• De Paris à Téhéran, d'Alger à Santiago ou de Bagdad à Port-au-Prince : tout au long de l'année 2019, ces villes ont été le théâtre de manifestations populaires qui ont toutes replacé le social au centre du jeu international, laissant la politique dans l'impuissance. En 2020, la circulation d'un virus mortifère, transmis par des millions d'interactions sociales, défiait tous les gouvernements de la planète. Alors que le social semblait naguère régi par le politique, les deux instances semblent avoir aujourd'hui échangé leurs attributs. Les relations internationales sont devenues inter-sociales.

    L'arène internationale ne se limite plus à une simple juxtaposition d'États mais est sous l'emprise d'un tissu social qui conditionne de plus en plus l'action des dirigeants. C'est l'analyse de cette conquête sociale de l'international qui est au centre de ce livre. Car les conflits actuels ne sont plus dominés par le choc des armées, mais alimentés par des phénomènes de souffrance sociale comme la pauvreté, l'insécurité alimentaire, les rivalités communautaires. Et derrière ces mouvements populaires, les entrepreneurs d'opinion, médias, réseaux sociaux, lanceurs d'alertes, acteurs privés en tous genres remodèlent les relations internationales à leur gré...

    Les relations inter-sociales conduisent à une nouvelle lecture du monde et de ses enjeux, elles inspirent l'urgence de nouvelles politiques étrangères et de nouvelles diplomaties.

  • Depuis que l'Amérique de Trump a fait savoir qu'elle privilégierait ses propres intérêts (America first !), tous les regards se sont tournés vers la Chine : va-t-elle se substituer aux États-Unis et incarner une nouvelle forme d'hégémonie mondiale ? L'ordre international n'a-t-il pas besoin d'un leader, si possible bienveillant ? Avec ce livre, Bertrand Badie fait un sort à ce vieux concept des relations internationales. Pour lui, l'hégémonie est un mythe, car elle suppose une adhésion réelle et consentie, à l'image de la ligue de Délos formée par les cités grecques autour d'Athènes. Or une étude attentive de l'histoire montre que l'hégémonie ne s'accomplit jamais sans ambiguïté. Pis encore, elle conduit les puissances à s'aveugler sur le rejet qu'elles suscitent, nourrissant ainsi les mouvements qui peuvent les balayer. La banalisation de la posture contestataire - Erdogan, Poutine... - marque non la disparition de l'hégémonie, mais plutôt son inconsistance. Un essai brillant et profond qui nous invite à considérer d'un oeil nouveau les désordres actuels du monde. Professeur des universités à Sciences Po Paris, Bertrand Badie s'est imposé comme l'un des meilleurs experts en relations internationales. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages qui font référence, dont Le Temps des humiliés paru aux éditions Odile Jacob. Il codirige L'État du monde depuis douze ans.

  • L'agenda international se règle aujourd'hui sur les urgences sociales, sanitaires ou démographiques. Un signe que la faiblesse est devenue un levier important dans la recomposition du rapport de force entre les nations. Bertrand Badie livre ici une analyse fine de ce changement d'orientation et de la place centrale qu'y tient désormais le monde du Sud.
    Dans
    Nous ne sommes plus seuls au monde, Bertrand Badie mettait en évidence les blocages d'un ordre international pris au piège de la mondialisation. Il montre ici comment le Sud, largement issu de la décolonisation, réagit à cette situation et, reprenant la main, recompose le système.
    Jusqu'à la fin de la Guerre froide, la compétition entre puissances a fait l'histoire. Aujourd'hui, non seulement elle est mise en échec, mais la faiblesse, à l'origine de la plupart des conflits (à travers celle des États, des nations institutionnalisées, ou du lien social), définit les enjeux internationaux et produit la plupart des incertitudes qui pèsent sur l'avenir.
    Le sens de la conflictualité mondiale s'en trouve particulièrement bouleversé. Devenue compétition de faiblesses, elle n'est plus territorialisée, n'oppose plus exclusivement des armées et des États ; peut-être a-t-elle même pour seule finalité de perpétuer des " sociétés guerrières ". Elle produit une violence diffuse, se déplace par rhizome, atteint tout le monde. Les vieilles puissances peinent à l'admettre.
    Le système international se transforme, inévitablement, sans que les États n'en prennent la mesure : il intègre de nouveaux acteurs et réécrit l'agenda international jusqu'à faire des questions sociales les enjeux majeurs de notre temps (démographie, inégalités, sécurité humaine, migrations). Reste à inventer les remèdes à ces nouvelles " pathologies sociales internationales ".

