UPPR Editions

  • Extrait
    Introduction
    La criminalité organisée transnationale s’est prodigieusement développée ces trente dernières années. Elle représente désormais la menace principale pour les sociétés démocratiques. En effet, son influence potentielle valorisée par une puissance financière colossale lui permet d’agir notablement sur la vie économique quand elle ne tente pas d’en prendre le contrôle en sous-main. Elle bénéficie à plein de l’ouverture des frontières qui a suivi l’effondrement du bloc communiste en profitant notamment de la libre circulation des biens et des personnes. Elle tente de ne pas apparaître au grand jour, laissant la « une » des média à la menace terroriste. Par contre, il existe des liens entre les deux phénomènes. Par exemple, elle est bien présente dans les trafics d’êtres humains et de drogues qui se déroulent depuis les côtes nord-africaines et celui du pétrole et des antiquités qui trouvent leurs origines dans les zones contrôlées par les salafistes-djihadistes, sans compter le commerce illégal d’armes. Sa discrétion est ancienne puisque, selon le célèbre mafieux américain Meyer Lansky (1902-1983), il convenait déjà à l’« Organisation » (la mafia italo-américaine) de se retirer de la rue, les activités de terrain étant dévolues à la petite criminalité locale. Cette discrétion volontaire se poursuit de nos jours puisque la presse parle régulièrement de la « disparition des mafias », des « derniers parrains », quand certaines figures politiques ne nient pas carrément son existence par incompétence ou parce qu’elles ont quelques chose à se reprocher. C’est exactement l’inverse qui est en train de se passer : la pieuvre étend progressivement ses tentacules sur l’ensemble de la planète.
    Ses maîtres mots sont : « innovation, diversification et flexibilité ». Elle innove dans de nouvelles activités jugées rentables comme les trafics de migrants clandestins et de matières premières, dans les escroqueries sur le net (dont les paris en ligne) sans abandonner ses activités traditionnelles : drogues, armes, prostitution, racket, etc. Diversification car les bandes criminelles ne se spécialisent plus dans une seule activité. Ainsi, les cartels de la drogue exportent leurs produits de mort mais aussi des êtres humains, des armes, des contrefaçons, des espèces protégées, etc. Enfin, la flexibilité permet au crime organisé de profiter de l’évolution de la situation politique, économique, militaire pour coller le plus possible à la réalité. Ce qui se passe aujourd’hui sur le continent africain, et tout particulièrement en Libye devenue le hub de tous les trafics en raison de la disparition d’un État régalien central, est révélateur.
    Le souci principal du crime organisé est d’imbriquer l’économie illégale à sa consœur légale. Pour cela, il utilise un moyen infaillible : la corruption à tous les niveaux de la fonction publique et du privé. Par exemple, si le crime n’est pas à la base de la crise économique mondiale, il sait en profiter largement en investissant dans des secteurs déficitaires mais légaux.



