enfermée dans un mausolée ?
    Que se passe-t-il quand certains se mettent à travailler les grands mythes, les discours de la tradition avec le stylet dont dispose la gent de l'écriture ?
    Poursuivant son exploration des frontières, qu'elles soient frontières de la langue (Savoirs de l'écriture en Grèce ancienne) ou frontières spatiales (Tracés de fondation), le groupe réuni autour de Marcel Detienne tente de comprendre comment une civilisation définit et transcrit son patrimoine oral, comment elle le conserve et le transmet aux générations suivantes.
    Ainsi, les historiens et les anthropologues Georges Charachidzé, Gilbert Hamonic, Christian Jacob, Gérard Lenclud, François Macé, Thomas Römer, John Scheid, Carlo Severi, Françoise Smyth et Léon Vandermeersch - qui ont participé à cet ouvrage contribuent à éclairer par leur analyse des grandes traditions (japonaise, chinoise, grecque, etc.) la question de la transmission culturelle si cruciale dans nos sociétés modernes.

  • La mètis des Grecs - ou intelligence de la ruse - s'exerçait sur des plans très divers mais toujours à des fins pratiques : savoir-faire de l'artisan, habileté du sophiste, prudence du politique ou art du pilote dirigeant son navire. La mètis impliquait ainsi une série d'attitudes mentales combinant le flair, la sagacité, la débrouillardise... Multiple et polymorphe, elle s'appliquait à des réalités mouvantes qui ne se prêtent ni à la mesure précise ni au raisonnement rigoureux.
    Engagée dans le devenir et l'action, cette forme d'intelligence a été, à partir du Ve siècle, refoulée dans l'ombre par les philosophes. Au nom d'une métaphysique de l'être et de l'immuable, le savoir conjectural et la connaissance oblique des habiles et des prudents furent déconsidérés. Reconnaître le champ de la mètis, c'est, pour les auteurs de ce livre, réhabiliter une «catégorie» que les hellénistes modernes ont largement méconnue.

  • Qui a inventé la mythologie ? Quelles sont les frontières de ce territoire où des histoires inoubliables et le plaisir de les conter semblent inséparables de l'exégèse et du désir de les interpréter ?Poisson soluble dans les eaux de la mythologie, le mythe est une forme introuvable : ni genre littéraire, ni récit spécifique. Mais parler de la mythologie, hier et aujourd'hui, c'est toujours, plus ou moins explicitement, parler grec ou depuis la Grèce. D'où l'urgence d'une enquête généalogique pour repenser la mythologie comme objet de savoir autant que de culture.

  • Dionysos mis a mort

    Marcel Detienne

    "Depuis les années quatre-vingt, par la grâce d'historiens encore soviétiques, le Dionysos d'Orphée a enfin reçu droit de cité dans l'histoire de la Grèce archaïque. Les tablettes d'os trouvées sur les bords de la mer Noire témoignent que, pour les disciples d'Orphée (les "Orphiques"), vers 500 avant notre ère, Dionysos règne entre Mort et Vie, qu'il habite l'arrière-pays où la vérité se souvient de la Tromperie et du Mensonge.

    Pour interroger la Grèce, pour mettre en question le regard de l'hellénisme, demain comme aujourd'hui, Dionysos jamais ne fait défaut. C'est l'opérateur le plus efficace, et d'abord pour découvrir dans le dispositif sacrificiel la force du meurtre intérieur ; ensuite pour reconnaître à l'horizon d'une société les avancées de ses transgressions et jusque dans celles qui lui sont possibles ; peut-être aussi pour entrecroiser la chasse et l'érotique en expérimentant librement entre récits mythiques, pratiques du polythéisme et formes de société.

    Infiniment turbulent, Dionysos, le dieu qui, dit-on, s'empare de tout et possède le vivant comme l'inanimé, s'avoue impuissant devant la gent helléniste. Pourquoi ? C'est ce que nous avons voulu comprendre hardiment." Marcel Detienne.