  • L'humiliation est devenue l'ordinaire des relations internationales. Rabaisser un État, le mettre sous tutelle, le tenir à l'écart des lieux de décision, stigmatiser ses dirigeants : autant de pratiques diplomatiques qui se sont banalisées au fil du temps. De quoi ces diplomaties de l'humiliation sont-elles révélatrices ? Les réactions des humiliés - de la conférence de Bandung en 1955 aux Printemps arabes - n'invitent-elles pas à une autre gouvernance ? Convoquant l'histoire et la sociologie politique, Bertrand Badie remonte aux sources de l'humiliation : les conquêtes occidentales du xixe siècle, la montée des revanchismes dans l'entre-deux-guerres, une décolonisation mal maîtrisée. Il montre que sa banalisation consacre l'émergence dramatique des opinions publiques et des sociétés sur la scène internationale, mais qu'elle trahit aussi l'inadaptation des vieilles puissances et de leurs diplomaties à un monde de plus en plus globalisé. Dès lors, il devient urgent de reconstruire un ordre international dans lequel les humiliés et leurs sociétés trouveront toute leur place. La montée des populismes et l'élection de Trump en 2016, le durcissement des gouvernements autoritaires d'Erdogan et de Poutine ou les provocations de la Corée du Nord confirment le rôle structurel de l'humiliation dans les relations internationales, avec cette inversion inquiétante : l'humilié d'hier devient aussi l'humiliateur d'aujourd'hui. Professeur des universités à Sciences Po Paris, Bertrand Badie s'est imposé comme l'un des meilleurs experts en relations internationales. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages qui font référence, dont La Diplomatie de connivence, L'Impuissance de la puissance et La Fin des territoires. Il codirige L'État du monde depuis douze ans. 

  • Dans cet ouvrage tranchant, B. Badie rompt avec les explications paresseuses ou consensuelles des désordres du monde. Ce spécialiste le rappelle : nous ne sommes plus seuls au monde, il est temps de se départir des catégories mentales de la Guerre froide et de cesser de traiter les " autres " comme des " barbares ". Et il interpelle les diplomaties occidentales, toujours à contresens de l'histoire, avec les conséquences catastrophiques que l'on sait. On nous répète à l'envi que le monde serait devenu de plus en plus complexe et indéchiffrable. À l'ordre de la Guerre froide aurait succédé un nouveau désordre géopolitique menaçant de sombrer dans le " chaos ". Affaiblissement des États-Unis, émergence de nouveaux géants économiques, irruption des prétendus " États voyous " et d'organisations terroristes incontrôlables : autant de sujets d'inquiétude nourrissant parfois la nostalgie d'un ordre ancien... qui n'a pourtant jamais eu la stabilité qu'on lui prête.
    Dans cet ouvrage tranchant, Bertrand Badie rompt avec les explications paresseuses ou consensuelles. Il nous rappelle que
    nous ne sommes plus seuls au monde, qu'il est temps de se départir des catégories mentales de la Guerre froide et de cesser de traiter tous ceux qui contestent
    notre vision de l'ordre international comme des " déviants " ou des " barbares ". Il interpelle la diplomatie des États occidentaux, qui veulent continuer à régenter le monde à contresens de l'histoire, et en particulier celle d'une France qui trop souvent oscille entre arrogance, indécision et ambiguïté.
    Le jeu de la puissance est grippé. L'ordre international ne peut plus être régulé par un petit club d'oligarques qui excluent les plus faibles, méconnaissent les exigences de sociétés et ignorent les demandes de justice qui émergent d'un monde nouveau où les acteurs sont plus nombreux, plus divers et plus rétifs aux disciplines arbitraires. Pour cette raison, cet ouvrage offre aussi des pistes pour penser un ordre international sinon juste, en tout cas moins injuste.

