• De la grammatologie

    Derrida Jacques

    « Les langues sont faites pour être parlées, l'écriture ne sert que de supplément à la parole... L'écriture n'est que la représentation de la parole, il est bizarre qu'on donne plus de soin à déterminer l'image que l'objet. » (Rousseau) Ce livre est donc voué à la bizarrerie. Mais c'est qu'à accorder tout son soin à l'écriture, il la soumet à une réévaluation radicale. Et les voies sont nécessairement extravagantes lorsqu'il importe d'excéder, pour en penser la possibilité, ce qui se donne pour la logique elle-même : celle qui doit déterminer les rapports de la parole et de l'écriture en se rassurant dans l'évidence du sens commun, dans les catégories de « représentation » ou d'« image », dans l'opposition du dedans et du dehors, du plus et du moins, de l'essence et de l'apparence, de l'originaire et du dérivé.
    Analysant les investissements dont notre culture a chargé le signe écrit, Jacques Derrida en démontre aussi les effets les plus actuels et parfois les plus inaperçus. Cela n'est possible que par un déplacement systématique des concepts : on ne saurait en effet répondre à la question « qu'est-ce que l'écriture ? » par un appel de style « phénoménologique » à quelque expérience sauvage, immédiate, spontanée. L'interprétation occidentale de l'écriture commande tous les champs de l'expérience, de la pratique et du savoir, et jusqu'à la forme ultime de la question (« qu'est-ce que ? ») qu'on croit pouvoir libérer de cette prise. L'histoire de cette interprétation n'est pas celle d'un préjugé déterminé, d'une erreur localisée, d'une limite accidentelle. Elle forme une structure finie mais nécessaire dans le mouvement qui se trouve ici reconnu sous le nom de différance.

    De la grammatologie est paru en 1967.

  • Donner le temps ii Nouv.

    « Donner, est-ce possible ? » C'est la question que pose Jacques Derrida dans Donner le temps. 1. La fausse monnaie (1991). Un don ne peut jamais s'annoncer comme tel. Dès lors qu'il engage dans le cercle de l'échange économique et de la dette, le don semble s'annuler dans l'équivalence symbolique qui l'aura toujours réduit à l'objet d'un calcul, d'une ruse qui prétend donner généreusement mais non sans attendre quelque récompense en retour. Un don, s'il y en a, ne peut jamais se faire présent, c'est-à-dire qu'il ne peut jamais se présenter ni pour le donataire ni pour le donateur. Pour donner - si une telle chose est possible - il faudrait, peut-être, renoncer au présent.
    Indiqué comme un premier tome, Donner le temps en promettait clairement un second à venir. Le présent volume fournit les éléments de cette pièce manquante en donnant à lire les neuf dernières séances du séminaire donné par Jacques Derrida à l'École normale supérieure en 1978-1979 sous le titre « Donner - le temps ». Après être passé par des lectures de Baudelaire, Mauss, Benveniste, Lévi-Strauss et Lacan, Jacques Derrida tourne son attention vers la présence subtile mais décisive du don chez Heidegger, lisant des textes qui sont parmi les plus riches et les plus énigmatiques de son corpus, dont L'Origine de l'oeuvre d'art, La Chose, Être et Temps et, surtout, Temps et Être. Suivant la trace de l'expression allemande « es gibt » (« il y a », plus littéralement « ça donne ») dans la pensée heideggérienne, Derrida donne à penser quelque « chose » qui n'est pas (une chose) mais qu'il y a, ainsi qu'un donner encore plus originaire que le temps et l'être.

    Édition établie par Laura Odello, Peter Szendy et Rodrigo Therezo.
    Préface de Rodrigo Therezo.