  • 'Eschyle le sait, il n'est pas le seul : Apollon est un dieu impur, exilé du ciel, un dieu plein de passions troubles. Ce qui ne l'empêche pas d'être le Maître des fondations, le Seigneur de l'Oracle, le grand Exégète dans la cité de Platon. Comment les voies de la parole peuvent-elles recouper les chemins du couteau, donc la folie du meurte?
    La piste est toute tracée, en Grèce et en grec archaïque. Il suffit de la suivre, depuis le premier pas d'Apollon sur le sol de Délos jusqu'au bras armé du couteau sur l'horizon du Parnasse. Mais au prix d'une extrême attention portée aux détails et à toutes les données concrètes ; repérer les situations, les objets, les gestes ; savoir qu'en régime polythéiste un dieu, quel qu'il soit, est toujours au pluriel, c'est-à-dire articulé à d'autres puissances, pris dans des assemblages, dans des groupements de dieux, dans des configurations d'objets et de situations sans lesquelles il n'est rien, ou si peu.
    S'élabore ainsi une approche expérimentale du polythéisme, qui vise la confrontation entre polythéismes multiples, dans la matière et dans le style.' Marcel Detienne.

  • En 2007, une nation qui fait partie de l'Europe, comme tant d'autres, décide de créer un ministère de l'Identité nationale. Pour familières qu'elles paraissent, les notions d'identité et de nation se révèlent d'une complexité qui éveille la curiosité de l'histoire et de l'anthropologie. Aussi, conjuguant les deux disciplines, Marcel Detienne met en perspective quelques manières radicalement différentes de se représenter ce qui semble faire partie du "sens commun", à savoir ce que nous sommes ensemble et ce que les autres ne sont pas. Ces manières sont autant de fictions du passé ou du présent : le pur Celte de Padanie, en Italie ; l'Hindou-hindouiste à racines védiques, dans l'Inde contemporaine ; le Japonais né de la terre des dieux sans autres prédécesseurs ; l'Athénien qui se veut pur rejet de la Terre autochtone ; l'Allemand historial d'hier, plus grec que les Grecs, du temps de Heidegger et de Hitler : le native, "citoyen de souche" américain sur un continent ouvert à l'immigration. Sans oublier le Français de souche, à nouveau raciné.

  • L'Orphée de Marcel Detienne n'est pas celui, de loisir, qui chante le voyage d'hiver des Argonautes, ni celui qui descend aux Enfers, mais un Orphée qui vit absolument séparé de ceux et de celles qui naissent citoyens programmés, dressés à s'entre-tuer autour de leurs autels ensanglantés.

    Orphée dénonce le meurtre et le sang versé. Cette violence est celle de la vie quotidienne, visible dans les histoires des dieux et des déesses que se plaisent à écouter ses contemporains dans les banquets, dans les joutes poétiques comme dans des gestes aussi simples que planter un olivier, dresser une table ou faire l'amour.

    Il faut à Orphée une vie sans concessions, mais aussi des dieux radicalement différents. Alors, pour l'historien sagace et attentif, se lève un coin de la mythologie grecque, celle qu'Orphée voyait, en dissident extrême.

  • La notion de daïmon dans le pythagorisme ancien ; de la pensée religieuse à la pensée philosophique Nouv.