  • Extrait
    Introduction
    Les événements tragiques qui ont provoqué la mort de vingt personnes dont trois agresseurs en France en janvier 2015 ont ramené sur le devant de la scène le phénomène du terrorisme d’origine islamique radicale. Bien sûr, les Français avaient conscience que le pays était engagé dans une « lutte contre le terrorisme », mais cela restait relativement « extérieur ». Ils regardaient aux journaux télévisés du 20 heures les exploits de l’armée française au Mali ou en Irak mais, c’était pour eux une affaire de « professionnels ». Les prises d’otages qui s’étaient succédées les années précédentes avaient attiré l’attention, souvent la sympathie, mais en son for intérieur, la majorité des Français pensait, sans vouloir l’avouer, que « quelque part, ils l’avaient bien cherché ». Quelle idée aussi d’aller se balader dans des régions hostiles ! À l’automne 2014, il y avait eu quelques signaux d’alerte, les publications de l’État Islamique (Daech) exhortant les musulmans à prendre pour cibles les « impies », en particulier les Français : « Tuez-les, crachez-leur au visage, et écrasez-les avec vos voitures » était un message bien inquiétant mais personne ne semblait vraiment le prendre au sérieux. En décembre, trois attaques dirigées contre des policiers et des civils avaient eu lieu. Les autorités les avaient attribuées rapidement à des dérangés mentaux, ce qui est loin d’être faux. Le but était à l’évidence de rassurer en cette fin d’année car elle avait été rude sur de nombreux plans, surtout dans le domaine social. La fête des confiseurs était la bienvenue. Discrètement, les forces de l’ordre étaient placées en état d’alerte maximale car l’ombre d’actions terroristes déclenchées entre Noël et le jour de l’an se faisait de plus en plus insistante. Le 1er janvier se passait sans incident et un « ouf » de soulagement était poussé. Cependant, un dessin de Stéphane Charbonnier alias Charb était prémonitoire. Il représentait un terroriste qui déclarait « attendez, on a jusqu’à la fin janvier pour présenter ses vœux ». Et le 7 janvier, des journalistes dans les bureaux parisiens de Charlie Hebdo et pas dans des contrées lointaines plus ou moins exotiques. Les assassins étaient Said et Cherif Kouachi, deux frères anciens délinquants de droit commun qui avaient versé dans le jihadisme dans les années 2005. De véritables scènes de guerre urbaine s’en suivaient avec les forces de l’ordre qui recevaient des coups sans pouvoir les rendre. Le vieux démon de l’antisémitisme réapparaissait avec le ciblage d’un supermarché casher porte de Vincennes le 9 janvier. Il est possible que le tueur, Amedy Coulibaly, avait l’intention de s’attaquer la veille à une école juive mais il en aurait été empêché au dernier moment par un banal accident de la circulation à Montrouge. Il avait alors décidé de « se faire du flic » en tirant sur des objectifs d’opportunité : une femme policière municipale et un employé de la voirie. Les frères Kouachi et Coulibaly étaient finalement abattus les armes à la main lors de deux assauts donnés simultanément par le GIGN et le RAID. Ces actions terroristes ont été revendiquées officiellement dans une vidéo émise par Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA) basé au Yémen où au moins un des frères Kouachi a séjourné en 2011. On y voit l’un des dirigeants d’AQPA, Nasser Ben Ali al-Anassi, déclarer : « des héros ont été recrutés et ils ont agi, ils ont promis et sont passés à l’acte à la grande satisfaction des musulmans […] Nous, Al-Qaïda dans la péninsule arabique, revendiquons la responsabilité pour cette opération comme vengeance […], nous tenons à préciser à l’intention de la nation musulmane que c’est nous qui avons choisi la cible, financé l’opération et recruté son chef […]. L’opération a été menée sur ordre de notre émir général Ayman al-Zawahiri et conformément à la volonté posthume d’Oussama Ben Laden ». Partant du principe qu’Al-Qaida dit ce qu’il va faire et fait ce qu’il a dit, il n’y a pas de raisons de douter de la véracité de cette déclaration. Coulibaly s’est revendiqué de Daech mais il n’était en réalité qu’un maillon de la cellule dirigée par les Kouachi. Il a dû penser que Daech était plus « porteur » car plus connu du public qu’AQPA. Pendant plusieurs jours, les Français se retrouvaient plongés dans le réel, les yeux scotchés devant les chaînes de télévision en continu. La guerre se jouait à domicile, au propre comme au figuré.
    La « guerre contre le terrorisme » était alors déclenchée mais il est utile de revenir sur ce phénomène pour mieux le comprendre. Il n’est pas question, dans cet ouvrage, de justifier le bien-fondé ou la légitimité des causes qui se servent du terrorisme en tant que méthode de combat, mais d’en étudier les différentes facettes sur un plan essentiellement technique



  • Extrait
    Depuis les élections américaines et les accusations portées par les néoconservateurs et des membres du parti démocrate contre Moscou qui aurait influé sur les résultats, les services secrets russes sont sur le devant de la scène. S’il est parfaitement normal que les services russes (et bien d’autres) se soient intéressés aux élections américaines car le recueil de renseignements est leur raison d’être, ce qui l’est moins ce sont les supposées manœuvres d’ingérence destinées à influer sur les résultats. Cela dit, aucune preuve pouvant permettre l’ouverture de poursuites judiciaires n’a été trouvée au moment où sont écrites ces lignes. De plus, il est toujours pratique pour un perdant, dans le cas présent Hillary Clinton, – qui, par la même occasion, détourne l’attention des casseroles qu’elle traîne derrière elle – d’accuser l’« étranger » d’être derrière sa défaite. C’est une tactique habile pour se dédouaner de toute responsabilité tout en se victimisant. Ce qui est plus inquiétant, c’est la manière de tenter de délégitimer le gagnant en sapant sa capacité future à gouverner. Il s’agit d’un déni de Démocratie qui peut avoir des conséquences catastrophiques dans l’avenir car il est de plus en plus constaté que le résultat d’élections – même dans des pays démocratiques – est désormais quasi systématiquement contesté par les vaincus. Enfin quand les résultats ne font pas de doute sur plan des chiffres, l’arme ultime employée est de rappeler que Hitler a été élu « démocratiquement » ; cela clôt automatiquement tout débat. Dans certains cas et particulièrement en France, affirmer que les services secrets russes s’intéressent à vous est une manière d’exister : si Moscou tente de vous infiltrer, c’est que vous êtres important. Une pub à bon compte en quelque sorte… Mais cela dit, il est parfaitement exact que sous l’impulsion du président Vladimir Poutine lui-même ancien officier de renseignement, les services russes ont retrouvé une puissance importante. Cela entre dans le cadre de l’affirmation d’influence prônée désormais par Moscou. Lors de sa dernière conférence de presse annuelle que le président russe a donné en décembre 2016, il lui a été demandé par le représentant du Wall Street Journal s’il songeait à avancer l’élection présidentielle, il a répondu avec un certain humour « dans quel pays ? »
     