  • Jacques Derrida poursuit dans le second volume de son séminaire sa réflexion sur l'inconditionnalité du pardon, une notion qui ne saurait être confondue avec l'excuse, l'amnistie, la prescription ou la grâce. Si le pardon est hérité de diverses traditions (judéo-chrétienne, coranique et grecque), il ne leur est pas réductible : il excède les modalités du « comprendre », de la mémoire et de l'oubli, d'un certain travail de deuil aussi. Hétérogène à la phénoménalité, à la théâtralisation, voire au langage verbal lui-même, il suspend, comme une « violente tempête », l'histoire, le droit et le politique. Inconditionnel, le pardon fait l'épreuve de l'impossible : c'est pourquoi il doit rester exceptionnel, sans calcul ni finalité, à l'écart de tout échange et de toute transaction.

    Se déplaçant du contexte européen d'après-guerre à l'Afrique du Sud et aux États-Unis, la dimension politique du pardon prend, au cours de cette seconde année du séminaire, un relief particulier alors que Jacques Derrida analyse la théâtralité des scènes de repentance en faisant comparaître successivement Hegel, Nelson Mandela, Desmond Tutu et Bill Clinton - sans oublier la portée singulière de la parole des femmes.

    La trajectoire esquissée en 1998-1999 passe ainsi par la lecture de La Cité de Dieu de saint Augustin, des textes de Hegel sur le pardon, de certaines Lectures talmudiques de Levinas, de différents écrits de Mandela et de Tutu au sujet de la Commission Vérité et Réconciliation, notamment, ainsi que par l'analyse de scènes d'actualité - d'aveu ou de repentir - telles qu'elles se sont multipliées dans l'espace public, en France, en Afrique du Sud, au Chili et aux États-Unis, en particulier sous la présidence de Bill Clinton au sujet de l'esclavage, de la politique américaine en Amérique latine, ou encore du « Monicagate ».

    Le texte de ce séminaire a été établi par Ginette Michaud, Nicholas Cotton et Rodrigo Therezo.

  • L'écriture et la différence
    Ce qui s'écrit ici différence marque l'étrange mouvement, l'unité irréductiblement impure d'un différer (détour, délai, délégation, division, inégalité, espacement) dont l' économie excède les ressources déclarées du logos classique.
    C'est ce mouvement qui donne une unité aux essais ici enchaînés. Qu'ils questionnent l'écriture littéraire ou le motif structuraliste (dans les champs de la critique, des " sciences de l'homme " ou de la philosophie), que par une lecture configurante ils en appellent à Nietzsche ou à Freud, à Husserl ou à Heidegger, à Artaud, Bataille, Blanchot, Foucault, Jabès, Lévinas, ils n'ont qu'un lieud'insistance : le point d'articulation dérobée entre l'écriture et la différence. À peser sur cette articulation, ils tentent de déplacer les deux termes.
    Jacques Derrida (1930-2004)
    Philosophe majeur du XXe siècle, initiateur de la " déconstruction ", il est l'auteur d'une œuvre considérable, dont, publiés au Seuil, La Dissémination (1972), Signéponge (1988) et Foi et savoir (2001).

  • Texte énigmatique et entièrement inédit, Le Calcul des langues marque la première tentative de Jacques Derrida d'écrire un livre en deux colonnes. Annoncé comme " à paraître " sur la quatrième de couverture de l'Archéologie du frivole (1973) mais jamais publié du vivant de l'auteur, le tapuscrit de ce projet inachevé fut retrouvé chez Derrida après son décès. La publication posthume de ce texte fort original met au jour un véritable laboratoire typographique où, avant l'écriture de l'un de ses textes les plus célèbres, Glas (1974), Derrida ose couper la page en deux en vue de repenser la relation entre philosophie et écriture.

    Poursuivant une réflexion sur les sciences du langage au XVIIIe siècle entamée avec De la grammatologie (1967), Derrida propose ici une lecture en partie double de L'Art d'écrire de Condillac. Mais à la différence de Glas, dont les deux colonnes confrontent un philosophe (Hegel) à un auteur littéraire (Genet), Le Calcul des langues confronte Condillac à lui-même. Si la colonne de gauche propose une exégèse plutôt conventionnelle et méthodologique de L'Art d'écrire, celle de droite divague sans cesse, multipliant les digressions en direction de Freud et d'autres penseurs, à la recherche d'un plaisir de l'écriture qui échapperait à la philosophie.

