• "Quand il avait quitté Paris, dix ans plus tôt, pour venir habiter à Saint-Ange-des-Bois, Monsieur Ladmiral avait fait savoir, pour vanter la maison qu'il achetait, qu'elle était à huit minutes de la gare. C'était presque vrai à cette époque. Par la suite, et à mesure que Monsieur Ladmiral vieillissait, la maison avait été à dix minutes, puis à un bon quart d'heure de la gare. Monsieur Ladmiral n'avait constaté ce phénomène que très lentement, n'avait jamais su l'expliquer et, pour mieux dire, ne l'avait jamais admis. Il était entendu qu'il habitait toujours à huit minutes de la gare, ce qui n'était pas fait pour simplifier la vie ; il fallait jouer avec les pendules, faire de faux calculs, prétendre que l'horloge de la gare avançait, ou que l'heure du train avait été changée sournoisement ; Monsieur Ladmiral, dans le temps où il allait encore à Paris, avait même manqué des trains, héroïquement, pour qu'il ne fût pas dit qu'il habitait à plus de huit minutes de la gare." Monsieur Ladmiral va mourir, et par petites touches, Pierre Bost livre un récit intimiste et pur, qui exhale tout au long de ses pages une fraîcheur presque douloureuse à force de tendresse implicite, d'extrême bonheur, mais également de résignation aux décrets irrévocables de la mort.

  • Faillite

    Pierre Bost

    Brugnon avait eu une jeunesse facile. Son père était riche, sa mère lui parlait toujours avec douceur. Tous deux lui avaient enseigné de bonne heure qu'il devait travailler et il ne s'était trouvé personne pour lui apprendre à douter de ces paroles-là ; le seul rêve qu'il voulût un jour réaliser, c'était de se mettre au travail chaque matin, de s'interrompre à une heure, puis de reprendre et de s'arrêter enfin, très tard. Le lendemain, il recommencerait. La vie de tous les hommes qu'il voyait ou qu'il devinait était construite sur ce squelette."

  • Entre le 19 juin 1940 et le 30 juin 1941, Pierre Bost est sous clé en Allemagne orientale, à Königsberg, dans un stalag morne et méchant. Période nue, âpre, qu'adoucit néanmoins son statut de responsable à l' "Ecole" du camp ; position qui lui évite les kommandos de travailleurs quasi esclaves dont les patrons de PME locales usent et abusent. De ces douze mois, Bost nous donne une vision rêche et sèche, poncée de tout humanisme héroïque et de roublardises picaresques.

  • Porte-malheur

    Pierre Bost

    "Porte malheur" était un surnom qu'elle lui avait donné, par plaisanterie, un jour où, par deux fois, elle avait manqué une marche en montant l'escalier du métro à son bras. Elle trouvait que son nom lui allait bien, avec son air triste.

  • "Je n'ai point osé écrire, après le titre de ce récit : 'Roman pour les jeunes filles'. J'en ai quelque regret, mais l'équivoque est la chose du monde la plus déplaisante, et je laisse à de mieux qualifiés que moi le soin d'accepter ou de refuser, ce sous-titre." Pierre Bost

  • Anaïs

    Pierre Bost

    "- Si j'avais su, dit M. Pixu, je n'aurais pas donné dix sous au télégraphiste. M. Pixu marchait de long en large à travers le salon et tenait à la main le télégramme sans oser y porter les yeux, cependant que Madame Pixu, assise dans un fauteuil, le regardait sans oser y porter la main. - Je m'attendais, dit M. Pixu, à tout sauf à cela... Il amena le télégramme devant ses yeux et le relut à voix haute : 'VIE AVEC GONTRAN DÉSORMAIS IMPOSSIBLE VEUX FINIR JOURS PRÈS VOUS ARRIVE DEMAIN MONTPARNASSE 16 h. 48. ANAÏS'  - Quand nous le saurons par coeur, nous le ferons encadrer. On met aux enchères des documents qui ne valent pas celui-là." Pierre Bost

  • "Le mauvais train qui m'entraînait passait très haut au-dessus de la plaine couverte de neige. Couvertes de neiges aussi les montagnes, et très haut au-dessus de la neige nous passions. Des villages étaient en bas, très loin de moi, et j'ai essayé contre vous, petites lumières si bas sur la neige toutes les métaphores et toutes les images, et j'en ai trouvé de nouvelles qui me plaisaient, mais jamais je n'ai pu faire de vous autre chose que, là-bas, les feux des villages sur la plaine couverte de neige, car c'est cela que vous étiez. J'arrivais de loin, j'allais plus loin encore et d'où je venais, j'emportais des choses pour ne pas les oublier. Plus haut, dans la neige, j'avais laissé des maisons ; les unes avaient un toit de bois où la neige restait épaisse, d'autres avaient un toit de zinc et la neige en avait fondu, laissant aux gouttières pendre des pointes de glace. Des hommes et des femmes restaient là-haut après moi, qui continuaient une vie où je n'étais rien, mais que j'avais voulu regarder un moment. Des hommes et des femmes, et des bêtes aussi puisque c'est des chats que je veux vous parler."

  • Comédie en quatre actes (répertoire du Vieux-Colombier).

  • Le scandale

    Pierre Bost

    "Simon Joyeuse, à dix-huit ans, bachelier tout neuf dans une ville de province, avait eu le désir de faire des études de médecine. Aucune vocation ne le poussait, mais il avait compris que, s'il ne quittait pas sa famille pour cette raison honorable, il serait sans doute amené, bientôt, à la quitter plus violemment ; il aimait ses parents, mais vivre avec eux lui paraissait chaque jour plus difficile ; il s'étonnait même qu'une affection si profonde ne lui permît pourtant pas d'accepter la présence continuelle, la vie toujours commune ; le lien se serait brisé un jour, et c'était peut-être pour le garder intact que Simon voulait quitter la maison. Son père et sa mère comprenaient, eux aussi, qu'il était bon que Simon vécût quelque temps loin d'eux, si même ils ne s'avouaient pas que c'était une mesure de prudence. Avec une clairvoyance assez rare, ils devinaient qu'un enfant est souvent plus près de ses parents s'il ne leur parle que par lettres ; ils pouvaient se tromper, c'était une aventure à risquer, mais ils ne manquaient pas de courage, et ils aimaient se sacrifier pour leurs enfants. Simon, aîné de la famille, avait deux frères et deux soeurs." Prix Interallié 1931

  • Recueil de six nouvelles : Un grand personnage ou Monsieur le Président ; Crime passionnel ; Allô ! Allô ! ; Orage sans orage ; Une femme nature ; Un billet de Troisième.

empty