• 1987. À la cour d'assises de Lyon, André Frossard témoigne. Sa déposition est un des temps forts du procès Barbie. Il dit ce qu'il se passait à la baraque des juifs du fort Montluc où, résistant, il fut lui-même détenu en 1944 et dut son salut en obtenant que son ascendance juive fût réduite des trois quarts. Il raconte, notamment, le martyre du professeur Gompel : « Juif, savant, résistant et humaniste, il cumulait tous les handicaps. » De ce bouleversant témoignage est né ce petit livre dans lequel l'essentiel est résumé dans cette définition incontestable : « Il y a crime contre l'humanité lorsqu'on tue quelqu'un sous prétexte qu'il est né. » Il montre aussi que ce crime ne peut être confondu avec aucun autre car « traquer un résistant et un enfant d'Izieu qui n'est encore qu'espérance et promesse de vie, ce n'est pas la même violence ». Dix ans après, au moment ou s'ouvre à Bordeaux le procès de Maurice Papon, accusé de complicité de crime contre l'humanité, ce beau livre sobre, émouvant et convaincant est plus actuel que jamais.

  • Lorsque Jean-Paul II a été élu, en 1978, personne ne savait que le communisme était près de sa fin.Dans ces conditions, l'élection d'un pape slave, né en Pologne, était une audace dont le caractère prophétique apparaît aujourd'hui à tous les yeux.Depuis, l'histoire a changé brusquement de direction. L'empire totalitaire de l'Est, que l'on croyait établi pour des siècles, est entré comme spontanément dans le chaos, et ne sait où le mène son destin.Quel regard ce pape, qui a mérité d'être appelé " le pape des droits de l'homme ", porte-t-il aujourd'hui sur ce monde où se mêlent, en parts égales, les raisons de craindre et d'espérer?Ce livre, qui fait suite à bien des entretiens avec Jean-Paul II, s'efforce de répondre à cette question.

  • écoute, Israël

    André Frossard

    De même que dans sa course le Rhône traverse le lac Léman sans s'y perdre, de même l'histoire du peuple juif traverse l'histoire du monde sans se confondre avec elle. En dépit de toutes les persécutions et de toutes les tentatives de carbonisation de la haine, ce peuple étrangement insoluble a reparu depuis quelque temps sur la terre promise à ses ancêtres, où les plus religieux de ses enfants vont et viennent par cinquante degrés à l'ombre avec le chapeau, la redingote et les bottes qui sont le prêt-à-porter du prêt-à-partir.
    " Ecoute Israël, lui dit l'auteur, tu n'as pas d'amis, tu n'en as jamais eu. A peine venais-tu de naître, il y a quatre mille ans, que tu étais déjà environné d'ennemis. "
    Pourquoi?
    Qu'est-ce donc que ce Juif, ce martyr intact qui revient périodiquement d'entre les morts pour accomplir ici-bas son indéchiffrable mission?
    C'est à cette question que ce livre s'efforce de répondre.

  • André Frossard est le fils de L.O. Frossard, journaliste et homme politique de la IIIe République et qui fut, à 31 ans, le premier secrétaire général du parti communiste français. Sa grand-mère paternelle était juive, et son village de l'est " le seul village de France où il y avait une synagogue et pas d'église "; du côté maternel, ses grands-parents étaient d'origine protestante; mais toute la famille avait été gagnée au socialisme. Elevé dans l'athéisme parfait, " celui où la question de l'existence de Dieu ne se pose même plus ", André Frossard raconte comment, à vingt ans, il a rencontré brusquement la vérité chrétienne, " dans une silencieuse et douce explosion de lumière ", alors qu'il était entré dans une chapelle de Paris à la recherche d'un ami. Son livre est le témoignage, extrêmement rare, de l'une de ces conversions instantanées que ne précède aucune inquiétude, aucun trouble, aucune évolution intellectuelle, et c'est avec la même surprise émerveillée qu'autrefois qu'il peut dire aujourd'hui que " Dieu existe ", et qu'il l'a rencontré.

