• Soucieux d'exister aux yeux des autres institutions, les professeurs en études littéraires d'une université régionale entreprennent de créer un prix littéraire. Après de longues réunions, ils s'entendent sur la création du Prix du meilleur dernier roman.
    Avec humour, cynisme et une bonne dose d'autodérision, Claude La Charité dépeint avec finesse un milieu qu'il connait bien.

  • « J'ai une maladie : je suis bibliomane. J'aime les livres, je les collectionne, en particulier les livres anciens. Mais ça, c'est tout juste de la bibliophilie et ce n'est pas une maladie. Non, ma maladie, c'est une forme rare de fétichisme dont l'objet est le livre. Je vis entouré de livres. C'est ma protection, ma cotte de mailles, ma zone tampon, mon no man's land. »
    La confession du bibliomane pourrait se doubler de celle du futur père dressant un barrage de livres contre l'angoisse qui l'assaille lorsque la grossesse de sa compagne se complique et citant Montaigne : « C'est la meilleure munition que j'aie trouvée à cet humain voyage. » Une citation dont pourrait se draper l'enfant, étranger à son milieu, qui se gavera de mots à en devenir poète.
    Les douze nouvelles ici réunies ne dépeignent pas seulement la vie dans l'arrière-pays ni les velléités d'écrivain d'un professeur de lettres à la vie amoureuse qui va cahin-caha. L'ensemble contribue à forger l'univers de l'auteur, entre une photo d'échographie d'enfant mort-né dans sa boîte de bois grinçante, la mémoire du corps qui se souvient de sa naissance douloureuse, la somme de toutes les blessures d'amour-propre qui donnent consistance à ce que nous sommes, ou l'envoûtement des lieux qui nous habitent plus que nous les habitons.
    Claude La Charité propose ici une forme d'autofiction mâtinée d'humanisme et dévoile quelques pans de sa mythologie personnelle.

  • La fin du Moyen Âge et l'Ancien Régime voient fleurir les éloges de femmes dans les formes les plus variées : blasons du corps féminin, chants royaux à la Vierge, célébrations de Grisélidis ou de Jeanne d'Arc, panégyriques de reines, de princesses ou de grandes dames, tombeaux poétiques et autres pièces de circonstance, poésie d'inspiration pétrarquiste et néo-platonicienne, répertoires de femmes illustres et déclamations défendant la supériorité du sexe féminin constituent autant de variations du troisième genre oratoire identifié par Aristote, l'éloquence épidictique, qui vise à louer la vertu et à blâmer le vice[1]. De toutes ces formes, les éloges collectifs, situés à la croisée de la littérature, de la philosophie morale et de l'histoire, connaissent un destin particulièrement faste. L'expression « éloge collectif », qui n'appartient pas au vocabulaire de l'époque, mais qui permet de souligner un intérêt commun - tout à fait conforme à la sensibilité pré-moderne - pour le collectif[2], est utilisée dans ce numéro pour regrouper deux types de textes : les recueils de femmes illustres et les apologies du sexe féminin. S'inscrivant dans une tradition de récits de vies remontant à Plutarque et à Pétrarque, Boccace est le premier à consacrer un ouvrage à des figures féminines exclusivement dans son De mulieribus claris, que reprendront ensuite Christine de Pizan, dans La cité des dames (1404-1405), et de nombreux ouvrages, souvent caractérisés par une métaphore architecturale tels ces Nef des dames vertueuses (Symphorien Champier, 1503), Palais des nobles dames (Jehan Du Pré, 1534), Fort inexpugnable de l'honneur du sexe féminin (François de Billon, 1555) et autres Galleries ornées de portraits gravés, particulièrement appréciées au xviie siècle[3]. Ces compendia de femmes renommées pour leurs qualités exceptionnelles (et parfois leurs non moins retentissants défauts) réunissent des modèles (et des contre-modèles) de comportement. Les apologies du sexe féminin, quant à elles, ont recours à une gamme variée d'arguments - l'exemple, certes, mais également l'autorité et la preuve logique - réunissant une matière issue de tous les champs du savoir. Elles sont empreintes des habitudes cognitives et argumentatives de la dispute médiévale qui consiste à soutenir tour à tour une thèse et son contraire ; elles connaissent un succès renouvelé à la Renaissance sous l'influence de l'éloge paradoxal, qui problématise le débat pro et contra en brouillant les catégories de l'éloge et du blâme, et dont le De nobilitate et praecellentia foeminei sexus (1529) d'Henri Corneille Agrippa donne la mesure de la complexité. Elles visent un champ d'application plus large que les recueils de femmes illustres en défendant l'ensemble du sexe par la louange.

  • Au coeur de ce numéro, tout d'abord un grand dossier préparé sous la direction de Nicholas Dion et s'interrogeant sur les livres anciens en sol québécois. Ces écrits du Moyen-Âge, de la Renaissance et des quelques siècles suivants constituent notre patrimoine lettré. Leur importance est capitale : « De fait, au-delà de leur contenu ou de leur valeur intrinsèque, ces imprimés anciens permettent de mieux comprendre la dynamique des transferts des savoirs entre l'Ancien et le Nouveau Monde, de manière à retracer la formation, au Québec, d'une culture à la fois littéraire et philosophique ». Quels sont-ils, et où sont-ils aujourd'hui conservés? Principalement dans les différentes institutions d'enseignement, bien entendu. Études littéraires nous dresse donc plusieurs portraits de joyaux du patrimoine livresque : bibliothèques universitaires (McGill, Sherbrooke), religieuses (Séminaire de Québec), manuscrits d'époque reculées (XVe et XVIe siècles... La revue propose également des analyses littéraires ainsi qu'une section débats où dialoguent Maxime Decout et Jean-Paul Sermain.

  • Le mot recueil (du latin recolligere : rassembler) représente l'une des nombreuses expressions désignant, au XVIe siècle, un ouvrage formé d'une pluralité de composantes dont le degré de parenté est variable. Il apparaît aujourd'hui comme le terme le plus général pour rendre compte des Meslanges, OEuvres, Tombeaux et autres compilations dont le lectorat de la Renaissance était manifestement friand. Par leur intitulé pluriel (Nouvelles Recreations et Joyeux Devis) ou singulier collectif (Heptaméron), ces ouvrages donnent à entendre qu'ils reposent sur une dialectique du simple et du multiple, du long et du bref, puisque la juxtaposition de textes plutôt courts (maximes, poèmes, épîtres, nouvelles) résulte en un ensemble parfois monumental. Aux yeux des lecteurs des XIXe et XXe siècles, de tels agencements sont souvent apparus aléatoires. Pourtant, l'on peut sentir, dans certains textes de la
    Renaissance, une volonté de soumettre le recueil à une force unificatrice qui ordonne les manifestations du multiple. L'ouvrage se révèle alors tributaire d'effets d'ensemble, ne serait-ce que ceux résultant de
    la simple contiguïté des textes.

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