• Lille, grande ville manufacturière et marchande des Pays-Bas espagnols, peuplée d'environ 45 000 habitants vers 1640, est un observatoire privilégié pour suivre le cheminement et les multiples aspects d'une vigoureuse Contre-Réforme qui progressivement devient une réforme catholique authentique et profonde. Pendant les Troubles, à la différence de Tournai ou de Valenciennes, Lille était restée contrôlée par un Magistrat catholique et, dès 1579, elle est une des premières à se réconcilier avec le roi d'Espagne, sur la base de la reconnaissance du seul catholicisme. Des centaines de protestants sont bannis collectivement, d'autres sont contraints de se convertir, la sorcellerie y est traquée, l'instruction religieuse est obligatoire pour les enfants le dimanche, les curés sont invités à tenir un « liber animarum » sur le modèle borroméen pour contrôler l'orthodoxie de leurs paroissiens. La ville, agrandie, connaît une véritable « invasion conventuelle ». Religieux, notamment jésuites et capucins, et religieuses, appuyés par les évêques, les curés et le Magistrat de la cité entreprennent de convertir la population à un catholicisme régénéré et dynamique. Offices, confréries, processions, dévotions s'épanouissent. La messe est valorisée, la confession et la communion deviennent les sacrements de la conversion permanente. Les oeuvres de miséricordes et les fondations se multiplient : ce sont « les hautes eaux de la charité ». C'est aussi le temps de la mort chrétienne et des prières pour les pauvres trépassés. Cette « catholicisation » de la population a certes ses limites et est ébranlée par la guerre franco-espagnole (1635-1659) qui ravage la région. Mais elle a rarement atteint un tel degré dans l'histoire de la cité. Et le cas lillois témoigne du grand mouvement qui a fait appeler les Pays-Bas espagnols, « Pays-Bas catholiques ». Ce livre est la réédition de la thèse d'État d'Alain Lottin, publiée, sources et notes comprises, en 1984 aux Éditions des beffrois à Dunkerque, et qui repose sur dix années de travail dans les archives et bibliothèques de Lille, Bruxelles, du Vatican, etc.

  • Les remises en cause de la famille et du mariage caractérisent notre époque, les débats sur la contraception, l'avortement, le divorce se succèdent. L'Histoire est « fille de son temps ». Sur le thème de la désunion du couple, les auteurs ont donc fouillé le passé. Ils étudient les ruptures de fiançailles, les concubinages, les mariages clandestins, les adultères, les « divorces », les annulations de mariage et ils retracent sur ces sujets les comportements de nos aïeux à partir des précieux documents provenant de l'archevêché de Cambrai et concernant un vaste territoire du Nord de la France et de la Belgique. À travers les complaintes des filles séduites, les justifications de séducteurs ou de maris abusifs et les témoignages de voisins curieux et bavards, des tranches de vie pittoresque et parfois truculentes sont ainsi ressuscitées.

  • Une gigantesque révolte parcourt la Flandre, le Hainaut et l'Artois de 1565 à 1569. Des nobles se liguent et manifestent contre la politique menée par Philippe II, roi d'Espagne, et ses ministres. Ils sont traités de Gueux et revendiquent fièrement ce qualificatif. Simultanément les « sectaires », terme qui désigne alors les protestants, de plus en plus nombreux, dévastent près de 400 églises en quelques jours. C'est l'iconoclasme de l'« Année des Merveilles » (1566). « Vive les Gueux » est le cri de ralliement des contestataires du pouvoir, puissants en Flandre, à Valenciennes et au Cateau-Cambrésis. Philippe II refuse de pactiser avec les rebelles et de voir la nouvelle religion coexister avec le catholicisme. Il envoie les troupes d'élite de l'armée espagnole conduites par le duc d'Albe pour châtier les « Flamencos ». Par le glaive, par la corde, par le feu, des centaines de révoltés sont exécutés. Le comte d'Egmont est décapité. Quelques milliers de familles fuient, sont bannies à perpétuité et leurs biens sont confisqués. À partir des documents d'archives, de manuscrits, d'imprimés d'époque, et de travaux universitaires, Alain Lottin retrace cette histoire tragique et souvent méconnue en France dans ce livre abondamment illustré de gravures, dessins, cartes et gouaches d'époque.

  • Il faut saluer la volonté des organisateurs de ce colloque d'un enracinement régional, en l'occurrence cette France du Nord, pour étudier l'« Eglise, la vie religieuse » pendant la Révolution. En ce sens, dans le cadre du GRECO no 2 se poursuivent et s'éclairent dans leur cohérence, dans leur projet méthodologique, dans l'approche neuve de thèmes apparemment rebattus par l'historiographie classique, les Actes du colloque international de Chantilly (27-29 novembre 1986) qui viennent de paraître sous le titre évocateur Pratiques religieuses, mentalités et spiritualités dans l'Europe révolutionnaire (1770-1820), Turnhout, Brepols, 1988, 777 p.Aujourd'hui, à Arras, comme hier à Chantilly, tous les participants ont bien compris que la décennie révolutionnaire, dans sa force brutale et novatrice, dans l'explosion d'une « déchristianisation » qui semble en un instant tout submerger dans son flux dévastateur, puis se retire en découvrant des plages de mentalités et de pratiques religieuses plus fermes qu'on ne l'aurait cru de prime abord, devait être réinvestie en interrogeant l'amont et l'aval de ces dix ans. Tant il est vrai qu'à eux seuls, ils ne peuvent rendre compte des ruptures (vraies) et des continuités (parfois aussi tenaces que discrètes) d'un peuple provoqué dans sa foi et dans l'expression de son culte.

  • Peu de villes française possèdent un passé aussi riche, passé qui marque encore de nos jours le paysage urbain. La Haute Ville, avec ses remparts, son château féodal, la partie ancienne de son beffroi construite sur l'emplacement du Castrum romain de Gesoriacum devenue Bononia au ive siècle, évoque les grandes heures médiévales, lorsque le nom des comtes de Boulogne était connu jusqu'en Terre Sainte. La Basse Ville, rassemblée autour de Saint-Nicolas, Bréquerecque, la Beurrière et Saint-Pierre, le port témoigne de l'importance de l'industrie, du commerce et de la pêche aux xixe et xxe siècles. La colonne de la Grande-Armée et le château de Pont-de-Briques soulignent la place tenue par Boulogne dans l'épopée napoléonnienne. Non loin, blockhaus et casemates rappellent les durs moments de la Deuxième Guerre mondiale dans une ville qui a connu 146 bombardements ayant fait des victimes. Enfin, aujourd'hui comme hier, la cité est dominée par la silhouette du beffroi et de la cathédrale, reconstruite au xixe siècle, qui évoquent les grandes heures de l'histoire de la cité. Oui, destin historique exceptionnel que celui de cette ville qui, de César à Hitler, en passant par Louis xiv et Napoléon, a vécu aux avant-postes les grands conflits de l'histoire européenne.

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