• Les triumvirs l'ont emporté sur les républicains à Philippes, mais les guerres civiles ont encore cinq belles années devant elles. Désormais, Antoine et Octavien doivent tenir les promesses faites aux soldats : Antoine se charge de l'argent en pressurant les provinces d'Orient ; pour les terres en Italie, Octavien exproprie leurs occupants, et tout le pays entre en ébullition. Lucius, consul, et aussi frère d'Antoine, tente alors de rétablir la République, mais l'entreprise se termine vite par sa défaite à Pérouse. Une autre menace vient de Sextus Pompée qui contrôle toujours la Sicile et le trafic maritime : Rome est affamée. Quand Antoine, soucieux, quitte les bras de Cléopâtre pour retrouver l'Italie, ses officiers et ceux d'Octavien ont bien du mal à enrayer la guerre qui commence entre eux... Ainsi s'ouvre le cinquième livre des Guerres civiles, livre des rebondissements, où discordes, réconciliations, défections, accords vite transgressés, émeutes, tempêtes et mutineries ponctuent la période confuse où la République achève sa longue agonie. Appien arrête son récit à la mort de Sextus Pompée, considérant qu'avec lui la République, elle aussi, est bien morte ; l'historien réserve pour son Livre égyptien (qui ne nous est pas parvenu) la lutte finale entre Antoine et Octavien, une histoire d'une autre nature, celle de l'affrontement entre deux prétendants à la monarchie.

  • Plus de soixante années de « séditions, rixes, querelles, meurtres, guerres » : de 133 à 70 avant J.-C., l'histoire de Rome et de l'Italie est une grande épopée de bruit et de fureur qu'animent les grandes figures des Gracques, de Marius, Sylla, Pompée et Crassus. Guerres civiles, Guerre Sociale, révolte de Spartacus, tout concourt aux malheurs et pourtant l'Empire romain s'étend et Rome accroît sa puissance. Le livre I des Guerres Civiles, partie de l'Histoire Romaine d'Appien d'Alexandrie (né vers 90 ap. J.-C. et mort vers 160), est le seul récit continu de cette période, un récit tragique où les analyses économiques et politiques ont un écho étrangement moderne.

    Jean-Isaac Combes-Dounous (1758-1820), juriste de formation, fut député pendant le Directoire et sous le Consulat ; juge pendant l'Empire, il applaudit la Restauration, mais, de nouveau député pendant les Cent-Jours, il fut destitué de son siège de juge en 1816 avant de le retrouver en 1819. auteur par ailleurs d'un Essai historique sur Platon (1809), il est surtout connu comme traducteur d'auteurs grecs ou anglais.

    Catherine Voisin, ancienne élève de l'École Normale Supérieure, est agrégée de Lettres.

    Philippe Torrens, historien, prépare une thèse de doctorat sur Appien.

  • De 66 à 44 avant J.-C., les crises à Rome se succèdent et s'aggravent jusqu'à embraser le monde méditerranéen tout entier. L'historien grec Appien d'Alexandrie se montre fasciné par le spectacle de ces passions politiques déchaînées, par cette scène perpétuellement changeante sur laquelle défilent des acteurs illustres et consommés, dans toutes sortes de rôles : César l'audacieux, Pompée le rusé, puis le désemparé, Cicéron le vaniteux, Clodius l'impétueux, Caton le vertueux, Antoine le débrouillard, Lépide le maladroit... Le destin se joue de tous les héros et leur réserve une grande diversité de fins tragiques auxquelles se mêlent des épisodes grotesques.

  • Le livre relate les événements de 44-43 av. J.-C. : c'est le moment de la disparition définitive de la République ancienne, établie après le renversement de la monarchie en 509. C'est, après l'assassinat de César, le moment du premier conflit entre Antoine et Octave (le futur Auguste), de l'ascension de celui-ci, parallèle au déclin de celui-là- c'est le sommet de l'ensemble des cinq livres consacrés aux guerres civiles conclues par l'instauration de l'Empire, dont Appien a organisé le récit comme une tragédie en cinq actes.
    Récit qui fait intervenir, outre les deux acteurs principaux, une foule d'autres personnages sur des théâtres divers, à Rome, en Grèce ou en Orient. L'alternance, au coeur du livre, entre narration et discours reconstitués donne un texte vivant et animé, où les partis-pris de l'auteur sont servis par sa verve et sa capacité à faire vivre des scènes pittoresques. Quelles que soient ses faiblesses, l'Histoire d'Appien est un document irremplaçable sur les luttes internes en cette période cruciale et sur la vision qu'en avait un homme qui admirait la paix civile que l'Empire romain avait instituée.

  • La République romaine meurt, mais ne se rend pas vite : il faut à Appien les cinq livres des Guerres civiles pour raconter sa longue agonie. Le livre III se termine par la blessure mortelle qu'en août 43 lui inflige Octave, quand il force Rome à l'élire consul. Le livre IV s'ouvre sur ce qui ressemble à un coup de grâce, l'instauration du Triumvirat. Octave, Antoine et Lépide s'octroient tous les pouvoirs et procèdent à une nouvelle « proscription » : la liste des individus à décapiter contre récompense est affichée et toute solidarité avec eux interdite. Contre les massacreurs, les proscrits inventent des cachettes, des moyens de fuir, ou bien meurent, parfois crânement. Le courage de leurs proches, voire de leurs esclaves, en sauve certains. Lâcheté, trahison et cruauté se donnent libre cours, mais la République vit encore. Sextus Pompée contrôle la Sicile et dirige une flotte. Brutus et Cassius, chefs du complot contre César, ont rassemblé des armées considérables et sont maîtres des riches provinces de l'Orient grec, alors que les triumvirs ne tirent rien de l'Italie et de l'Occident, exsangues. La lutte finale a lieu à l'automne 42, à Philippes, au nord de la Grèce.
    Appien évoque d'abord cette période de sang et de fureur par une longue suite de brefs tableaux retraçant le destin des proscrits, puis il peint une grande fresque de la confrontation finale, sans cacher où vont ses sympathies. Quand il écrit, la République est morte depuis deux cents ans, mais son souvenir alimente toujours la réflexion morale et politique.

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