    Lecture de Condillac en deux colonnes, donc, mais aussi en " deux styles " comme l'indique le sous-titre (" Distyle "), cet ouvrage tout à fait singulier dans le corpus derridien donne à lire l'une des plus belles expérimentations de l'écriture déconstructrice.

    Le texte a été établi par Geoffrey Bennington et Katie Chenoweth.

  • Jacques Derrida déploie ici les éléments d'une réflexion profondément originale sur l'inconditionnalité du pardon, une notion qui ne saurait être confondue avec l'excuse, l'amnistie, la prescription ou la grâce. Si le pardon est hérité de diverses traditions (judéo-chrétienne, coranique et grecque), il ne leur est pas réductible : il excède par exemple les modalités du " comprendre ", de la mémoire et de l'oubli, d'un certain travail de deuil aussi. Hétérogène à la phénoménalité, à la théâtralisation, voire au langage verbal lui-même, il suspend, comme une " violente tempête " (Benjamin), l'histoire, le droit et le politique.
    Inconditionnel, le pardon fait l'épreuve de l'impossible : c'est pourquoi il doit rester exceptionnel, sans calcul ni finalité, à l'écart de tout échange et de toute transaction. La trajectoire ainsi dessinée par Derrida tout au long de ce passionnant séminaire passe par la lecture des ouvrages de Jankélévitch sur le pardon et l'imprescriptibilité, de Kant sur le droit de grâce, des textes bibliques et grecs, d'œuvres littéraires (Shakespeare, Kierkegaard, Baudelaire, Kafka, Rousseau et Augustin), ainsi que par l'analyse de scènes d'aveu et de repentir telles qu'elles se sont multipliées dans l'espace public, en France et ailleurs, à la fin des années quatre-vingt-dix (procès de Maurice Papon, fin de l'Apartheid en Afrique du Sud, excuse publique du président de la République allemande à propos du massacre de Guernica, etc.).
    Ginette Michaud et Nicholas Cotton ont assuré l'établissement du texte.
    Ce premier volume du Séminaire Le Parjure et le Pardon s'inscrit dans la série " Questions de responsabilité " donnée par Jacques Derrida à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de 1991 à 2003. Après les thèmes du secret, du témoignage et de l'hospitalité, Derrida aborde en 1997-1998 la notion du parjure en liant cette expérience du reniement et du mal à celle du pardon.

  • La dissemination

    Jacques Derrida

    La dissémination « La Pharmacie de Platon, La Double Séance, La Dissémination : triple trajet dont le système est entraîné - ouvert et déporté - par une digression (digraphe aussi comme toujours) paraissant inédite. On pourrait la lire selon plusieurs modes, d'un bloc ou plus, avant ou après les autres, et par exemple comme un protocole méthodologique, une anatomie des préfaces ou une cartographie générale, etc. Ce Hors livre n'est donc pas seulement une fiction théorique. Jouant avec les trois autres, toute sa conséquence, il relance et déplace, suivant des règles angulaires, telles questions ou positions d'ailleurs engagées, en expose le corps à l'épreuve d'une tout autre scène : quand le travail de la différance sémantique comme différance séminale déconcerte silencieusement toute préséance. » Jacques Derrida (1930-2004) Philosophe majeur du XXe siècle, initiateur de la « déconstruction », il est l'auteur d'une oeuvre considérable, dont, publiés au Seuil, L'Écriture et la Différence (1979), Signéponge (1988) et Foi et savoir (2001).

