Gallimard

  • Pourquoi les espoirs de voir enfin la démocratie s'épanouir dans un pays musulman sont-ils sans cesse déçus? Ce n'est pas qu'y manque le désir d'un pouvoir juste, d'un droit du peuple à la parole et du règne de la loi. Mais c'est la place que la démocratie donne au pluralisme des opinions, au respect des minorités, à la libre critique qui fait question. La crainte de la division, le désir d'obtenir une unité qui sans cesse se dérobe, la fascination pour la certitude, marquent le monde musulman depuis ses origines. Le Coran évoque sans cesse les preuves incontestables qui accompagnent son message, preuves face auxquelles il n'y a rien entre la soumission des croyants et le déni haineux d'infidèles honnis de Dieu. Dans un tel univers mental, comment les doutes, les divisions, les tâtonnements d'une démocratie pluraliste pourraient-ils être les bienvenus?

  • 'Confrontés à la modernité, les chrétiens sont déstabilisés. Que valent leurs dogmes à la lumière de la raison? Et l'avènement d'une humanité réconciliée avec elle-même, au-delà des frontières des cultures et des religions, n'exige-t-il pas qu'ils se rallient à un monde postreligieux, fusionnant tout message singulier dans une spiritualité universelle? Mais, à son tour, le rêve moderne est en crise, entre les effets destructeurs de la mondialisation libérale, la hantise du terrorisme islamiste, la perte de confiance dans les responsables politiques et la montée des populismes. Le projet d'émancipation porté par les Lumières, dont on attendait tant, a dégénéré en fantasme de toute-puissance. On a oublié que la manière dont chacun habite la condition humaine marque de son empreinte la vie de la cité. Le projet démocratique n'en a pas fini avec la spécificité chrétienne, et non plus le désir, tant bafoué de nos jours, de respecter la dignité des pauvres. Une identité chrétienne est à reconstruire, aussi attentive aux apports de la modernité, dans sa quête de vérité, que sans illusions sur ses ombres. Et une identité de moderne qui accepte la finitude reste à construire elle aussi.' Philippe d'Iribarne.

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