• L'écriture est avant tout un procédé dont on se sert pour fixer le langage articulé, fugitif par essence même. L'écriture invente un nouveau langage qui discipline la pensée et l'organise en la transcrivant. Des premières tablettes suméro-akkadiennes à la sténographie, cet ouvrage retrace l'histoire des formes d'écriture.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cette quatrième session des Journées de Flaran a commencé dans l'inquiétude. Pendant que se déroulaient nos travaux, notre président d'honneur, M. Charles Samaran, était en effet à l'hôpital de Nogaro, à quelques lieues de nous, en train de lutter contre l'agression des années et de terminer sa longue et admirable vie d'honnête homme et d'érudit. Décédé le 11 octobre, quelques jours avant son cent troisième anniversaire, plusieurs d'entre nous l'avons accompagné, avec ses amis de Cravencères et les autorités nationales et départementales, à sa dernière demeure près de la vieille chapelle de l'hôpital Sainte-Christie d'Armagnac. Notre Comité est désormais orphelin, mais il conservera le souvenir affectueux du grand historien gascon qui avait présidé à sa naissance.

  • Flaran, fondée en 1151 dans la filiation de Morimond, est l'ancienne abbaye cistercienne la mieux conservée et la plus pittoresque de la Gascogne ; elle est située au coeur d'une des plus denses provinces cisterciennes puisqu'elle était entourée par une quinzaine d'autres maisons de moines blancs ; elle est au centre aussi des vieilles terres rurales d'Armagnac et de Fezensac qui fleurent bon la polyculture et la vigne : autant de raisons qui, après deux ans de « rodage » de ces Journées, ne pouvaient qu'imposer le grand thème de l'économie cistercienne.Certes, la bibliographie de ce thème est déjà immense ; mais il faut reconnaître que dans les études cisterciennes qui se multiplient, l'économie de l'Ordre vient bien après l'art et la spiritualité. Cependant, c'est parce que l'abondance des monographies est devenue telle que nous avons pensé qu'un effort de synthèse et une nouvelle discussion étaient nécessaires pour essayer de faire le point et de repartir, peut-être, à nouveaux frais.

  • Les Journées internationales d'histoire médiévale et moderne du Centre culturel de l'ancienne abbaye cistercienne de Flaran, ouvertes en 1979, à l'initiative et sous le patronage du Conseil général du Gers et du Comité du tourisme et des loisirs de ce département, entrent, avec la publication de ce second fascicule, devancée d'ailleurs par la tenue d'une nouvelle réunion, dans leur phase sérielle. Leur programme, déjà défini l'an dernier, veut rester résolument attaché à une histoire qui colle au sol, à un large comparatisme et à une vision européenne n'excluant pas la pointe nécessaire de régionalisme gascon. Après le recueil sur « Châteaux et peuplements », voici donc le résultat des travaux de la session de 1980 sur « L'homme et la route », présenté comme précédemment sous forme de rapports généraux et de courtes communications ponctuelles et complémentaires.

  • Sur la carte des Centres culturels de rencontre de la France, le Sud-Ouest aquitain offrait jusqu'à il y a peu, une plage vide. C'est ce qu'a ressenti le Conseil général du département du Gers qui, ayant acquis l'ancienne abbaye cistercienne de Flaran, près de Condom, au coeur de la Gascogne, et y ayant entrepris une belle restauration avec l'aide des Monuments historiques, a décidé, pour lui donner une vie active, d'y implanter un centre culturel d'envergure nationale. La gestion et l'animation de cet organisme ont été confiées dès novembre 1975 au Comité départemental du Tourisme et des Loisirs dont le président, M. J.P. Joseph, et le responsable de Flaran, M. R. Laffargue, déploient depuis lors des trésors d'imagination pour assurer la réussite de cette grande oeuvre culturelle. Il ne s'agissait pas seulement pour eux de promouvoir des manifestations musicales et théâtrales et d'accueillir des expositions et des rencontres occasionnelles. Ils ont voulu aussi faire de Flaran le siège d'une institution scientifique permanente de haut niveau dédiée à l'histoire. C'est ainsi que sont nées, en démontrant le mouvement en marchant et avec la souriante et combien précieuse collaboration de l'abbé G. Loubès, ces journées internationales d'histoire dont la première session a eu lieu en septembre 1979 et dont ce volume publie les résultats prometteurs.

  • Depuis près de dix ans, les mises au point, les réflexions, les petites avances de l'histoire médiévale et moderne que nous réalisons ici dans ce havre de tranquillité hors de toutes les agitations, propice aux échanges amicaux, pourraient avoir comme dénominateur commun le titre d'une collection bien connue : les hommes et la terre. Après les peuplements castraux, les Cisterciens et la terre, les Ordres militaires et la terre, les revenus de la terre, le jardin est un de ces thèmes qui devait donc retenir notre attention, tant il est évident qu'il colle au sol et qu'il doit tout à l'intervention des hommes.