  • La vie la mort est l'un des séminaires les plus féconds de Jacques Derrida. En jeu : penser la vie et la mort en vertu d'une logique qui ne poserait pas la mort comme l'opposé de la vie. La pureté de la vie n'est-elle pas, par essence, contaminée par la possibilité même de la mort puisque seul un vivant peut mourir ? interroge d'emblée le philosophe. En renversant la perspective classique, Derrida entreprend d'enseigner à ses étudiants que c'est la mort, au contraire, qui rend la vie possible.
    En quatorze séances érudites et palpitantes délivrées au cours de l'année 1975-1976, Derrida déconstruit l'opposition traditionnelle entre la vie et la mort à travers des lectures multiples et délibérément pluridisciplinaires, élaborant sa pensée aussi bien au contact de la philosophie (Hegel, Nietzsche, Heidegger) et de l'épistémologie des sciences (Georges Canguilhem), que dans la confrontation à la génétique contemporaine (François Jacob) et à la psychanalyse (catégories freudiennes de pulsions de vie et de mort).
    L'édition de ce séminaire inédit a été établie par Pascale-Anne Brault et Peggy Kamuf.

  • "Peut-on nommer son propre sang ? Et décrire la première blessure, ce moment où, paraissant au jour, le sang se refuse encore à la vie ? À supposer qu'on se rappelle sa circoncision, pourquoi cet acte de mémoire serait-il une confession ? L'aveu de quoi, au juste ? Et de qui ? À qui ? Rôdant autour de ces questions, essayant, comme au clavier, une voix juste au-dedans de moi, je tente de dire de longues, [...] phrases, et de les murmurer au plus près de l'autre qui pourtant les aspire, soupire, expire, les dicte même. Cette diction est aussi une dictée. Plusieurs voix résonnent en une, dès lors, elles se croisent, elles se disputent même une parole finalement torsadée. Telle respiration ne scande pas n'importe quel temps : ce fut celui d'une lente agonie où, comme on dit, d'un dernier souffle. Durant de longs mois, pendant que ma mère expirait, j'ai tourné autour d'un événement introuvable qui fut le sien autant que le mien, je l'ai entouré, sans doute aussi contourné." J.D. Circonfession, Le Seuil, 1991

  • De l'hospitalité fut à l'origine de cet échange, et d'abord un oui à l'invitation.

    Anne Dufourmantelle assiste au séminaire de Jacques Derrida. Il y traite de l'hospitalité, justement, mais aussi de l'hostilité, de l'autre et de l'étranger, comme de tout ce qui aujourd'hui arrive aux frontières. Sensible à l'actualité des thèmes, à la force et à la limpidité du langage, Anne Dufourmantelle invite le philosophe à lui confier deux séances datées. On pourra suivre ainsi le rythme insolite, tour à tour patient ou précipité, d'un enseignement gardé intact.

    Sont médités, comme en aparté, de page en page, des griefs, des plaintes et des souffrances de notre temps. Le séminaire leur donne quelques noms : Antigone en 1996 ou le deuil impossible, oedipe à Colone et les « télétechnologies », E-mail ou Internet, le procès de Socrate et les funérailles de Mitterrand à la télévision, la guerre et le marché des langues, les butées de la citoyenneté, la machine policière, l'interruption du chant, l'interception de la parole.

  • Geschlecht : ce mot allemand, qui a donné son titre générique à une série de quatre études consacrées par Jacques Derrida à la philosophie de Martin Heidegger, est proprement intraduisible en français. C'est que le mot a partie liée tout à la fois avec " sexe ", " race ", " nation ", " humanité ". Or, telles sont bien les catégories que Derrida entend explorer dans l'œuvre de Heidegger.
    Dans ce troisième volume de la série, c'est avant tout la dimension politico-sexuelle et la notion de patrie qui sont au cœur de l'enquête. Occasion, pour Derrida, de penser une sexualité plus radicale que la binaire, occasion aussi pour lui de dénoncer un nationalisme de nature troublante chez Heidegger – une approche pour le moins ambiguë par rapport à celle du nazisme dont elle prétend pourtant s'écarter.
    Cette édition donne à lire une étude qui paraissait perdue à jamais. L'équipe de chercheurs qui en a établi le texte fait donc œuvre intellectuelle et éditoriale majeure.
    Ce volume III prend désormais place dans la série des Geschlecht : I. Différence sexuelle, différence ontologique (in Psyché, Inventions de l'autre, Galilée, 1987) ; II. La Main de Heidegger (ibid.) ; IV. L'Oreille de Heidegger : philopolémologie (in Politiques de l'amitié, Galilée, 1994).
    Édition établie par Geoffrey Bennington, Katie Chenoweth et Rodrigo Therezo.
    Préface par Rodrigo Therezo.