  • Depuis la chute du Mur de Berlin, le système international est devenu une sorte d'énigme, que les spécialistes peinent à décrypter. Vit-on désormais dans un monde " post-bipolaire ", " unipolaire " ou " multipolaire " ?
    Derrière ce flou terminologique se dissimule une continuité profonde : la prétention des plus " grands ", formalisée à partir de 1815 à travers une " diplomatie de concert ", à se partager le pilotage du monde. On retrouve aujourd'hui cet entêtement oligarchique dans les nouveaux " directoires du monde " que seraient le G8 puis le G20, qui renouvellent pourtant les blocages.
    S'autolégitimant autour de notions telles que l'" Occident " et la " démocratie ", la " diplomatie de connivence " conduit à des conflits (Afghanistan, Irak) qui ensuite lui échappent. Figée dans un fonctionnement d'exclusion, elle suscite la contestation d'États, d'opinions publiques et d'acteurs - parfois armés - frustrés d'être écartés de la prise de décision. Limitée dans ses performances et protectrice de ses privilèges, elle met en scène la volonté de résoudre de grandes crises, comme celles affectant l'économie mondiale, sans parvenir à des réformes concrètes.
    Phénix médiocre qui renaît toujours de ses cendres, la " diplomatie de connivence " est examinée ici dans son histoire, ses fonctions et ses échecs. Bonne manière d'explorer aussi la notion obscure de " système international ".

  • Depuis les Lumières, la domination politique exercée par l'Occident sur les " pays du Sud " s'accompagne - quand elle ne la précède ou ne la prépare pas - d'une domination culturelle plus forte encore. La décolonisation, loin d'avoir fourni aux sociétés du tiers monde le moyen de trouver une organisation qui corresponde à leurs traditions, a même fortement accentué ce phénomène.

    Derrière une rhétorique de rupture, les leaders du Sud se font les importateurs de notre droit, de notre modèle de développement, de notre forme de démocratie représentative (même s'ils l'accommodent à leur façon). Ces Princes, leurs entourages et leurs intellectuels pensent, agissent, construisent largement en fonction de nos catégories.

    Mais, hormis peut-être au Japon, cette occidentalisation imposée échoue parce que la greffe est impossible. Cet échec rend largement compte de l'évolution du monde contemporain depuis 1945. Il éclaire l'histoire de l'Inde comme celle du monde arabe et de l'Afrique noire, ou encore de l'Amérique latine et de la Chine, voire les incertitudes propres au Japon d'aujourd'hui. En dépit des espoirs que les élites ont mis en elle, l'occidentalisation, manquée, est cause de multiples traumatismes sociaux et facteur de désordre dans les relations internationales.

    La cacophonie d'un monde qui ne parvient ni à unifier ses règles du jeu ni à faire leur place aux différences constitue sans nul doute la plus lourde des menaces qui pèsent sur l'humanité.

    Professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, Bertrand Badie est l'auteur de nombreux ouvrages, en particulier de Les deux Etats. Pouvoir et société en Occident et en terre d'islam (Fayard, 1987).

  • Décidément, le monde n´est plus ce qu´il était... Il y a dix ans encore horizon indépassable des relations internationales, la souveraineté peine à maintenir ses positions face à l´émergence des valeurs communes à l´humanité et à la globalisation de l´économie. A vrai dire, elle recule un peu partout : de vieux Etats-nations doivent en sacrifier une partie pour s´intégrer à de plus grands ensembles ; l´ingérence a de moins en moins besoin de se parer des oripeaux des grands principes et passe à l´occasion pour un devoir ; certains Etats ne parviennent plus à garantir l´immunité de leurs ressortissants, voire de leurs anciens dirigeants... Bref, l´autorité des Etats n´est plus un dogme.
    Cette mutation - considérable - n´ayant pas fini de produire ses effets, les Etats gagneraient grandement à mener une politique moins brutale et moins cynique. Au lieu de se cramponner au couple dépendance/coopération du temps de la Guerre froide, ils pourraient, plus modestement, défendre celui que forment l´autonomie et l´interdépendance. Sans doute doivent-ils aussi développer l´esprit de responsabilité au détriment de la ruse (qui n´est rien d´autre que la violence déguisée).
    Beau programme pour le xxie siècle !

