• Cet ouvrage, original, ne se veut pas une histoire de la littérature grecque. Monuments de la littérature universelle, les chefs-d'oeuvre grecs sont aussi des documents pour l'historien, de même que les écrits plus ordinaires ou à caractère technique, à condition de savoir les lire et les interroger. Non seulement les livres d'histoire à proprement parler, mais aussi la poésie archaïque révèlent le fonctionnement de la mémoire collective. Les textes destinés à être prononcés à une tribune publique, pièces de théâtre ou discours, permettent d'appréhender les problèmes de communication, les rapports entre la masse et l'élite, bref, le fonctionnement de la démocratie. Les traités de philosophie, d'ethnographie ou de savoir-vivre nous présentent un véritable miroir de la société, tout en faisant émerger de belles figures d'intellectuels engagés, au service de leur cité.Toutes ces oeuvres littéraires constituent donc une banque de données considérable qu'il s'agit d'exploiter en confrontant chaque élément avec d'autres, archéologiques, épigraphiques ou encore littéraires pour atteindre une réalité authentique.Ce livre se propose d'aider les littéraires à retrouver plus facilement les contextes historiques d'une oeuvre ou d'un genre, à la lumière de la recherche actuelle, et de fournir aux historiens des méthodes et des exemples d'analyse, en multipliant les angles d'approche. Il souhaite surtout être accessible à tous et donner à chacun, spécialiste, étudiant et curieux, le goût de la culture grecque.Marie-Françoise Baslez est professeur d'histoire ancienne à l'université de Paris XII. Spécialiste de l'histoire des sociétés et des relations interculturelles dans l'Orient hellénistique et romain, elle a publié plusieurs travaux collectifs pluridisciplinaires sur Le monde du roman grec et L'invention de l'autobiographie.
    Lire en historien les auteurs grecs. Les poètes de l'époque archaïque. Origines et fondements de hellénisme. Le théâtre dans l'Athènes démocratique. Historiens et ethnographes de l'époque classique : du présent au passé, des Grecs aux barbares. Les orateurs athéniens du IVe siècle : histoire politique, histoire des moeurs, histoire du moi. Les philosophes et la société des intellectuels. Histoire politique et histoire culturelle. Littérature documentaire et technique au IVe siècle. Historiens et géographes des IIe et Ier siècles : l'inventaire du monde hellénistique. Littératures de contact. Littératures biblique et juive en langue grecque. La société des lettrés aux Ier et IIe siècles : poésie, propos de table, encyclopédies, romans. Biographes, historiens, périégètes : des passeurs de culture. Littérature et religions. Hellénisme et christianisme en perspectives.

  • Considérer l'histoire des persécutions dans l'ensemble du monde gréco-romain, fût-ce en concentrant son regard sur des figures et des événements remarquables ou exceptionnels, oblige à faire tomber bien des oppositions convenues et à dépasser des préjugés.Les persécutions ne résultent pas d'un choc de civilisations, créé par l'introduction de monothéismes exclusifs, juif et chrétien, dans le système religieux, polythéiste et politique, de la cité et des empires antiques. D'abord, on ne persécute pas une doctrine, ni une idéologie, mais des personnes dans une situation donnée. Socrate est mis à mort, mais son école de pensée subsiste et se développe. Les Églises sont décapitées à plusieurs reprises, plutôt que le christianisme n'est réellement éradiqué. En effet, la cité ne se définit pas comme une communauté de croyance, ni même d'opinion, mais comme une communauté de participation, où tout se joue dans l'apparaître et la pratique collective publique, même sur le plan religieux. On persécute donc le professeur plus que l'idéologue, celui qui se met à part ou qui est absent des grandes cérémonies plutôt que l'autre dans sa différence essentielle. Les Juifs et les chrétiens constituent bien, quant à eux, une communauté de croyance, fondée sur une Écriture révélée, mais les pouvoirs publics n'ont pas su ou pas voulu pendant longtemps le prendre en compte, en traitant ces groupes religieux selon le droit commun, celui des personnes et celui des associations, et en s'efforçant de réduire leurs croyances au plus large commun dénominateur.M.-F. B.

  • L'étranger, à l'époque archaïque, n'a pour carte d'identité que ses propres paroles. Venant d'une cité, il tente tout d'abord de ne pas paraître « étrange » et recherche un hôte qui veuille bien lui expliquer les coutumes du pays. À l'époque classique, la Grèce s'ouvre au commerce et les contacts s'intensifient. Les notions modernes d'ambassadeur et de consul (proxène) apparaissent, et avec elles, une ébauche de droit international. Les premiers grands périples, les concours sportifs, les pèlerinages aux sanctuaires et les conflits sont autant de prétextes au contact et à la découverte de « l'Autre » et de son extrême culturel, le Barbare, avec son parfum d'exotisme. À l'époque hellénistique, les villes grossissent, les peuples se mêlent dans les rues des grandes capitales culturelles et commerciales. Les étrangers se retrouvent dans la noblesse des grandes cours, dans des clubs, des associations, des sociétés à succursales multiples et une législation est mise en place. On limite l'immigration, on évite la xénophobie et le racisme, on différencie l'étranger résidant (le métèque) du voyageur sans domicile fixe.
    L'expérience crée la loi et dans sa volonté de devenir le « citoyen du monde », le Grec tente de résoudre tout problème de relation entre les hommes. L'ouvrage met au clair les différentes notions en jeu, tout en proposant une plongée dans la vie quotidienne.

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