    Dans le but de gagner encore en efficacité, un projet de renaissance de l’ancien KGB, le Comité pour la sécurité d’Etat (Komitet gosudarstvennoy bezopasnosti), la principale agence de sécurité de l’ex Union soviétique dissoute en 1991 serait à l’étude. En effet, le président Poutine souhaiterait regrouper la majorité des services de renseignement et de sécurité dans une seule entité, comme c’était le cas avant l’éclatement de l’URSS. Elle pourrait porter le nom de Ministère de la Sécurité d’Etat ou MGB (Ministerstvo gosudarstvennoy bezopasnosti). Cette appellation avait déjà existé entre 1946 et 1953, le MGB ayant succédé au NKVD (Commissariat du peuple aux Affaires intérieures, Narodnii Komissariat Vnoutrennikh Diel) à partir de la GPU (Direction politique d’État, Gossoudarstvénnoïe polititcheskoié oupravlénié), elle-même héritière de la Tchéka (Commission extraordinaire panrusse pour la répression de la contre-révolution et du sabotage, Vserossiïskaïa Tcherzvytchaïnaïa Kommissia).
     
    Le nouveau ministère regrouperait :
    • le Service de renseignement extérieur (SVR, Sloujba vnechneï razvedki Rossiskoï Federatsi) très actif mais moins connu que le FSB toujours désigné comme l’« héritier du KGB » alors que les hommes de l’art savent que le SVR est issu du prestigieux « Premier directorat »;
    • le Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie (FSB, Federalnaïa sloujba bezopasnosti Rossiyskoï Federatsii), chargé des affaires de sécurité intérieure mais qui est compétent pour le contre espionnage sur toute la planète et plus généralement dans les pays considérés faisant partie de la sphère russe – par exemple en Ukraine ;
    • le Service de protection fédéral (FSO, Federalnaya Sluzhba Okhrany) ancien « Neuvième directorat » du KGB chargé de la protection des hautes personnalités et des installations gouvernementales, mais à l’exclusion du Service de sécurité présidentiel (SBP) constitué de 3000 personnels en civil qui resteraient rattachés à la personne du président. Ces services peuvent s’apparenter au Service de la protection (SDLP) français auquel il faudrait rajouter le Régiment de la garde et le service spécial des communications de Russie « Spetssvyaz » chargé de protéger les communications gouvernementales. Une autre différence est que les 50 000 personnels (dont une partie en uniforme) affectés à cette unité ont des missions de police très élargies et que les fonctionnaires qui protègent des personnalités renseignent aussi le pouvoir sur la conduite de leurs protégés.
    • Comme par le passé, la Direction générale des renseignements de l’État-Major des Forces Armées de la Fédération de Russie (GRU, Glavnoyé Razvédyvatel’noyé Oupravléniyé) conserverait son indépendance. En fait, elle est un outil dans les mains du tout puissant ministre de la défense, Sergueï Koujouguétovitch Choïgou parfois présenté comme le dauphin du président Vladimir Poutine.
     
    Si le MGB était créé, il n’est pas sûr qu’il porterait alors cette appellation qui rappelle trop de mauvais souvenirs. Cela dit, le président Poutine effectue un travail de mémoire de réhabilitation du passé russe en affirmant par exemple : « Vous connaissez mon attitude envers la désintégration de l’Union soviétique. Ce n’était pas du tout nécessaire. On pouvait procéder à des réformes, y compris démocratiques, sans passer par là. ». Le souci d’efficacité opérationnelle est au centre de cette réforme, d’autant que la Russie est confrontée à de nombreux défis parmi lesquels l’OTAN, l’islam radical et le crime organisé sont considérés comme les menaces prioritaires. En ce qui concerne l’OTAN, on retrouve là le « complexe de l’encerclement » qui a toujours prévalu depuis l’Empire russe en passant par l’URSS puis la Russie d’aujourd’hui. En fin de comptes, la peur réciproque ne sert qu’à augmenter les tensions qui risquent de dégénérer à tout moment.
     
    Mais la question se pose : que font réellement ces services spéciaux en dehors de tous les phantasmes développés dès que l’on parle de l’espionnage russe ? Rien de tels que des cas concrets pour tenter de les découvrir avec leurs forces mais aussi leurs faiblesses.

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