• Formule la plus célèbre de Brillat-Savarin, l'aphorisme qui donne son titre à cet ouvrage délivre une vérité dont les discours anthropologique et sociologique se sont aujourd'hui emparés. Le lien entre les choix alimentaires et la construction d'une identité constitue en effet une problématique centrale où se croisent facteurs physiologiques et idéologiques. Cette interaction traverse également la littérature, sensible à la fois aux discours normatifs sur la nutrition et à la part d'imaginaire sollicitée par l'incorporation alimentaire. À travers l'analyse des implications et conséquences de cet aphorisme et l'exploration des fictions auxquelles il a pu fournir un principe de composition, ce volume souhaite constituer cette mise en oeuvre alimentaire en objet d'étude littéraire et répondre aux questions suivantes : Quelle est la place que l'oeuvre littéraire accorde à l'alimentation dans la légitimation de déterminismes sociaux, sexuels ou raciaux ? Que disent les choix alimentaires des croyances représentées ? Dans quelle mesure participent-ils de la construction du personnage et de la mise en place d'une axiologie, voire d'une imagologie littéraire ?

  • Proposer un panorama des virtualités allégoriques de l'estomac au xixe siècle : tel est l'objectif de cet ouvrage collectif qui, à l'opposé d'une exhaustivité potentiellement redondante, fait le pari de l'ouverture suscitée par des approches différenciées. Les contributions de chercheurs en littérature, philosophie, histoire et histoire de l'art mettent en lumière ce que l'estomac pouvait incarner et pourquoi il pouvait constituer un trope privilégié pour dire le xixe siècle. De cette enquête ressort la profonde ambivalence axiologique de l'estomac, mais aussi sa « plasticité argumentative », caractéristique, selon Judith Schlanger, des représentations organicistes. Emblème de la caricature et support de la satire, l'estomac est également une figure clé dans la formulation d'un système de pensée ou dans l'élaboration d'une poétique, au point d'apparaître comme une figure caractéristique d'un siècle que l'on qualifie volontiers de matérialiste.

  • L'anthologie Savants et écrivains : portraits croisés dans la France du XIXe siècle réunit les portraits, plus ou moins connus, que des savants ou des écrivains ont dressés d'écrivains ou de savants. Elle dresse un panorama varié de la manière dont chacun mesure ce qui le distingue de l'autre et montre la richesse possible des articulations des pratiques littéraires et savantes au siècle réputé être celui de la séparation des deux sphères. Qu'il vise à esquisser le contour d'un contremodèle ou, au contraire, d'un double possible, qu'il entende construire une allégorie, le portrait de savant fait par un écrivain ou le portrait d'écrivain composé par un savant témoigne de la nécessaire référence à l'Autre dans la définition de ses propres pratiques et de son propre discours. Les portraits croisés n'ont pas pour seul objet de définir un sujet (le « savant » ou l'« écrivain ») ; ils font émerger la compétence particulière d'un regard spécialisé qui, traitant d'une sphère étrangère, entend définir ses méthodes et ses limites.

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