  • " Evêques de France, écrit André Frossard dans son nouveau libelle, vous n'avez qu'un seul parti à prendre, le parti de Dieu, et vous nous donnez depuis quelque temps un christianisme dévitalisé, dépouillé de ses mystères et de ses miracles, réduit à la sociologie et à l'histoire, et qui est à la religion ce que le centrisme est à la politique. Vous multipliez les concessions à la mode intellectuelle, les compromis avec le monde; or le monde qui vit dans l'angoisse et la pénurie spirituelle, le monde qui a eu des espérances et n'a plus que des désillusions, attend de vous des raisons de croire, et votre timidité ne lui fournit que des raisons de douter. Vous parlez de moins en moins comme saint Paul, et de plus en plus comme un sénateur centriste. Sur quoi l'auteur, qui a passé sa vie à défendre l'Eglise, a quelques remarques à vous faire. "
    Et il le fait sur le ton qui est le sien.

  • Il arrive dans la vie des civilisations que l'histoire, brusquement, change de sens, comme un essaim d'abeilles au milieu d'un champ.
    Il est rare qu'on puisse la prendre sur le fait.
    Personne n'a jamais pu dire: " Tiens, le christianisme vient de commencer ", ou " la mythologie grecque, c'est fini depuis hier ". En 476, personne n'a noté sur ses tablettes: " l'Empire romain a cessé d'exister aujourd'hui ".
    Mai 68 a été l'un de ces moments exceptionnels où chacun a la sensation plus ou moins nette de franchir un seuil et d'entrer dans l'inconnu.
    Ce ne fut pas une révolution, mais quelque chose de beaucoup plus rare: un tremblement d'histoire accompagné d'un garnd ébranlement de structures et d'un vaste remous de barricades: l'indication précise d'un changement d'ère.
    C'est cette crise où la violence, la fête et la liberté ont joué dans le tumulte le scénario indéchiffrable d'une sorte de psychodrame lyrique et lacrymogène qui fait l'objet principal de cette conversation avec moi-même...
    A.F.

  • André Frossard a eu la chance de rencontrer, plus d'une fois, en privé, le général de Gaulle, et un peu moins souvent la France, qui ne se montre que dans les grandes occasions. À la faveur de ces entretiens détendus - qui ne figuraient pas sur les listes d'audiences - de Gaulle lui a paru si différent de ses portraits, qu'il ne put s'empêcher d'en faire un jour la remarque : « Les portraits d'un homme dans ma situation, lui fut-il répondu, ne sont jamais ressemblants. Comment le seraient-ils ? Au poste que j'occupe, on n'est pas soi-même. » C'était une bonne réponse aux psychologues hâtifs, qui croyaient de Gaulle essentiellement préoccupé d'affirmer sa personnalité. La France, non plus, n'a pas toujours été elle-même au cours des quatre-vingts ans d'histoire que traverse la vie de Charles de Gaulle. Tour à tour généreuse et égoïste, aventureuse et casanière, s'épuisant dans le sacrifice inhumain de 1914, ou doutant d'elle-même entre les deux guerres mondiales, elle a parfois étonné, parfois déçu. Mais il lui est arrivé aussi de montrer un visage fraternel, conforme à l'image d'elle-même qu'elle a répandue depuis des siècles à travers le monde : ce fut le plus souvent avec de Gaulle, ou grâce à lui. C'est ce que l'auteur a cherché à faire ressortir dans ce livre. Une biographie ? Une histoire ? Plutôt une peinture. De la Belle Époque à la mort du Général, les tableaux d'une petite « suite française » écrite sur le ton de l'ironie et de l'émotion. Peut-être le « de Gaulle » qui manquait.

  • L'affaire Touvier, l'intervention du cardinal-archevêque de Lyon, le trouble de l'opinion publique réveillée par les fantômes d'un passé qui ne passe pas, les hésitations de la justice aux prises avec la notion de " crime contre l'humanité ", et les actes de contrition que l'Eglise multiplie à tout propos ont inspiré à André Frossard un certain nombre de réflexions douces-amères sur l'Eglise, qui essaie vainement de se faire pardonner d'être une institution divine, et sur le caractère français, qui pour l'instant manque singulièrement de crête.
    " Il n'y a pas d'orgueil à être français ", dit Bernanos.
    A l'être, il n'y a pas de honte non plus.
    D'où le titre ironique de ce nouvel ouvrage, qui a l'accent de la plainte et la brièveté du pamphlet.

