• On pourrait se croire dans une pièce de Shakespeare, Le franciscain de Venise. À l'aurore de la Renaissance, on croise Henri VIII, le roi d'Angleterre qui sollicite le droit de divorcer d'avec sa première femme auprès du pape, dont les légats sont accompagnés d'un théologien de renom, philosophe de haut vol et kabbaliste par passion.
    Petit à petit sort de l'ombre le personnage-titre, Francesco Zorzi (1466-1540) ou Francesco Giorgio Veneto. Parlant le latin, le grec et l'hébreu, familier des Saintes Écritures autant que des textes néoplatoniciens et pythagoriciens, ce moine se passionne pour les écrits rabbiniques au point de posséder l'une des plus impressionnantes bibliothèques hébraïques. Fasciné par l'architecture et la possibilité de concevoir un bâtiment à l'image du corps humain, il collabore avec l'architecte Jacopo Sansovino à la conception de l'église de San Francesco della Vigna.
    À travers cette figure énigmatique, qui connaît à merveille l'oeuvre de Pic de la Mirandole, a lu Marsile Ficin et disputé les doctrines de Nicolas de Cues, c'est tout l'univers de l'humanisme renaissant que restitue Verena von der Heyden-Rynsch.

  • Verena von der Heyden-Rynsch nous présente dans ce très bel essai un personnage essentiel de l'histoire des idées en Europe : l'imprimeur-libraire-éditeur vénitien de la Renaissance, Aldo Manuzio. Trop peu connu aujourd'hui, ce dernier a été l'un des fondateurs de la diffusion de la pensée humaniste en Europe, à travers le rôle qu'il a joué dans le développement de l'imprimerie moderne. L'essayiste allemande répare cette injustice en retraçant la vie d'Aldo Manuzio, mais également en restituant l'effervescence de toute une époque.
    Manuzio, entre 1494 et 1515, a publié plus de cent cinquante ouvrages en grec, latin, italien ou même en hébreu, avec son plus proche collaborateur Griffo de Bologna. Il est notamment à l'origine de plusieurs fontes qui ont révolutionné l'art d'imprimerie ainsi que l'inventeur des caractères en italique.
    Verena von der Heyden-Rynsch sait raconter la vie d'un homme dans son époque en captant l'essentiel d'une aventure intellectuelle et humaine. Grâce à sa plume, elle fait surgir sous nos yeux la Venise de la Renaissance, et parvient à dépeindre avec talent un métier qui n'a cessé d'évoluer depuis. Manuzio a été un précurseur dans bien des domaines et reste un personnage fascinant à redécouvrir aujourd'hui.

  • La culture et l'Histoire espagnoles sont fortement marquées par le desvivirse.
    Cette notion difficile à traduire, une sorte d'intensité dévorante aux prises avec la réalité, est pourtant cruciale pour comprendre notre pays voisin, à la fois proche et lointain. Afin de nous faciliter le chemin, Verena von der Heyden-Rynsch nous offre ici une plongée dans la culture ibérique. Son récit est organisé autour de trois axes : la cohabitation des trois grandes religions au Moyen Âge, l'influence de la pensée d'Érasme, et enfin, ladite philosophie du desvivirse du moraliste Gracian.
    A partir de quelques données historiques clés, esquissées avec concision et clarté, l'auteur parvient à brosser un portrait très vivant de l'Espagne comme s'il s'agissait d'une personne morale et non d'un pays. En décrivant le chemin parcouru entre le IXe siècle, où le pays incarnait la tolérance interreligieuse en Europe, et l'obsession du « sang pur » du XVIe siècle, elle décèle une faille qui se renforcera encore par l'obscurantisme de la contre-réforme, malgré l'influence incontestable de la pensée érasmienne.
    L'auteur parvient ainsi à dessiner un large arc de cercle dans l'histoire culturelle espagnole pour aboutir à la description d'un pays qui se languit, dans une attitude fière mais dépressive qui lui est propre, en puisant son argumentation aussi bien dans la peinture, la philosophie, la littérature que dans l'histoire politique.
    Son essai lumineux touchera non seulement les lecteurs curieux de la culture espagnole, mais aussi tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des idées en Europe ou qui s'interrogent sur la question de la tolérance religieuse.

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