• Entre 1800 et 1871, les relations entre les peuples et les États se transforment sous l'effet des conséquences idéologiques de la Révolution française et de la croissance européenne qui pose les fondements d'un rayonnement mondial.
    Après le tourbillon napoléonien, l'Europe connaît des aménagements politiques fixés par le congrès de Vienne (1814). Confrontées à l'émergence des nationalités, aux unités italienne et allemande, au recul de l'Empire ottoman, les grandes puissances diplomatiques - le Royaume-Uni, la France, la Russie, l'Autriche - élaborent des politiques parfois communes, le plus souvent antagonistes. Elles expriment les profondes rivalités géopolitiques qui les opposent entre elles. En 1871, la carte politique de l'Europe traduit ces déplacements de puissance, fruits des soixante années écoulées.
    Le monde entier est le théâtre de ces affrontements européens. L'ouverture de l'Asie, l'exploration et la colonisation de l'Afrique donnent lieu à des incidents fréquents. En Amérique, l'émancipation des colonies espagnoles et l'affirmation des États-Unis n'empêchent pas l'influence européenne de se faire sentir.

  • La crise traversée par la Catalogne et par l'Espagne en 2017 a surpris par son intensité. Pourquoi une région riche et prospère, jouissant d'une large autonomie, s'est elle lancée dans un projet sécessionniste ? Est-il porté par une majorité ou bien n'est-il que l'expression de partis activistes ? Le choc frontal entre Carles Puigdemont et l'État espagnol a fini par fracturer durablement la région.Cette crise tient à la diversité des catalanismes et à leur poids dans la mémoire nationale. La Catalogne concentre en elle une lutte séculaire pour les libertés démocratiques, les ambiguïtés d'un nationalisme parfois exclusif, la menace des rivalités militantes et les risques d'une identité devenue incertaine à force d'être revendiquée. Si une telle effervescence a donné le meilleur au siècle dernier, elle peut aujourd'hui donner le pire et provoquer une crise grave, en Espagne comme en Europe.
    Benoît Pellistrandi, ancien élève de l'École normale supérieure, est agrégé et docteur en histoire. Directeur des études de la Casa Velasquez de 1997 à 2005, il a entre autres publié : Les Relations internationales de 1800 à 1871 (2000); Un discours national ? L'Académie royale d'histoire de Madrid entre science et politique. 1847-1897 (2005) ; Histoire de l'Espagne. Des guerres napoléoniennes à nos jours (2013).

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