    Bertrand Badieest professeur de science politique à l´Institut d´études politiques de Paris. Il a publié chez FayardLes Deux Etats(1987), L´Etat importé(1992)etLa Fin des territoires (1995).

    Collection " L´espace du politique " dirigée par Pierre Birnbaum

  • L'humiliation est devenue l'ordinaire des relations internationales. Rabaisser un État, le mettre sous tutelle, le tenir à l'écart des lieux de décision, stigmatiser ses dirigeants : autant de pratiques diplomatiques qui se banalisent. Ainsi se développe une « diplomatie de club », celle du Conseil de sécurité et du G7, tandis que les États émergents - Inde, Brésil, Turquie - ou les anciennes puissances - Russie - se voient dénier toute réelle capacité d'initiative ou contraints d'adopter des stratégies déviationnistes, souvent peu productives. De quoi ces diplomaties de l'humiliation sont-elles révélatrices ? Les réactions des humiliés - de la conférence de Bandung en 1955 aux printemps arabes - n'invitent-elles pas à une autre gouvernance ? Convoquant l'histoire et la sociologie politique, Bertrand Badie remonte aux sources de l'humiliation : la montée des revanchismes dans l'entre-deux-guerres, une décolonisation mal maîtrisée. Il montre que sa banalisation consacre l'émergence dramatique des opinions publiques et des sociétés sur la scène internationale, mais qu'elle trahit aussi l'inadaptation des vieilles puissances et de leurs diplomaties à un monde de plus en plus globalisé. Dès lors, il devient urgent de reconstruire un ordre international dans lequel les humiliés et leurs sociétés trouveront toute leur place. Professeur des universités à Sciences Po-Paris, Bertrand Badie s'est imposé comme l'un des meilleurs experts en relations internationales. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages qui font référence, dont La Diplomatie de connivence, L'Impuissance de la puissance et La Fin des territoires. Il codirige L'État du monde depuis sept ans. 

  • Par le meilleur spécialiste français des relations internationales, une saisissante vision du monde d´aujourd´hui, bien différent de celui d´hier.

  • Existe-t-il un modle universel de l'tat et de sa contestation par la socit
    ?
    L'tat est apparu en Occident la fin du Moyen ge. Un espace politique
    autonome et souverain se dgagea alors de la puissance de l'glise et triompha
    de la dispersion des pouvoirs qui prvalait auparavant. Cette situation
    nouvelle, souvent appele via moderna, est l'origine de notre modernit. Elle
    fut longtemps, aux yeux de la sociologie, l'aune des progrs ou des retards des
    autres cultures.
    Dans le monde musulman plus qu'ailleurs, tant les rgimes politiques que les
    rapports entre le pouvoir, la communaut et l'individu sont aujourd'hui
    extraordinairement divers. Au point qu'on ne peut plus parler d'tat au sens
    occidental du terme. Bertrand Badie retrace la gnalogie et l'volution de
    l'tat au cours des sicles, sa diversit au sein de ces ensembles abstraits
    que sont l'Occident et la terre d'Islam. Il prend dans cet ouvrage de rfrence
    l'exacte mesure des promesses et des impasses des modles tatiques
    contemporains.

    Bertrand Badie, professeur de sciences politiques la facult de droit de
    Clermont-Ferrand, est notamment l'auteur du Dveloppement politique.


  • La puissance n'est plus ce qu'elle était. La fin de la bipolarité, les échecs du développement, la prolifération de formes nouvelles et disséminées de violence ont eu raison des certitudes de naguère. Les armées les plus modernes ou les plus sophistiquées échouent devant les actes de terreur les plus élémentaires ; à mesure qu'elles s'affirment, les dominations essuient davantage de contestation qu'elles ne recueillent d'adhésion ; quant aux menaces les plus diverses, elles échappent à tout espoir de contrôle.