  • Positions

    Jacques Derrida

    • Minuit
    • 25 Février 2016

    « Ces trois entretiens, les seuls auxquels j'aie jamais pris part, concernent des publications en cours. Ils forment sans doute, de la part de mes interlocuteurs comme de la mienne, le geste d'une interprétation active. Déterminée, datée, c'est la lecture d'un travail dans lequel je me trouve engagé : qui ne m'est donc pas plus propre qu'il ne demeure ici arrêté. Telle situation se donne aussi à lire. Elle a commandé ces échanges dans leur fait, dans leur contenu et la forme de leurs énoncés. Aucune modification ne devrait donc y être apportée. » J. D., mai 1972

  • Tu lisais une lettredamour un peu rétro, la dernière de l'histoire.
    Mais tu ne l'as pas encore reçue. Oui, faute ou excès d'adresse, elle se prête à tomber entre toutes les mains : une carte postale, une lettre ouverte où le secret paraît mais indéchiffrable. Tu peux la tenir ou la faire passer, par exemple pour un message de Socrate à Freud.
    Que veut te dire une carte postale ? A quelles conditions est-elle possible ? Sa destination te traverse, tu ne sais plus qui tu es. A l'instant même où de son adresse elle interpelle, toi, uniquement toi, au lieu de te joindre elle te divise ou elle t'écarte, parfois elle t'ignore. Et tu aimes et tu n'aimes pas, elle fait de toi ce que tu veux, elle te prend, elle te laisse, elle te donne.
    De l'autre côté de la carte, regarde, une proposition t'est faite, S et p, Socrates et plato. Pour une fois le premier semble écrire, et encore de l'autre main il gratte. Mais que fait Platon le doigt tendu dans son dos ?
    Alors que tu t'occupes à la retourner dans tous les sens, c'est l'image qui te retourne comme une lettre, d'avance elle te déchiffre, elle préoccupe l'espace, elle te procure les mots et les gestes, tous les corps que tu crois inventer pour la cerner. Tu te trouves, toi, sur son trajet.
    Le support épais de la carte, un livre lourd et léger, c'est aussi le spectre de cette scène, l'analyse entre Socrate et Platon, au programme de quelques autres. Comme le diseur de bonne aventure, un "fortune-telling book" veille et spécule sur ce-qui-doit-arriver, sur ce que cela peut bien vouloir dire, arriver, devoir arriver, laisser ou faire arriver, destiner, adresser, envoyer, léguer, hériter, etc., si cela signifie encore, entre ici et là, le proche et le lointain, da und fort, l'un ou l'autre.
    Tu situes le sujet du livre : entre les postes et le mouvement analytique, le principe de plaisir et l'histoire des télécommunications, la carte postale et la lettre volée, bref le transfert de Socrate à Freud, et au-delà.
    Cette satire de la littérature épistolaire devait être farcie : d'adresses, de codes postaux, de missives cryptées, de lettres anonymes, le tout confié à tant de modes, de genres et de tons. J'y abuse aussi les dates, signatures, titres ou références, la langue même.
    J.D.

