• Jour après jour, nous sommes témoins d'individus qui déchirent leur chemise au nom des principes de la gauche ou de la droite. À les en croire, leurs revendications seraient incompatibles avec celles de l'autre clan et porteuse d'une morale particulière. Cette prétention résiste-t-elle à l'analyse? N'assiste-t-on pas plutôt à une uniformisation graduelle des politiques, en même temps qu'à une polarisation des discours? Que dévoile ce dialogue de sourds? La gauche et la droite ne sont-elles, au fond, que des soeurs siamoises, le yin et la yang du débat démocratique? Ce dossier spécial intitulé « La gauche et la droite : beaucoup de bruit pour rien? » présente les essais d'Alain Deneault, Éric Bédard, Monique Larue, Ugo Gilbert Tremblay et Mathieu Bélisle, ainsi qu'un entretien de Mauricio Segura avec Marc Angenot. Ailleurs dans la revue, un extrait inédit du prochain roman de Nicolas Dickner, la visite d'Atelier de Cindy Phenix et les poèmes de Mathieu K Blais, en plus des chroniques habituelles de Patrick Nicol, Serge Bouchard et Olivier Maillart.

  • Considéré dans cet essai sur les classements internationaux de la qualité de vie: La soif de chiffres de la science économique. Topito et les images d'Épinal. Deloitte, Rockefeller et Yvon Deschamps. La gouvernance et l'infantilisme. Le caractère fictionnel des données. Le PIB. Le bonheur de consommer.

  • En nous penchant sur la notion de qualité de vie sous l'angle collectif autant qu'individuel, nous regardons ses coutures historiques, politiques et sociologiques, et nous nous autorisons à rêver à ce qu'elle devrait être.
    Il sera question de décélération, de saillies de trottoir, de villes durables et d'architecture, d'inventions inutiles, de nécessaires évasions de la réalité et de bien d'autres choses encore.

  • Plutôt qu'un penseur politiquement engagé et révolutionnaire, il fallait un virtuose de l'interdisciplinarité comme Georg Simmel (1858-1918) pour faire raisonner entre elles les approches de l'économie sur lesquelles se fondent les différentes pratiques culturelles et disciplines scientifiques. Son oeuvre, émaillée de références à l'histoire médiévale, à la théologie, à la philosophie néokantienne, à l'éthique de Spinoza, à la critique de Marx, aux romans de Zola et à la métapsychologie naissante, notamment, rappelle comment le mot économie ne saurait appartenir en propre à aucun des champs qui s'en réclament, l'un de ceux-ci dût-il se baptiser lui-même en référence à la notion.
    Les essais de Simmel ont ainsi fait de l'argent un exemple de tout média mettant en relation la valeur des phénomènes les uns par rapport aux autres. Mais ce moyen qu'il était pour arriver à ses fins s'est hélas érigé lui-même en fin dans notre imaginaire ainsi que dans nos pratiques. Et sans varier jamais son argumentation, Simmel a pu se faire tantôt apologiste de ces puissances de l'argent, tantôt le critique intraitable, selon la façon dont les sociétés y recourent.
    L'argent, qui passe désormais pour « le Dieu de notre temps », fonde, en donnant l'impression à ceux qui le possèdent de transcender les événements, la fantasmagorie d'une « assurance » et d'un « calme » ultimes. La thèse fondamentale qui jalonne le parcours intellectuel de Simmel à travers tous ces textes s'énonce à la fin sans détour : l'argent a perverti nos plans d'organisation en s'attribuant, comme moyen, un statut de fin à prétention salvatrice.
    L'approche interdisciplinaire de Simmel est tout indiquée pour rendre compréhensibles l'ascension délétère de l'argent et d'autres modalités structurantes de la vie sociale au rang de fin en soi.

    Alain Deneault

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