    Les États-Unis sont au centre du paradoxe : jamais un État n'a, dans l'Histoire, accumulé autant de ressources de puissance ; jamais pourtant il ne s'est révélé aussi peu capable de maîtriser les enjeux auxquels il doit faire face. La puissance ne peut plus se régaler aujourd'hui des effets revigorants du gladiateur ennemi qui fait face avec le même poids et les mêmes recettes.

    Privés d'ennemi qui leur ressemblent et qui leur opposent une puissance crédible, les États-Unis doivent aujourd'hui affronter une nuisance qui change l'équation du jeu international, tout en étant redoutable et extrêmement difficile à combattre. Derrière ces boule­versements stratégiques se cachent non seulement la fin des guerres d'autrefois, des formes nouvelles de violence et de conflit, mais surtout l'ouverture de la scène internationale aux individus et aux sociétés, c'est-à-dire à l'Autre, celui qu'on connaît mal ou qu'on choisit d'ignorer, qu'on accable d'humiliations faute de pouvoir le forger à son image. En bref, l'ignorance du monde post-bipolaire alimente ainsi de nouvelles violences et crée de nombreux dangers dont seul le multilatéralisme saura nous protéger.

  • Voilà maintenant cinq ans que Bertrand Badie commente pour nous les temps forts de l´actualité mondiale sur un chat du Monde.fr. Tous les mois, répondant en direct aux questions des internautes, il leur offre les clés de lecture et de compréhension des grands enjeux planétaires.
    Dans ces Carnets d´après Guerre froide, CNRS Éditions, en partenariat avec Le Monde.fr, reprend le « best-of » de ces échanges. Bertrand Badie y expose très simplement les grandes permanences du jeu mondial, tout autant que ses mutations en cours ou à venir. La perte de souveraineté des États, le poids croissant des sociétés civiles, le rôle des puissances émergentes, le clivage Nord/Sud, la lutte contre le terrorisme, les crises de l´Union européenne, la soif occidentale d´ingérence, la place de la France dans l´arène mondiale, le difficile partage des ressources naturelles, la fin de l´universalisme des droits de l´Homme, le rôle de la religion dans les relations transnationales :
    Autant de thèmes et de questions abordés et expliqués dans une langue largement accessible, et dans le seul but d´éclairer le lecteur.
    Un ouvrage indispensable pour comprendre la nouvelle donne mondiale de l´après Guerre froide.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Tenues à l´écart du jeu politique pendant des décennies, prises par le souffle des « printemps arabes », exaspérées par l´austéritééconomique et par le verrouillage des institutions, éreintées par des guerres sans fin, les sociétés réagissent. Au Nord comme au Sud, en dictature comme en démocratie, la circulation accélérée de l´information citoyenne et les capacités renouvelées de mobilisation libèrent la contestation populaire.

    Alors que toute médiation politique est désormais suspecte, la force d´inertie des dirigeants peut-elle suffire à laisser passer la tempête sans que leurs habitudes en soient trop bousculées ? Cette cassure sera-t-elle à l'origine de véritables alternatives politiques nationales, régionales et internationales ?



    Pour prendre la mesure de cette rupture entre le politique et le social, L´état du monde 2013 en expose les manifestations et les retombées en termes économiques, sociaux, environnementaux, culturels ou encore diplomatiques et stratégiques, à travers les approches multiples des meilleurs spécialistes du champ international.



    Véritable « roman de l´actualité mondiale », L´état du monde révèle, au-delà de la succession d´événements immédiate, la tonalité des changements à l´oeuvre sur la planète, tandis que le site l´Encyclopédie de L´état du monde continue d´offrir toutes les ressources complémentaires de cette analyse dans une base documentaire unique (plus de 8 000 articles, 40 000 données statistiques, 10 000 liens...).

