• Il y a une vingtaine d'années, dans un village de Charente-Maritime, une jeune infirmière libérale rend visite du matin au soir à ses patients. Elle a vingt-sept ans. L'expérience va durer cinq ans. Les usines ferment, la pêche ne rapporte plus, la population vieillit. On construit des cités et pourtant le paysage reste beau, surtout sous le regard de l'auteur. Il y a des pêcheurs, des ostréicultrices, des jardiniers, des cultivateurs, des ouvriers, des tsiganes, des bigotes, des notables, un transsexuel, un facteur ivrogne, un gendarme légaliste, des gens de maison, des putes à marins, la bonne du curé, une chiffonnière. La maladie et la mort dominent-elles ? Toutes les maladies ne sont heureusement pas mortelles et la visite de l'infirmière peut devenir celle d'une confidente. Loin d'une compassion de principe, ce livre manifeste une compréhension unique de la souffrance, de la détresse, de la folie, de l'extravagance, mais aussi de la fraternité et de la dignité des simples. Avec générosité et avec un humour caustique qui n'exclut jamais l'élan amical et poétique.

  • " Osias Lorentz venait d'acheter la maison de Deir es-Zor où il avait passé, seul, sa première journée et, seul, sa première nuit, lorsqu'il a entendu un bruit de pas léger sur le sable de la cour. Et lui qui l'instant précédent ne connaissait même pas la raison de son achat a compris presque simultanément qu'il espérait percevoir un tel bruit de pas, ténu, distrait, attaché à lui et indépendant de lui, et que celui qu'il entendait dans son dos, comme s'il était poussé par le soleil levant, n'était pas celui qu'il espérait. Celui qu'il espérait était tout autre, imprévisible. Maintenant, la femme qui n'était pas Esther avait pénétré dans la maison. "
    Voilà vingt ans que la narratrice vit et travaille chez Osias Lorentz, spécialiste de la statuaire sumérienne, sous le regard de la fidèle Ana, une gouvernante cap-verdienne. Chacune à sa manière, les deux femmes sont en adoration devant ce savant séduisant , mais taciturne et presque toujours absent, car il voyage de par le monde, le plus souvent en Mésopotamie. Tandis qu'il mène sa vie, se marie, a des liaisons, toutes les deux pensent que durant ces années il n'a vraiment aimé qu'une certaine Esther, dont elles ne savent rien et dont l'identité sera, pour elles comme pour Osias, une révélation. Ce roman offre à la fois une description lucide et douce de la passion amoureuse et une profonde réflexion sur l'imagination et la fiction.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cela fait deux cents ans que le grand cerf albinos trompe les chasseurs, deux cents ans qu'il apparaît, de loin en loin, au bord de l'étang de Soulas. Toune, elle, ne l'a jamais vu. Mais ce dimanche ne ressemblera à aucun autre...

  • Alexandre T., scénographe septuagénaire, reçoit la visite d'une jeune Algérienne, médecin qui travaille à l'hôpital Saint-Joseph et attend un enfant. Elle vient lui demander des comptes sur la mort de son grand-père Driss, qu'il a connu un demi-siècle plus tôt. Alexandre a en effet été appelé pendant la guerre d'Algérie, mais il a refusé de se battre et a sympathisé avec un étudiant en droit, sur le point de se marier. Cette amitié de deux " ennemis " n'a été comprise de personne et la mort soudaine de Driss, abattu, en Grande Kabylie, a été attribuée à une trahison d'Alexandre.
    Catherine Lépront réfléchit sur l'ignominie des guerres coloniales, sur le rapport de l'Histoire et des destins individuels, sur la mémoire.
    />

