• Ce que l'Afrique en tant que notion met en crise, c'est la façon dont la théorie sociale a, jusqu'à présent, pensé le problème du basculement des mondes, de leurs oscillations et de leurs tremblements, de leurs retournements et de leurs déguisements. C'est aussi la façon dont cette théorie a échoué à rendre compte du temps vécu dans sa multiplicité et ses simultanéités, sa volatilité, sa présence et ses latences, au-delà des catégories paresseuses du permanent et du changeant qu'affectionnent tant d'historiens. Nouvelle édition.

  • Brutalisme

    Achille Mbembe

    Toutes les sphères de l'existence sont désormais pénétrées par le capital, et la mise en ordre des sociétés humaines s'effectue dorénavant selon une seule et même directive, celle de la computation numérique. Mais alors que tout pousse vers une unification sans précédent de la planète, le vieux monde des corps et des distances, de la matière et des étendues, des espaces et des frontières, persiste en se métamorphosant. Cette transformation de l'horizon du calcul se conjugue paradoxalement avec un retour spectaculaire de l'animisme, qui s'exprime non sur le modèle du culte des ancêtres, mais du culte de soi et de nos multiples doubles que sont les objets.
    Avec le devenir-artificiel de l'humanité et son pendant, le devenir-humain des machines, une sorte d'épreuve existentielle est donc engagée. L'être ne s'éprouve plus désormais qu'en tant qu'assemblage indissociablement humain et non humain. La transformation de la force en dernier mot de la vérité de l'être signe l'entrée dans le dernier âge de l'homme, celui de l'être fabricable dans un monde fabriqué. À cet âge, Achille Mbembe donne ici le nom de
    brutalisme, le grand fardeau de fer de notre époque, le poids des matières brutes.
    La transformation de l'humanité en matière et énergie est le projet ultime du brutalisme. En détaillant la monumentalité et le gigantisme d'un tel projet, cet essai plaide en faveur d'une refondation de la communauté des humains en solidarité avec l'ensemble du vivant, qui n'adviendra cependant qu'à condition de réparer ce qui a été brisé.

  • De tous les humains, le Nègre est le seul dont la chair fut faite marchandise. Au demeurant, le Nègre et la race n'ont jamais fait qu'un dans l'imaginaire des sociétés européennes. Depuis le XVIIIe siècle, ils ont constitué, ensemble, le sous-sol inavoué et souvent nié à partir duquel le projet moderne de connaissance - mais aussi de gouvernement - s'est déployé.
    La relégation de l'Europe au rang d'une simple province du monde signera-t-elle l'extinction du racisme, avec la dissolution de l'un de ses signifiants majeurs, le Nègre ? Ou au contraire, une fois cette figure historique dissoute, deviendrons-nous tous les Nègres du nouveau racisme que fabriquent à l'échelle planétaire les politiques néolibérales et sécuritaires, les nouvelles guerres d'occupation et de prédation, et les pratiques de zonage ?
    Dans cet essai à la fois érudit et iconoclaste, Achille Mbembe engage une réflexion critique indispensable pour répondre à la principale question sur le monde de notre temps : comment penser la différence et la vie, le semblable et le dissemblable ?
    Prix Fetkann - catégorie mémoire 2013

  • Cet essai explore cette relation particulière qui s'étend sans cesse et se reconfigure à l'échelle planétaire : la relation d'inimitié. S'appuyant en partie sur l'oeuvre psychiatrique et politique de Frantz Fanon, l'auteur montre comment, dans le sillage des conflits de la décolonisation du XXe siècle, la guerre - sous la figure de la conquête et de l'occupation, de la terreur et de la contre-insurrection - est devenue le sacrement de notre époque. Cette transformation a, en retour, libéré des mouvements passionnels qui, petit à petit, poussent les démocraties libérales à endosser les habits de l'exception, à entreprendre au loin des actions inconditionnées, et à vouloir exercer la dictature contre elles-mêmes et contre leurs ennemis.
    Dans cet essai brillant et brûlant d'actualité, Achille Mbembe s'interroge, entre autres, sur les conséquences de cette inversion, et sur les termes nouveaux dans lesquels se pose désormais la question des rapports entre la violence et la loi, la norme et l'exception, l'état de guerre, l'état de sécurité et l'état de liberté. Dans le contexte de rétrécissement du monde et de son repeuplement à la faveur des nouveaux mouvements migratoires, l'essai n'ouvre pas seulement des pistes neuves pour une critique des nationalismes ataviques. Il pose également, par-delà l'humanisme, les fondements d'une politique de l'humanité.