  • La livraison 2014 de L'état du monde se penche sur la dynamique des puissances mondiales. Contrairement à bien des prévisions, la victoire de l'Occident dans la guerre froide n'a pas débouché sur une longue période de domination américaine. Si les États-Unis restent à bien des égards le pivot des équilibres géopolitiques mondiaux, la puissance américaine est confrontée des concurrences nouvelles. Un constat qui s'applique également aux autres puissances occidentales, en particulier européennes, profondément secouées par la crise économique.
    Cette évolution structurelle s'accompagne de la montée en puissance de nouveaux mouvements sociaux, revendicatifs ou révolutionnaires, qui bouleversent directement ou indirectement les fondements de l'ordre international hérité de l'après-guerre froide.
    Grâce aux dizaines de spécialistes qui y participent, cette édition 2014 évalue donc cette remise en cause de l'hégémonie occidentale, par des puissances émergentes et par les " sociétés civiles ". La Chine, l'Inde, le Brésil, et dans une moindre mesure l'Afrique du Sud et la Russie, se dotent à leur tour des atouts de la puissance politiques, économiques mais aussi culturelles et technologiques. Quant aux mouvements révolutionnaires ou contestataires, dans le monde arabe et ailleurs, ils auront certainement des conséquences sur le modelage en cours de la nouvelle architecture mondiale.
    Outre cette réflexion globale sur les dynamiques de la puissance, L'état du monde 2014 fait le point sur les grandes tendances observables dans les relations internationales, de la recomposition des mafias à l'essor de nouveaux mouvements religieux en passant par le rôle stratégique croissant du pétrole non conventionnel, et sur les situations conflictuelles à travers le monde, de l'Iran à la Colombie en passant par le Mali, la Syrie ou la Corne de l'Afrique.

  • Depuis plusieurs années, et singulièrement après la crise financière de 2008, les inégalités sont redevenues un thème d'actualité. Des best-sellers internationaux se consacrent à cette question trop longtemps négligée. D'Athènes à New York, de Madrid à Hong Kong, les mouvements populaires qui placent la lutte contre les " inégalités " au coeur de leur programme se multiplient et prennent de l'ampleur. [Chapitre extrait de l'édition 2016 de L'état du monde]
    Depuis plusieurs années, et singulièrement après la crise financière de 2008, les inégalités sont redevenues un thème d'actualité. Des best-sellers internationaux se consacrent à cette question trop longtemps négligée. Des ONG publient des chiffres alarmistes qui illustrent le fossé croissant entre les pauvres, qui paraissent toujours plus nombreux et vulnérables, et les ultra-riches, qui ne savent plus comment dépenser leurs gigantesques fortunes. D'Athènes à New York, de Madrid à Hong Kong, les mouvements populaires qui placent la lutte contre les " inégalités " au coeur de leur programme se multiplient et prennent de l'ampleur.
    Mais, derrière les slogans, comment appréhender et mesurer précisément ces inégalités qui pèsent de plus en plus sur l'agenda international ? Politiques, économiques, sociales, raciales, culturelles ou sexuelles : comment s'enchevêtrent les différentes facettes de l'inégalité ? Pourquoi les institutions internationales, elles-mêmes très inégalitaires, échouent presque toujours à atteindre les objectifs qu'elles se sont fixés en matière de " développement " ? Pourquoi l'accès à l'alimentation, au logement, à l'éducation ou à la santé reste-t-il à ce point inégalitaire ? L'injustice ressentie par de nombreuses populations favorise-t-elle les conflits et la violence politique ?
    Grâce aux chercheurs et journalistes réunis autour de Bertrand Badie et Dominique Vidal, cette édition 2016 de L'état du monde propose de nouvelles perspectives pour comprendre les inégalités contemporaines aux échelles mondiale, régionale et nationale. S'appuyant sur de solides ressources statistiques et sur d'innombrables exemples, sur les cinq continents, les spécialistes qui ont contribué à ce volume en décortiquent les mécanismes et fournissent ainsi quelques pistes pour tenter de les combattre.
    Ceci est le chapitre " Qu'est-ce qu'un monde d'inégalité ? " par Bertrand Badie, extrait de l'ouvrage L'état du monde 2016.