  • Marges de philosophie

    Jacques Derrida

    • Minuit
    • 16 Août 2018

    « Ample jusqu'à se croire interminable, un discours qui s'est appelé philosophie - le seul sans doute qui n'ait jamais entendu recevoir son nom que de lui-même et n'ait cessé de s'en murmurer de tout près l'initiale - a toujours, y compris la sienne, voulu dire la limite. Dans la familiarité des langues dites (instituées) par lui naturelles, celles qui lui furent élémentaires, ce discours a toujours tenu à s'assurer la maîtrise de la limite (peras, limes, Grenze). Il l'a reconnue, conçue, posée, déclinée selon tous les modes possibles ; et dès lors du même coup, pour en mieux disposer, transgressée. Il fallait que sa propre limite ne lui restât pas étrangère. Il s'en est donc approprié le concept, il a cru dominer la marge de son volume et penser son autre... » (J. D.)
    Introduits par les descriptions d'un Tympan, inédits ou repris dans une nouvelle version, dix textes s'enchaînent ici pour élaborer ou déplacer ces questions, en interrogeant tour à tour Saussure et Rousseau, Kant, Hegel, Nietzsche, Husserl et Heidegger, Valéry, Austin ou Benveniste, etc. Selon une certaine désorientation active et méthodique, ils déploient aussi la recherche engagée dans La Voix et le phénomène, L'Écriture et la différence, De la grammatologie, La Dissémination. Ils réaffirment, contre les facilités et régressions de l'idéologie dominante, la nécessité d'une déconstruction rigoureuse et générative.

    Ce livre est paru en 1972.

  • L'autre cap

    Jacques Derrida

    • Minuit
    • 16 Août 2018

    Quelle imminence ? Quelque chose d'unique est en cours en Europe, dans ce qui s'appelle encore l'Europe même si on ne sait plus très bien ce qui s'appelle ainsi. À quel concept, en effet, à quel individu réel, à quelle entité singulière assigner ce nom aujourd'hui ? Qui en dessinera les frontières ?
    Se refusant aussi bien à l'analogie qu'à l'anticipation, ce qui s'annonce ainsi paraît sans précédent. Expérience angoissée de l'imminence, traversée de deux certitudes contradictoires : le très vieux sujet de l'identité culturelle en général (avant la guerre, on aurait peut-être parlé de l'identité « spirituelle »), le très vieux sujet de l'identité européenne a certes l'antiquité vénérable d'un thème épuisé. Mais ce « sujet » garde peut-être un corps vierge. Son nom ne masquerait-il pas quelque chose qui n'a pas encore de visage ?

    Ce livre est paru en 1991.

  • « Il y a plus de quinze ans, une phrase m'est venue, comme malgré moi, revenue, plutôt, singulière, singulièrement brève, presque muette : Il y a là cendre. Là s'écrivait avec un accent grave : là, il y a cendre. Il y a, là, cendre. Mais l'accent, s'il se lit à l'oeil, ne s'entend pas : il y a là cendre. À l'écoute, l'article défini, la, risque d'effacer le lieu, la mention ou la mémoire du lieu, l'adverbe là... Mais à la lecture muette, c'est l'inverse, là efface la, la s'efface : lui-même, elle-même, deux fois plutôt qu'une. Cette tension risquée entre l'écriture et la parole, cette vibration entre la grammaire et la voix, c'est aussi l'un des thèmes du polylogue. Celui-ci était fait pour l'oeil ou pour une voix intérieure, une voix absolument basse. Mais par là même il donnait à lire, peut-être à analyser ce qu'une mise en voix pouvait appeler et à la fois menacer de perdre, une profération impossible et des tonalités introuvables. » J.D.

  • « C'est au printemps 1982 que les responsables du Monde Dimanche (le supplément de fin de semaine du Monde) m'ont demandé de les aider à coordonner la réalisation d'un projet qui paraissait a priori difficile à mettre en place : offrir aux lecteurs du journal douze "leçons de philosophie", rédigées par des philosophes français contemporains et destinées à s'échelonner sur les douze dimanches de l'été suivant, de juillet à septembre. « Que ce projet ait pu finalement être mené à bien et qu'il ait rencontré la faveur du public, le lecteur en a la preuve dans le fait qu'après avoir été réunies en brochure dans la série Dossiers et documents du Monde, brochure rapidement épuisée, ces douze leçons font aujourd'hui l'objet d'une réédition sous forme de livre. « L'ordre des thèmes retenus reflète plus ou moins l'esprit du programme de philosophie de ce qu'on appelle en France la classe Terminale, cette classe étrange et ambiguë située à la charnière de l'enseignement secondaire et de l'enseignement supérieur. Ce programme, comme on sait, va de la conscience vers la société, du psychologique vers le collectif, du pulsionnel vers l'institutionnel ; en un mot, du "subjectif" vers "l'objectif". De même, notre table des matières, reflet de l'ordre chronologique de publication des textes, exprime un mouvement du soi vers l'autre ou des réalités individuelles vers les phénomènes collectifs. »

