• Fondement révolutionnaire de l'égalité des chances d'accès à toutes les carrières, l'invocation du talent fut d'abord la signature de la méritocratie républicaine. Le talent est aujourd'hui la monnaie universelle de cotation des personnes dans le travail non routinier. Pourquoi est-il considéré si souvent comme impossible à définir ? Produit des interactions complexes entre la signature génétique des individus et la force de l'éducation, il distingue l'individu dans la singularité de ses potentialités, mais fonde aussi les technologies sociales de classement. N'est-ce qu'un mythe, un autre nom pour la motivation et l'effort, ou le complément de ceux-ci ? Le nom donné à la valeur de celles et ceux qui font la différence dans des marchés mondialisés ? Le nouveau passeport de la circulation mondiale des travailleurs très qualifiés ? La sociologie, l'économie, le droit et l'histoire peuvent apporter des réponses. Les domaines explorés ici sont ceux dans lesquels la recherche et la mesure du talent sont aussi obsessionnels que tâtonnants : arts, sciences, sports, entreprises, innovation technologique.

  • 12 000 comédiens exercent aujourd'hui leur art au théâtre, à la télévision, au cinéma, dans la publicité, à la radio, dans les studios de doublage et de synchro, mais aussi dans l'animation socioculturelle ou dans le monde scolaire. Ils étaient moitié moins nombreux il y a dix ans. Pour la première fois, une enquête sociologique auprès d'un millier de comédiens représentatifs de l'ensemble du groupe permet de connaître avec précision cette profession, ceux qui la pratiquent et les transformations qu'elle connaît actuellement. Sont ainsi explorés la formation des comédiens, l'accès aux emplois, les conditions et les relations de travail dans les différents secteurs d'activité, les satisfactions et les risques attachés à l'exercice d'un métier aussi attrayant qu'incertain, la variété des expériences de travail, les rouages de l'intermittence, les formes d'organisation collective de la profession, les singularités du mode de vie et les jeux de démultiplication identitaire dont les comédiens font métier. Ensemble, ces diverses dimensions conduisent à cerner, par-delà la variété des pratiques professionnelles et des trajectoires individuelles, toutes les ambivalences qui composent les séductions et les difficultés du métier d'acteur : atouts de la précocité et temps long de la maturation artistique, fréquence de la formation ou des multiformations initiales à l'art dramatique mais aussi prégnance de l'apprentissage sur le tas, croissance et diversification des secteurs d'emploi mais aussi hégémonie du théâtre, vigueur de l'individualisme artistique et force des valeurs communautaires ancrées dans la nature collective du travail, maillage de la décentralisation et poids de la concentration parisienne, inégalités extrêmes de réussite et commune ambition d'expression de soi dans le jeu et l'invention artistique. Cette recherche s'inscrit dans le programme d'études sur l'emploi du Département des études et de la prospective du ministère de la Culture et de la Communication.

  • Le travail crée et transforme le monde social. Son incarnation la moins prévisible et la plus admirée. Son incarnation la moins prévisible et la plus admirée, l'invention artistique et scientifique, semble défier l'analyse causale et les régularités statistiques. Bien plus que l'exploitation des processus conscients et l'infraconscients de l'inventivité individuelle, c'est l'écologie sociale du travail créateur qui donne prise à l'analyse sociologique. Celle que propose Pierre-Michel Menger distingue trois caractéristiques essentielles : une différenciation illimitée des productions, des mécanismes de concurrence exploitant l'incertitude de la réussite et une concentration disproportionnée des gains et des réputations.

  • Les traces numériques de l'activité des individus, des entreprises, des administrations, des réseaux sociaux sont devenues un gisement considérable. Comment ces données sont-elles prélevées, stockées, valorisées, et vendues ? Et que penser des algorithmes qui convertissent en outil de contrôle et de persuasion l'information sur les comportements, les actes de travail et les échanges ? Les big data sont-elles à notre service ou font-elles de nous les rouages consentants du capitalisme informationnel et relationnel ? Les sciences sociales enquêtent sur les enjeux sociaux, éthiques, politiques et économiques de ces transformations. Mais elles sont elles aussi de plus en plus consommatrices de données numériques de masse. Cet ouvrage collectif explore l'expansion de la traçabilité numérique dans ces deux dimensions, marchande et scientifique. L'ouvrage est dirigé par Pierre-Michel Menger, professeur au Collège de France et titulaire de la chaire « Sociologie du travail créateur », et par Simon Paye, maître de conférences à l'université de Lorraine, sociologue du travail et des groupes professionnels.

  • Spectacle vivant, cinéma et audiovisuel ont bâti leur expansion sur une exception sociale et culturelle énigmatique : l'hyperflexibilité contractuelle de l'emploi, assortie d'une assurance non moins flexible contre le chômage. Paradoxes : l'emploi augmente, le chômage encore plus vite ; des conflits sociaux répétés, ...

  • Work creates and transforms the social world. Its least predictable and most admired embodiment, artistic and scientific invention, seems to defy causal analysis and statistical regularities. Far more than the exploration of the conscious and infraconscious processes of individual inventiveness, the social ecology of creative work is what enables sociological analysis of work. Pierre-Menger's analysis identifies three crucial characteristics: an unlimited differentiation of outputs, competitive mechanisms exploiting the uncertainty of success, and a disproportionate focus on gain and reputation.

  • Pierre-Michel Menger explore les lois du marché musical et l'action des institutions qui orientent son développement, les conditions très inégales d'existence des compositeurs, les rapports entre vie sociale, carrière professionnelle et activité créatrice de ceux-ci, les enjeux des conflits esthétiques et leurs retentissements dans le vie musicale française, les effets de l'intervention sans cesse élargie de l'État, le rôle des éditeurs et des médias et l'évolution des relations entre la musique contemporaine et les mélomanes. Quel est aujourd'hui le prix de la liberté de créer ?

  • Les grimpeurs professionnels sont présentés comme des individus talentueux qui voyagent dans le monde entier pour escalader les voies et les blocs les plus difficiles. Guillaume Dumont montre comment ils essayent de vivre de leur travail en devenant des « ambassadeurs de marque » pour des entreprises. L'auteur les suit sur les sites d'escalade jusqu'au sommet des blocs, dans leurs rencontres avec les sponsors mais aussi dans leur vie de tous les jours. Son enquête décrit un professionnalisme aux contours flous, qui impose en réalité une multitude de tâches, pas toujours rémunérées, relevant de la marchandisation de soi. Ce faisant, il révèle les similitudes avec le travail créateur, tel qu'il est étudié dans d'autres secteurs. Il contribue ainsi aux savoirs sur les transformations du monde du travail indépendant qui touchent aujourd'hui de nombreux professionnels.

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