    En étudiant la notion de daïmon dans le pythagorisme ancien, Marcel Detienne met en lumière la transformation d'une pensée religieuse en une pensée philosophique. À l'origine, le mot « daïmon » recouvre une grande variété de significations, qui se situent à des niveaux différents de la pensée, en l'occurrence donc, une pensée sociale. Les textes choisis et commentés par Marcel Detienne nous font considérer successivement démons et communauté agricole, culte des démons, démons et rêves, démons et maladies, démons et vengeance et le démon de l'airain. À ce niveau, les diverses significations de daïmon ne sont guère que des variations sur un thème général - la relation des vivants et des puissances du monde invisible. Il n'y a encore là « nulle réflexion sur la nature du daïmon, sur son essence. Bien plutôt, il s'agit d'expérience religieuse ». À partir de témoignages concordants d'auteurs divers, Marcel Detienne développe ensuite l'idée d'une démonologie dans la pensée religieuse du pythagorisme. On y apprend que le terme ne désigne pas seulement la portion du divin que l'homme porte en lui et, en quelque sorte, l'être divin qui réside en l'homme, mais qu'il peut avoir un sens eschatologique. Il existe en effet une croyance pythagoricienne d'après laquelle les âmes vertueuses deviennent des démons « bons et pleins d'amour pour les hommes ». Il ne s'agit plus seulement d'avoir un bon démon, mais, par la pratique de la vertu, de l'être, que ce soit après la mort ou pendant la vie ; et Pythagore lui-même, dans la pensée de ses disciples, est l'illustration la plus parfaite de ce type de démon, inférieur aux dieux et supérieur aux hommes, qui descend sur terre pour intervenir dans les affaires humaines et sauver la race des hommes

  • Pour faire une Nation, il faut des cimetières et un enseignement d'histoire. En inventant le slogan « La Terre et les Morts », en 1899, Maurice Barrès pensait aux historiens. Le Français raciné d'hier n'a pas à envier le Français de souche d'aujourd'hui.D'étranges « mythidéologies » surgissent, disparaissent et ne cessent de réapparaître : être de sang clair et épuré pour la noblesse française du XVIIe siècle ; naître impur à Thèbes, dans le pays de Cadmos et OEdipe. La Terre et les Morts, le Sol et le Sang. Comment peut-on écrire une histoire nationale ? Voilà une des questions que fait se lever une approche comparative entre sociétés d'hier et d'autres très contemporaines.M.D.

  • Quelle histoire ! Séducteur, né d'un arbre à myrrhe, jeune homme à semence foisonnante, Adonis, par excès de puissance sexuelle, est condamné à l'impuissance : il est voué aux laitues, plantes froides et humides, qui passent pour être une nourriture de morts et un antiaphrodisiaque. Ses fameux «jardins» ne sont pas davantage des charmes destinés à réveiller la fertilité de la terre ; ce sont des cultures sans fruits, des jardins stériles, transportés sur les toits, où l'éclat du soleil caniculaire les fait pousser jusqu'au vert en quelques jours et, sans transition, les dessèche sur pied.
    Ce jardin frivole qui consiste à faire rôtir par Sirius certaines espèces horticoles et céréalières (fenouil, blé, orge, laitue) va de pair avec une fête où le dévergondage des femmes s'autorise des relations d'amant à maîtresse qui s'établissent entre Adonis et Aphrodite. Les aromates provoquent une véritable perversion de la «vie cultivée», aussi bien de la culture des plantes que des relations conjugales.

  • Ce cours d'anatomie a été rédigé de façon à être accessible à des élèves n'ayant pas eu obligatoirement une formation biologique, mais aussi à quiconque voulant comprendre la structure anatomique du bois. Il comporte en outre un chapitre sur la figuration des bois, qui traite des défauts du fil, et un chapitre consacré à l'identification qui est une des applications principales de l'anatomie.

  • Ce manuel propose la méthode d'identification par encochage de cartes en perforations marginales appliquée aux bois de Guyane française. Le chapitre 1 décrit le procédé des cartes perforées. Le chapitre 2 concerne les caractères généraux des bois par famille botanique : description du bois, photographies transversales.

  • Cet ouvrage est l'aboutissement des essais effectués en anatomie, préservation et mise en oeuvre des bois latino-américains par le Cirad et les laboratoires brésiliens.

  • La flore polynésienne, composée de plantes autochtones et de plantes choisies et apportées par les hommes, est originale. Ce manuel illustré présente 93 espèces de bois endémiques en Polynésie et décrit 2 systèmes d'identification simples : la sélection par cartes perforées et les clés dichotomiques. Il constitue un ouvrage de référence pour les spécialistes xylologues, les archéologues-anthracologues, les ethnologues et les botanistes, et permet aux amateurs d'enrichir leurs connaissances sur le bois de ces arbres jadis vénérés.

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