  • L'autre et les autres... Différence et différance... Altérité et altération... L'Autre comme Autre et la relation... Logique de la rupture (ou de l'interruption) et logique de la médiation... C'est autour de ces thèmes - et d'autres connexes - que le Centre Sèvres a voulu organiser un colloque auquel participèrent, sur invitation, une trentaine de personnes. La qualité des échanges que cette rencontre permit, nous a incités à en proposer l'essentiel à un public plus large, dans l'espoir de contribuer, d'originale façon, à ce qui est sans doute l'un des débats majeurs de la modernité philosophique. On trouvera ici, accompagnés des questions immédiates qu'ils soulevèrent de la part des participants, les exposés de Francis Guibal et de Stanislas Breton sur le thème de l'altérité, tel qu'il se trouve traité d'une part dans l'oeuvre de Jacques Derrida, et de l'autre dans un ouvrage récent de Pierre-Jean Labarrière, "Le discours de l'altérité". Ces deux premières parties, avec - en contrepoint - les remarques des deux auteurs, trouvent leur justification dernière dans le débat approfondi qu'elles permirent d'engager ; nous reprenons, en troisième partie de ce petit ouvrage, l'essentiel des arguments qui firent l'objet de cet échange.

  • L'autre et les autres... Différence et différance... Altérité et altération... L'Autre comme Autre et la relation... Logique de la rupture (ou de l'interruption) et logique de la médiation... C'est autour de ces thèmes - et d'autres connexes - que le Centre Sèvres a voulu organiser un colloque auquel participèrent, sur invitation, une trentaine de personnes. La qualité des échanges que cette rencontre permit, nous a incités à en proposer l'essentiel à un public plus large, dans l'espoir de contribuer, d'originale façon, à ce qui est sans doute l'un des débats majeurs de la modernité philosophique. On trouvera ici, accompagnés des questions immédiates qu'ils soulevèrent de la part des participants, les exposés de Francis Guibal et de Stanislas Breton sur le thème de l'altérité, tel qu'il se trouve traité d'une part dans l'oeuvre de Jacques Derrida, et de l'autre dans un ouvrage récent de Pierre-Jean Labarrière, "Le discours de l'altérité". Ces deux premières parties, avec - en contrepoint - les remarques des deux auteurs, trouvent leur justification dernière dans le débat approfondi qu'elles permirent d'engager ; nous reprenons, en troisième partie de ce petit ouvrage, l'essentiel des arguments qui firent l'objet de cet échange.

  • Signéponge

    Jacques Derrida

    "Inscrivons sans mot dire la légende, en grands caractères monumentaux, majuscules ou minuscules indistinctes (tout revenant à la langue, le propre et le commun), inscrivons l'événement de langue sur la stèle (sans ponctuation, donc), inscrivons la chance, d'une traite, sur une pierre (elle nous attendra), sur une table (il la tient pour être dressée, verticale), donc sur un tableau offert (exposé) à l'éponge, ceci :EPONGER DESORMAIS A PARTIR DE LUI MAIS QUI SAIT A PARTIR D'AUJOURD'HUI ET DE MOI VOUDRA DIRE DANS LA LANGUE FRANÇAISE FRANCISEE PLUTOT OU REFRANCISEE COLONISEE UNE FOIS DE PLUS DEPUIS LES BORDS DE LA MEDITERRANEE MARE NOSTRUM EPONGER AURA VOULU DIRE DEJA LAVER NETTOYER APPROPRIER EFFACER DONC PAR EXEMPLE LE NOM DE PONGE MAIS AUSSI S'ACQUITTER D'UNE TRAITE INSCRIRE LE NOM DES PONGE SIGNER PONGE SIGNE PONGER EMARGER DEJA AU NOM DE PONGE."Jacques Derrida