  • Ce chapitre intégral est extrait de l'édition 2015 de " L'état du monde " : Nouvelles guerres, publiée sous la direction de Bertrand Badie et Dominique Vidal.
    On n'enseigne plus, dans les collèges et les lycées de France, cet enchaînement de guerres qui, depuis la Renaissance, a marqué l'histoire de l'Europe, pratiquement jusqu'en 1945. De la Guerre de Trente Ans jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, le mécanisme des affrontements militaires a peu à peu dessiné le Vieux Continent, établi les frontières, construit les nations et consolidé les États. Du philosophe anglais Thomas Hobbes, auteur du Leviathan (1651), jusqu'à Raymond Aron, l'histoire n'était conçue que comme tragique, la guerre était dans les gènes de notre modernité politique.
    Cette vision est-elle universelle ? Pas si sûr. Si la violence est la chose du monde la mieux partagée, sa réalisation sous forme de guerre interétatique est bien conforme au modèle européen.

  • We are told again and again that the world has become increasingly complex and indecipherable. However, this book reminds us that we are no longer alone in the world, that it is time to move away from the mental categories of the Cold War and stop treating all those who challenge our vision of the international order as guilty "deviants" or "Barbarians." The author challenges the diplomacy of Western states, who want to continue to rule the world against history, and in particular that of France, which too often oscillates between arrogance, indecision, and ambiguity. The power play is stuck. The international order can no longer be regulated by a small club of oligarchs who exclude the weaker ones, ignore the demands of societies, and ignore the demands for justice that emerge from a new world where the actors are more numerous, more diverse and more restive to arbitrary disciplines. For this reason, this book also offers ways to think an international order that would be, if not fair, at least less unfair.

  • Les évènements récents du Moyen-Orient, d'Afghanistan, d'Irak ou de Géorgie le rappellent cruellement : nous n'en avons pas fini avec l'usage de la force au plan international, d'une puissance qui, au bout du compte, a toujours tendance à écraser les hommes et les peuples. Si l'on a pu Croire a la fin du XXe siècle a la disparition des blocs, à l'émergence dominante des démocraties ou d'un ordre international plus juste, force est de reconnaître que la désillusion nous habite désormais avec le retour des puissances et de ce qui en dérive mécaniquement : les guerres, le terrorisme, la tentation du cynisme... Refusant de céder à la résignation ambiante, Bertrand Badie propose un autre regard sur le monde. Comment faire pour la cause de l'homme puisse gagner ? Au coeur de la complexité internationale, comment voir naître une exigence plus solidaire ?

  • Du dépassement de la société féodale jusqu'au traité de Versailles, la conception politique du territoire n'a cessé de se préciser. Support exclusif de l'autorité, celui-ci a eu pour fonction de dessiner le cadre des allégeances individuelles, celui du contrôle et de l'allocation. Il a doté la vie internationale de ses principes fondateurs en la concevant comme une réunion d'unités souveraines.

    Cette construction est désormais ébranlée, victime de la modernité, de la mobilisation accrue des individus, des progrès de la communication, du retour du particularisme et de l'ethnicisme. Trop étroit pour faire face au développement des échanges, il est jugé trop vaste pour s'adapter aux besoins de la nouvelle quête identitaire. Il est de moins en moins admis comme support d'une identité politique citoyenne et de plus en plus toléré ou réclamé comme l'instrument d'une identité religieuse ou ethnique. A mesure que la définition politique des peuples s'efface, l'affirmation des droits d'autodétermination suppose une remise en cause globale et désacralisée des territoires. Il en découle un désordre qui semble échapper aux règles de la géographie politique et où la complexité des réseaux modernes et l'enchevêtrement des identités traditionnelles l'emportent conjointement sur l'appartenance à un territoire.

    La montée en puissance des flux transnationaux, l'essor des réseaux tout comme la mise en échec de la relation citoyenne un peu partout affaiblissent inévitablement _ en particulier hors d'Europe _ le territoire de l'Etat-nation qui peut de moins en moins prétendre bénéficier de l'allégeance prioritaire des individus. Il se forme des tendances où le multiple semble triompher de l'un:
    D'une Europe pluri-spatiale à une Asie orientale faite de réseaux ouverts, on devine de nouvelles divisions du travail, des façons inédites de penser la multiplicité des fonctions à travers la multiplicité des espaces et des allégeances.

