• Que ce soit le zoologue condamné à l'immobilité totale pour avoir vécu en état de viol, ou le neveu tendrement mystificateur, arrachant son oncle à la routine et au ronron télévisé ; que ce soit Sahune, fuyant le foin de son éducation humaniste, et tombant dans le piège de policiers quand il croyait être accueilli par un comité de jeunes gens nus et fleuris, ou Guillaume, réinventant sa mère dont les excès d'amour lui ont communiqué la violence nécessaire en cette nuit où il faut tout reconquérir au gang ; que ce soit le domestique, imaginant de tuer son maître, mais il est séduit par les jeux équivoques des seigneurs, ou l'homme qui s'est enfermé et que toute une ville assiège, alors qu'il livrait sereinement le grand combat contre la peur de vieillir, ou encore l'amour heureux d'un couple de jeunes hommes, chacun de ces sept récits poursuit obstinément la petite ombre risible qui éclaire tout, même si elle ne suffit pas : la rage de vivre, l'état de grâce, mais ce dernier terme est équivoque. Disons plutôt qu'il y a frisson quelque part, frisson et revanche possible. C'est la moitié royale de toute vie, reconquise à la moitié servante - bien trop gloutonne.

  • Machiniste : celui qui transforme le décor, au théâtre. Pourquoi pas celui qui machine jusqu'à la transformer sa réalité quotidienne ? Cette suite de quatre récits est d'abord un grand jeu. Chaque fois le narrateur exorcise le dieu qui n'en finit pas de se débattre en lui, flanqué de sa progéniture. Mais qui est Dieu ? Un oiseau ? Un parti ? Un cow-boy ? Le machiniste joue, s'anéantit dans le jeu, livre bataille à son dieu. Et ce jeu, cette passion, c'est aussi une guerre totale que le machiniste têtu mène contre lui-même. Quatre volets d'une même chronique en fin de compte, relatant quelques-uns des aspects de cette lutte insensée pour en finir avec Dieu, non du point de vue de l'historien, insistons là-dessus, mais de la victime, parfois consentante, parfois en rébellion. Alain Rais est né à Bordeaux en 1932. Homme de théâtre, il dirige la compagnie des Spectacles de la vallée du Rhône qui, à partir de Valence, rayonne sur toute la région. Metteur en scène, adaptateur, il a aussi publié « Mauvais sang », roman, en 1959 (Buchet-Chastel) et « La nuit manque de main d'oeuvre », poèmes, en 1970 (P.J. Oswald). Alain Rais habite Crest, dans la Drôme.

  • « Écoeurement : c'est l'état de ceux à qui l'on a arraché le coeur. Je n'avais eu ma place nulle part ; mon aise dans aucun milieu : ni en famille ni chez Éliane ni dans mon rôle de militant. » Ainsi parle Robert Machaut évoquant deux années de son adolescence, de dix-sept à dix-neuf ans. Il a tenté de résister au système ; celui que servait son père, petit fonctionnaire de la République. Robert n'a pas pris son parti d'être le fils d'un laquais. Il n'a pas pris son parti d'amuser Éliane, femme du petit monde. Il n'a pas pris son parti de perdre l'amour de Ginette, fille d'un cheminot, sous prétexte que la politique les séparait. C'est que l'éducation sentimentale d'un jeune homme de 1958 est liée, même s'il les refuse, aux circonstances politiques. À travers des divertissements illusoires de l'amitié, de la passion amoureuse, Robert a vérifié peu à peu qu'il était condamné par son éducation à la domesticité la plus navrante. Et à la solitude. « L'adolescence est le plus grand des maux. On ne devient adulte que fort tard. Quand ce n'est déjà plus la peine de vivre. »

  • Fenêtre traversant le thorax. Il s'agit bien d'une nouvelle sorte de respiration.

  • Par l'auteur de $$Poings et arbres$$, prix Pont de l'épée 1973.

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