• « Ce sont eux, ces témoins qui ont vraiment écrit l'histoire, des Juifs de Tunisie entre novembre 1942 et mai 1943. Ce sont dans ces récits que quelques historiens ont puisé leurs sources depuis soixante-dix ans. Nous devions tous les éditer ou les rééditer pour les rendre disponibles. Ces témoignages sont particulièrement précieux pour celui qui veut monter dans la machine à remonter le temps et en ces lieux où les Juifs tunisiens étaient taillables et corvéables et où leurs persécuteurs rêvaient de massacres que seule leur victoire pouvait provoquer, ou de déportation rendue impossible par le manque de navires et par la domination de la Navy. À ces obstacles auxquels se heurtait la barbarie nazie, ajoutons la réserve de la population arabe encadrée par les forces de police de Vichy. « Ces récits sont éclairés par le remarquable appareil critique de Claude Nataf qui réussit brillamment à faire de ces pages de mémoire des pages d'histoire, car il corrige, il précise, il informe, et il renseigne partout où il faut se poser des questions. Sans Claude Nataf, on lirait ces centaines de pages dans le doute , il nous guide, nous éclaire d'un bout à l'autre de cette traversée du semestre où les Juifs de Tunisie ont frôlé de très près la Shoah, et dont leurs voisins, les Juifs de Libye, ont été victimes. »

  • Se définissant lui-même, dans une lettre inédite à son ami Claude Roy , «juif ... non pratiquant... non croyant ... français par l'état civil ... par la culture ... par les sentiments ... marxiste ... communiste ... anti-impérialiste ... tunisologue ... "patriote tunisien"... enraciné dans sa terre natale...», Paul Sebag (Tunis 1919-Paris 2004) reste indissociablement lié à l'histoire de la Tunisie, depuis ses premiers travaux de sociologue dans les années 1950, jusqu'à ses plus récentes publications historiques autour du judaïsme tunisien et de la ville de Tunis à partir de 1990. Son action en faveur de l'indépendance lui fera prendre part à l'organisation de la nouvelle université tunisienne, et tout particulièrement du département de sociologie, où il enseignera jusqu'en 1977, date de son arrivée à Paris. Ce volume collectif à l'initiative de la Société d'Histoire des Juifs de Tunisie se veut un hommage à la fois à l'homme "au simple sourire", au professeur rigoureux et à l'infatigable érudit qui a marqué durablement plusieurs générations de chercheurs et d'étudiants.

  • Spécialiste du judaïsme maghrébin dans lequel il est né, Jacques Taïeb (1932-2011) a consacré de nombreux travaux à mieux faire connaître la destinée de ces communautés, prises dans la tourmente de l'Histoire, balancées entre les langues et les appartenances sociales et politiques, et qui contribuèrent largement à dessiner les contours d'une méditerranée plurielle, balayée par les grands exodes qui ont suivi les décolonisations. Disparu en 2011, ses collègues et amis ont voulu lui rendre hommage à l'occasion d'une journée d'études organisée par la Société d'Histoire des Juifs de Tunisie, dont il fut le co-fondateur, et en partenariat avec l'Alliance israélite universelle et la Société des Études Juives aux travaux desquelles il collabora régulièrement. Se dessine alors, à travers ce volume, un "être juif au Maghreb" tel qu'il a pu s'élaborer au cours des vingt-quatre siècles de présence des Juifs sur les terres qui vont de la Cyrénaïque (l'actuelle Lybie) aux rives chérifiennes de l'Atlantique.

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