  • « C'est au printemps 1982 que les responsables du Monde Dimanche (le supplément de fin de semaine du Monde) m'ont demandé de les aider à coordonner la réalisation d'un projet qui paraissait a priori difficile à mettre en place : offrir aux lecteurs du journal douze "leçons de philosophie", rédigées par des philosophes français contemporains et destinées à s'échelonner sur les douze dimanches de l'été suivant, de juillet à septembre. « Que ce projet ait pu finalement être mené à bien et qu'il ait rencontré la faveur du public, le lecteur en a la preuve dans le fait qu'après avoir été réunies en brochure dans la série Dossiers et documents du Monde, brochure rapidement épuisée, ces douze leçons font aujourd'hui l'objet d'une réédition sous forme de livre. « L'ordre des thèmes retenus reflète plus ou moins l'esprit du programme de philosophie de ce qu'on appelle en France la classe Terminale, cette classe étrange et ambiguë située à la charnière de l'enseignement secondaire et de l'enseignement supérieur. Ce programme, comme on sait, va de la conscience vers la société, du psychologique vers le collectif, du pulsionnel vers l'institutionnel ; en un mot, du "subjectif" vers "l'objectif". De même, notre table des matières, reflet de l'ordre chronologique de publication des textes, exprime un mouvement du soi vers l'autre ou des réalités individuelles vers les phénomènes collectifs. »

  • PONGE, DERRIDA : voilà les interlocuteurs d'une rencontre exceptionnelle. Jacques Derrida n'a eu de cesse de montrer que la philosophie, comme la littérature, est au travail dans la langue. La littérature vient, depuis toujours, inquiéter la philosophie en l'invitant à quitter sa position de surplomb. Peut-être est-ce l'une des raisons de la fascination de cette dernière pour l'oeuvre de Ponge, de Bernard Groethuysen à Henri Maldiney, en passant par Jean-Paul Sartre et Jacques Derrida. Ce dernier lui a consacré un livre, Signéponge, dont cet entretien est en quelque sorte le post-scriptum. Jacques Derrida se retourne sur son commentaire, l'explicite et le prolonge. Des questions aussi diverses que celles de la signature, de l'idiome, de la chose, de la métaphore, de la mise en abyme ou encore de l'éthique y sont posées. En matière d'écriture, Ponge et Derrida nous l'ont appris, il n'y a pas de point final.

  • Qu'est-ce que l'hospitalité, sinon une éthique de l'autre ? A partir d'une démarche active - la présence de Jacques Derrida et la participation de Michel Wieviorka - les textes réunis ici tentent de montrer comment, dans la recherche d'une hospitalité, s'opère la recherche de l'équilibre social.

  • L'oeuvre de Jacques Derrida a marqué depuis plus de trente ans la philosophie française. L'Écriture et la différence, De la grammatologie, La Dissémination sont aujourd'hui des classiques. Comment penser le mensonge en politique ? Pourquoi le pardon n'est envisageable que s'il y a de l'impardonnable ? La justice est-elle inséparable du droit ? Tels sont les thèmes qu'il développe ici, tout en retraçant son parcours personnel et en analysant ses rapports à la phénoménologie et au marxisme en évoquant Husserl, Heidegger, Sartre et Lévinas. « Ce qui se prépare à un rythme incalculable, c'est un nouvel homme bien sûr, un nouveau corps de l'homme, un nouveau rapport du corps de l'homme aux machine ». La parole de Jacques Derrida ici retranscrite nous éclaire sur l'émergence de ce nouveau monde.

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