  • L'Anglaise

    Catherine Lépront

    Dans une maison au bord de la mer, un sexagénaire, Emile, fait vivre sa famille : sa mère et ses demi-sœurs. Il est harcelé au téléphone par une inconnue à l'accent anglais, que tout le monde surnomme "l'Anglaise". Parmi les observatrices se détachent trois femmes : Agnès, vieille fille à vie, amoureuse de son demi-frère , Léonore, une toute jeune voisine, et Esher, dite " Chagrin d'amour ". Pendant quelques jours de début d'été, on spécule sur l'Anglaise. Ce n'est qu'à la mort soudaine d'Emile, terrassé sur un escalier où il avait l'habitude de retrouver "l'Anglaise", que l'on comprend le lien avec cette femme mystérieuse. Un journaliste découvre le pot aux roses : fille d'une couturère de banlieue, elle avait trouvé le filon en conseillant de riches oisives sur leur garde-robe et s'était fait passer pour une mondaine anglaise.
    Toute l'atmosphère propre à l'œuvre de Catherine Lépront : amours impossibles, regard cruel sur la vieillesse, sur les rêveries sentimentales, dénonciation de l'hypocrisie. Ici, le paysage marin et la présence des trois observatrices décalées rendent particulièrement poétique le livre, ponctué de moments plus insolents.

  • Dans un ensemble d'ateliers parisiens, une jeune femme, comptable, est trouvée étranglée, en mai 2006. Tous les habitants de cet ensemble vont enquêter, sous l'œil de la narratrice dont un lointain cousin (mais très proche ami) est journaliste, spécialisé en faits divers. Parallèlement à l'observation de la narratrice, une romancière de polars, Olga Leewenhoek, décide d'écrire un roman sur ce meurtre. Un chien joue son rôle, ou plutôt devrait en jouer un, mais disparaît inexplicablement. Le chien du titre est également le chien au cœur du mal, au cœur du meurtrier et de tous les tyrans. Plusieurs meurtres ont été commis avant celui de celle qui est simplement nommée " la femme à la vespa " et après elle, selon une mise en scène analogue, qui laisse supposer que l'assassin photographiait ses victimes...

  • " Entre le jour de son arrivée et le jour où il a su que le délateur Mikhaïl, à son tour détenu, se trouvait au gisement, Ottavio Manucchi avait effectivement interrogé sept cent soixante-trois mille deux cent soixante-seize personnes de toutes catégories. Puis, au gisement lui-même, encore deux cent quarante-huit personnes, avant d'arriver jusqu'à lui, le délateur Mikhaïl, la hantise de ses jours et de ses nuits, son obsession aliénante, sa prison de chaque instant, en même temps que cette part irréductible de liberté qui avait été la sienne et lui donnait un air somnambulique qui me fascinait. Manucchi avait pourtant aussi peu de chance de retrouver le délateur albinos que, comme le disait toujours Tarass Erdman, "un éclat de météorite n'en a de te tomber précisément entre les deux yeux".
    Et c'était arrivé. "

  • Joséphine Kahane, qui dessine des jardins, se trouve prisonnière d'une vie conjugale mortifère. Elle pense perdre la raison lorsqu'arrivent au centre culturel local le claveciniste Vilhem Zachariasen, puis son aérienne épouse Hanne, enfin son ensemble de musique de chambre. Tandis que se déroulent leçons et exécutions en public du Concerto pour clavecin en ré mineur BWV 1052 de Bach, la jeune femme s'éprend d'un des musiciens. Son existence en sera boule-versée. Plusieurs narrateurs décrivent l'événement auquel fait écho la carrière de Bach, lui-même victime de la médiocrité de l'esprit institutionnel de son temps. Dans ce roman où la musique prend une grande place, Catherine Lépront raconte un amour et une délivrance, mais son regard impitoyable met à nu l'hypocrisie et la bassesse des notables politiques et culturels de la ville. Autour de Joséphine, les personnages semblent réunir le dix-huitième siècle de Bach et notre époque. Seuls, l'art et la passion permettent d'échapper à l'étroitesse des destins.

  • Lil W. travaille aux Archives de la police. Elle a élevé sa soeur Louise, médecin, en mission humanitaire en Ingouchie, qui lui demande de " tout lui raconter dans le moindre détail ". Sans toujours en nourrir son courrier, Lil fouille alors sa mémoire familiale, observe ceux qui l'entourent et, pour la première fois, se penche sur l'actualité immédiate, avec la guerre en Tchétchénie, le début de la guerre en Irak. Lil est bientôt désorientée dans ce monde qu'elle découvre. Tout lui semble bouleversé : l'amitié comme l'amour, la séparation, la mort, la présence des absents.

empty