    La fin des médiations territoriales peut annoncer aussi l'avènement d'une mondialisation manquée et ne conduire directement ni à l'émancipation de l'individu ni à la construction d'une société mondiale. Atteindre ces deux objectifs suppose que la dimension universaliste dont était porteur le principe de territorialité soit réinvestie ailleurs, que le respect de l'autre devienne une valeur transnationale, à un moment où aucune institution n'a les moyens de l'imposer par la contrainte.

    Bertrand Badie est professeur de science politique à l'Institut d'études politiques de Paris. Il a publié chez Fayard Les Deux Etats (1987) et L'Etat importé (1992).

  • L'apparition sur la scène internationale des nouveaux États issus de la décolonisation a contribué à actualiser les débats qui, dès le XIXe siècle, avaient accompagné l'élaboration d'une sociologie du changement, puis du développement politique. Teintée d'ethnocentrisme, très marquée par le mythe du progrès continu et par les postulats de l'organicisme, la théorie politique classique a très généralement échoué dans sa tentative de rendre compte de la formation des divers systèmes politiques modernes et surtout des profondes différences qui les séparent les uns des autres. Le dépassement de cette théorie engage l'analyse politique contemporaine à choisir entre deux directions possibles : soit l'élaboration de modèles moins ambitieux, mais de portée plus universelle, favorisant un renouvellement de la méthode comparative ; soit un retour vers l'Histoire, consacrant de façon peut-être définitive le caractère irréductible des trajectoires de développement suivies par chaque société. À travers l'étude des différentes constructions théoriques qui ont marqué ces vingt dernières années, on retrouve un ensemble de problèmes qui sont au centre de la réflexion politique : l'organisation politique des sociétés qui ont récemment accédé à l'indépendance, mais aussi le développement de l'État occidental, l'illusion de son universalité, et les critères qui ont accompagné son « exportation » hors des systèmes sociaux qui l'avaient autrefois conçu.

  • Il est aujourd'hui courant de brandir les droits de l'homme dans les relations internationales : certains États se prévalent d'une " diplomatie des droits de l'homme " dont la constance et l'efficacité sont pourtant sujettes à caution ;
    Les ONG humanitaires se multiplient et croissent sans convaincre toujours ; la promotion des grandes causes justifie interventions, ingérences, actions violentes. Le remède ne serait-il pas pire que le mal ? Les droits de l'homme ne cachent-ils pas d'autres visées franchement politiques ?
    Les États sont-ils bien armés pour défendre les droits de l'homme face aux résistances du réalisme, aux impératifs économiques, aux défauts de puissance, aux coûts de l'intervention, à un droit resté résolument souverain, aux interdépendances entre gouvernants ?
    Progrès réel mais invention combien fragile, la judiciarisation progressive de la scène internationale, de La Haye à Arusha, de Pinochet à Habré, révèle, au- delà, un déplacement du sujet, source de toutes les incertitudes : du peuple souverain au nom duquel on rendait la justice à une " humanité " méta- souveraine au nom de laquelle on ne sait pas encore le faire. Mais peut-être la démocratie va-t-elle prendre sa revanche là où on ne l'attendait pas : dans le calcul réaliste de ceux qui découvrent que les dictatures étaient hier utiles et qu'elles sont coûteuses et encombrantes aujourd'hui alors que triomphent les besoins d'intégration.
    Les Etats sont plus que jamais sous surveillance : celle de conventions qui ne sont pas seulement ou pas toujours formelles, celle de leurs semblables dont ils dépendent de plus en plus ; celle d'un espace international sujet à bien des manipulations mais qui débat, agit, proteste et se mobilise. En cela, la demande des droits de l'homme est symptomatique des données nouvelles de la vie de la planète, de ses impasses et de ses promesses. En analyste incisif des Etats dans le monde contemporain, Bertrand Badie nous fait voir, entre éthique et volonté de puissance, les relations internationales sous un jour inédit.

    Professeur de science politique à l'Institut d'études politiques de Paris, spécialiste des relations internationales, Bertrand Badie est l'auteur de plusieurs ouvrages pour la plupart publiés chez Fayard, dont L'Etat importé (1992), La Fin des territoires (1995), Un monde sans souveraineté (1999).

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