• Un des traits de la contemporanéité littéraire américaine est bien la liberté prise avec les genres canoniques, dont les cloisons de plus en plus poreuses permettent des accouplements monstrueux porteurs de formes nouvelles. Cependant, en quoi cette post-modernité, ou cette post-post modernité, diffère-t-elle de la modernité ? Il ne me semble pas qu'il existe de réponse conséquente, sinon à retomber sur des lieux communs où l'on retrouvera tout ce qui touche à l'éclatement des formes établies. Il semblerait que la seule question stimulante exige la reconnaissance des variations individuelles auxquelles se livre chacun des auteurs concernés.

  • "Lorsqu'on lit, il faudrait remarquer et savourer les détails. Il n'y a rien à redire au clair de lune des idées générales lorsqu'il intervient après que l'on a recueilli avec amour tous les petits éclats de soleil du livre." Ainsi s'exprime Nabokov dans la définition des "Bons Lecteurs et Bons Ecrivains" qui introduit le recueil de ses cours de Littérature. La naïve métaphore astrale indique sans ambages que toute lecture est reconstruction de l'univers et qu'une attention vigoureuse et solaire au présent de l'écriture, en apprendra plus sur le monde qu'une reconsidération lunaire et raisonneuse.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Voix de l'écrivain ou voix de celui qui tente d'en rendre compte, il est clair qu'il s'agit là d'un sujet brûlant dont les enjeux se lisent en termes de vie et de mort. « [finding] a voice that is unmistakingly yours, [...] you saved your life and now you can die », dit à peu près Joseph Mc Elroy, et le caractère causal, mécaniste, et non imagé de cette formulation exempte de toute coquetterie rhétorique en trahit le lyrisme brutal.[...] Je voudrais parvenir à trouver les stigmates textuelles de cet obscur combat qui se joue entre l'homme et son destin dans l'émergence de la voix, combat que certains ont su théoriser dans des formules décisives qui se veulent (presque) non métaphoriques : Barthes (encore lui) : « La voix est toujours déjà morte et c'est par dénégation désespérée que nous l'appelons vivante ». Je pourrais ajouter à ces expressions réitérées d'une terreur ontologique, ce que dit Jacques Derrida commentant les préceptes du Théâtre de la cruauté d'Antonin Artaud : « Le mot est le cadavre de la parole psychique et il faut retrouver avec le langage de la vie elle-même, `la Parole d'avant les mots' ».

empty