  • Un premier constat s'est imposé à la comparaison des trois rapports sur la France : l'opposition entre le rôle des Hospitaliers et des Templiers dans les grandes régions, Nord, Provence, Sud-Ouest aquitain et gascon. Certes, on ne saurait parler de « politique économique » des deux ordres ; l'un et l'autre, les Templiers surtout peut-être, ont généralement recherché des prises de revenus, rentes, dîmes, moulins, tonlieux, péages, qui ne les ont guère distingués des autres ordres et des seigneurs laïques. Mais, dans leur participation au peuplement des campagnes et des bourgs et à l'exploitation rurale, tout s'est avéré différent dans les trois secteurs. Au Nord de la Loire, aucune intervention des Templiers dans la fondation d'habitats, semble-t-il, et à peine six maigres hostises hospitalières en Picardie. En Provence, les commanderies urbaines ont plutôt essaimé des domaines dans des régions vides d'hommes, créant ainsi un habitat isolé. Dans le Sud aquitain, c'est l'apport massif à la colonisation et à l'urbanisation des campagnes qui a prévalu : quelque soixante sauvetés et castelnaux de l'Hôpital et du Temple au xiie siècle ; participation à la fondation d'une vingtaine de bastides à la fin du xiiie. C'est ici que Ton peut reprendre la pertinente question posée par R. Fossier à propos des Cisterciens dans le Nord de la France : les Templiers et les Hospitaliers « arrivent-ils bien ? », et de répondre : trop tard, au Nord de la Loire, malgré le nombre impressionnant des commanderies ; oui, dans les pays du Bas-Rhône et surtout en Gascogne. Les Hospitaliers et les Templiers se sont comportés en partie dans le Midi comme sur un front pionnier. Il n'en reste pas moins aussi que, pour des raisons liées à l'économie de marché, les deux ordres ont favorisé deux secteurs de l'activité rurale : l'élevage, principalement des ovins, en Champagne, en Berry, en Provence où ils ont participé à l'essor de la grande transhumance, dans les Pyrénées et sur les plateaux des Causses ; la viticulture en Aunis, en Bordelais et dans le « haut pays » garonnais. Mais, en dépit de quelques monographies bien menées, la structure des exploitations des deux ordres nous échappe encore partiellement : qu'en était-il en particulier des « granges », de leur gestion en faire-valoir direct et des expériences « quelque peu cahotiques » de métayage et de fermage ?

  • On voudra bien me permettre, pour une fois, de placer en tête de cette présentation tes quelques réflexions générales sur le succès des Journées d'histoire de Flaran que j'ai développées devant les autorités départementales du Gers, qui nous accueillaient le 20 septembre 1985 pour notre septième session. En effet, il peut paraître étonnant, mais il est en même temps très réconfortant, que dans cette abbaye, petit établissement cistercien, combien moins importante que tes « Centres nationaux de rencontre » de Royaumont, de Fontevrault ou de Pont-à-Mousson ; à l'écart des grands itinéraires de circulation ; sans patronage tapageur ; sans le secours de structures universitaires ou d'organismes de recherche ; loin des centres d'animation parisiens ; avec le seul concours bénévole d'un comité scientifique restreint et régional ; avec l'unique support administratif du Comité départemental du tourisme du Gers, dont l'histoire et les publications scientifiques n'étaient guère dans ta vocation initiale ; dans un département essentiellement rural et aux ressources modestes, nous ayons réussi à implanter ces réunions scientifiques annuelles, sans concession à la facilité, et à publier le résultat de leurs travaux. Eh bien ! cela n'a été possible que grâce à la foi et à la volonté lucide d'un petit groupe local et surtout des élus de ce département qui ont senti de façon exceptionnelle que la recherche historique était une des composantes essentielles de la culture et qu'une organisation simple était au moins aussi efficace qu'un lourd appareil bureaucratique lorsqu'elle était l'expression de l'accueil chaleureux de tout un pays.

  • Pour nos auditeurs non spécialistes, vous me permettrez de dire quelques mots sur la toponymie, science auxiliaire de l'histoire. Que l'on m'entende bien : il est incontestable que la toponymie est en premier lieu une science linguistique. Un nom de lieu est d'abord un vocable et, comme tel, il relève du génie de la langue et il appartient à un groupe linguistique bien déterminé. Ainsi, là où le Gascon pense et dit Artiguelongue, le Bavarois dira Langenried. Mais ta toponymie est aussi une science géo-historique. Par définition, le nom de lieu est lié au sol, il est attaché à une topographie, à une forme d'occupation du sol, à un habitat ; il recouvre de ce fait une réalité géographique, laquelle peut bien souvent renseigner sur sa signification. C'est, par exemple, par leur terroir ouvert en pointe ou en coin à la lisière des forêts que l'on a pu expliquer les Cornau bordelais et landais. En outre, quand le nom de lieu se rattache à un type de peuplement ou qu'il accède au document écrit ou cartographique, au mieux avec une date, il devient réellement un « fait » de l'histoire parmi tant d'autres. Dès lors, peut-on dire que la toponymie sous sa double étiquette est une science auxiliaire de l'histoire : elle est le miroir des civilisations historiques, des couches historiques successives du peuplement, des phénomènes les plus divers de l'occupation du sol, sans compter celui de groupes d'événements religieux et politiques, voire de toute la superstructure économique et matérielle de nos activités. Et ce miroir, à condition de le bien observer et interpréter, devient à son tour une source incomparable de l'histoire.

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