  • " La splendeur de la vérité ", tels sont les premiers mots, et par conséquent le titre de la dernière encyclique de Jean-Paul II.
    Cette oeuvre magistrale, qui rétablit au-dessus des discordances, des fausses notes et des vacarmes stériles du monde contemporain la magnifique harmonie de la foi, de la vérité et de la liberté, a été attaquée, avant même que Jean-Paul II en eût achevé la rédaction, par des gens d'Eglise que l'on eût plutôt crus préposés à sa diffusion.
    " En vérité, écrit l'auteur, ces messieurs-là ne veulent point de pape. Ils rêvent d'une Eglise en forme de congrès permanent où l'on remettrait le Credo, chaque jour, au goût du jour. "
    Dans ce livre qui commence par une contre-offensive énergique, André Frossard, sur le ton affable qui est le sien, leur rappelle qu'ils habitent une institution divine.

  • Ce livre fait suite à Dieu en questions et continue à répondre aux interrogations des élèves de terminale qui furent à l'origine de l'ouvrage précédent. Le procédé d'exposition est toujours le même : on commence par résumer - loyalement - les idées admises sur le sujet : suit un cependant qui oppose à ses idées reçues l'objection du bon sens ; le troisième paragraphe répond au premier. Mais alors que dans Dieu en questions, on donnait les réponses de la foi, on ne donne ici que celles de la raison et de l'expérience. On rencontrera dans ce livre quelques problèmes déjà abordés dans Dieu en questions, mais vus sous un autre angle et, sauf exception, il n'est pas fait appel à l'argument religieux. Il ne s'agit pas ici de l'homme dans toutes ses dimensions, mais principalement de l'homme moral. Et l'on ne prétend pas en avoir fait le tour.

  • Ce livre a été écrit à Lyon, pendant l'hiver de 1944. Nombre de compagnons étant encore aux mains de l'ennemi, des noms avaient été changés, et certains faits volontairement omis, qui ont été ajoutés à cette nouvelle édition.
    " M. André Frossard, dont je n'avais encore rien lu et que je ne connais pas, est sûrement un écrivain de vocation. Son talent éclate dès la première page. Il manifeste, pour dépeindre l'enfer, une verve farouche, inoubliable, vengeresse. Sa déposition va peser dans les balances de la justice; nous devons du moins l'espérer. "
    Georges Duhamel,
    de l'Académie française.
    Le Figaro, 1945.
    " Qu'on ne dise pas que ce livre a été écrit après coup, que l'auteur, redevenu libre, s'est ressaisi, retrempé et qu'il a repensé son sujet. L'accent ne trompe pas. On ne fabrique pas, après coup, des impressions, des réactions, des émotions, une pureté, une bonne humeur, un ton de l'âme qui ne se conçoit qu'authentique, sur le moment même. "
    Louis Martin-Chauffier.

  • Non, l'auteur n'a pas rencontré le diable, et il s'en félicite. Il s'est posé cette simple question : "Et si, suivant la troublante expression de l'Ecriture, le diable était effectivement "le prince de ce monde", que se passerait-il ?"
    La réponse est inquiétante : si notre monde était gouverné par le diable, il ne se conduirait pas autrement qu'il ne le fait. Toutes nos activités, dans tous les domaines, portent sa marque, ou s'inspirent de l'exemple qu'il nous a donné en niant l'amour pour s'abîmer dans la contemplation de soi-même.
    Comme le diable nous le dit lui-même dans l'une de ses 36 lettres (sur la politique, la religion, l'histoire, le théâtre, le cinéma, la peinture et le reste) qui sont autant de preuves de son existence, il n'y a plus besoin de recourir aux procédés périmés de la possession : "Vous vous posséderez vous-mêmes", affirme-t-il.
    Serions-nous "diabolisés" à ce point ? Ou bien nous diabolisons-nous peu à peu par nos propres moyens, et sans trop nous en rendre compte ?
    Le lecteur décidera, à l'issue de ce divertissement qui finit en avertissement.

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