  • La décolonisation africaine n´aura-t-elle été qu´un accident bruyant, un craquement à la surface, le signe d´un futur appelé à se fourvoyer ? Dans cet essai critique, Achille Mbembe montre que, au-delà des crises et de la destruction qui ont souvent frappé le continent depuis les indépendances, de nouvelles sociétés sont en train de naître, réalisant leur synthèse sur le mode du réassemblage, de la redistribution des différences entre soi et les autres et de la circulation des hommes et des cultures. Cet univers créole, dont la trame complexe et mobile glisse sans cesse d´une forme à une autre, constitue le soubassement d´une modernité que l´auteur qualifie d´« afropolitaine ».

    Il convient certes de décrypter ces mutations africaines, mais aussi de les confronter aux évolutions des sociétés postcoloniales européennes - en particulier celle de la France, qui décolonisa sans s´autodécoloniser -, pour en finir avec la race, la frontière et la violence continuant d´imprégner les imaginaires de part et d´autre de la Méditerranée. C´est la condition pour que le passé en commun devienne enfin un passé en partage.
    Écrit dans une langue tantôt sobre, tantôt incandescente et souvent poétique, cet essai constitue un texte essentiel de la pensée postcoloniale en langue française.

  • Cet ouvrage s'efforce de traquer les formes publiques de résistance dans le Cameroun de la première moitié du XXème siècle. Il montre comment, par le biais de pratiques multiformes allant de la soumission à la négociation en passant par l'indiscipline et

  • The aim of this study is to draw attention to the long time-scale of the developments currently taking place in Africa. This has been overshadowed by the brouhaha concerning phenomena that are mainly connected with the present moment (structural adjustment, transitions toward democracy, wars and conflicts, corruption, criminalization). This study is based on two hypotheses. The first is that of interlacing : emerging from a history whose depth is overlooked by many analysts, Africa is simultaneously advancing in several directions. This advance is not following a closed orbit. It is neither smooth nor unilinear. It is heading toward several outcomes at once. Moreover, it is moving on several timescales and takes the form of fluctuations and destabilizations, sometimes abrupt, as well as of apparently disordered accelerations and inertias. In fact, however, several different systems of change are involved : stationary, dynamic, volatile, even catastrophic. The second hypothesis is that of the exit of the state. This exit is neither total nor irreversible. It takes diverse forms. Some of them will be examined later in this study. For the moment, it facilitates the emergence of new political actors in the public sphere, the proliferation of unexpected social rationalities, and the implementation of novel technologies and apparatuses, whose purpose is to control individual conduct and to make possible new modes of constituting private property and inequality. Private indirect government : this is the formula we propose to apply to these emergent technologies of domination, whose forms, intrinsic qualities, and goals are fundamentally different from those which postcolonial African regimes had previously espoused. Private indirect government is itself the result of an abrupt renegotiation of the relationships between the privatization of public violence, on the one hand, and the constitution of new systems of private property on the other. Our attention will be focused here on this privatization of public violence, this appropriation of substances and profits, the levies they require, the shifting of boundaries to which they lead, and the new forms of violence and social stratification to which they imply.

  • Des grands intellectuels africains s'interrogent sur l'avenir du Continent

    Le nouveau siècle s'ouvre sur un déplacement historique majeur. L'Afrique – et le Sud de manière générale – apparaît de plus en plus comme l'un des théâtres privilégiés où se joue, d'ores et déjà, le devenir de la planète. Mais pas seulement. L'Afrique est également l'un des grands laboratoires d'où émergent des formes inédites de la vie sociale, économique, politique, intellectuelle, culturelle et artistique d'aujourd'hui et de demain. Ces nouvelles formes de vie et du social, qui voient le jour dans des lieux souvent inattendus, se concrétisent dans des assemblages qui puisent dans la longue mémoire des sociétés tout en revêtant des aspects fortement contemporains, voire éminemment futuristes.

    Du 1er au 4 novembre 2017, la deuxième session des Ateliers de la pensée s'est tenue à Dakar (Sénégal). Elle a réuni une cinquantaine d'intellectuels et d'artistes du Continent et de ses diasporas. Plus d'une vingtaine d'axes thématiques ont structuré leurs débats, abordés sous des angles disciplinaires variés. Les textes publiés ici sont issus de ces rencontres. Les questions des fins de l'économie, d'une politique du vivant à l'ère de l'anthropocène, de la pensée et des écritures plastiques ont fait l'objet d'une attention particulière. Il en est de même de la décolonialité et de la circulation des savoirs, des transformations des rapports de genre et de la sexualité, du statut des frontières, des figures contemporaines du religieux, des infrastructures psychiques et des politiques du soin, ou encore des formes urbaines et des cultures du renouveau.

    Sous la direction d'Achille Mbembe et Felwine Sarr

    Les contributeurs :

    Nadine Machikou, Séverine Kodjo-Grandvaux, Ndongo Samba Sylla, Abdoul Aziz Diouf, Nadia Yala Kisukidi, Soraya Tlatli, Françoise Vergès, Hemley Boum, Hourya Bentouhami, Rachid Id Yassine, Lionel Manga, Souleymane Bachir Diagne, Benaouda Lebdai, Dominic Thomas

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