FeniXX réédition numérique (Albin Michel)

  • Si le visiteur qui attend l'ascenseur de « France-Soir » lève la tête, il lit, gravé dans la pierre, que ce lieu, pendant des siècles, s'est appelé la Cour des Miracles. Ici se rassemblaient les éclopés de la vie, ici, s'accomplissaient des miracles par l'opération du Saint-Esprit, et parfois il s'en fabriquait pour l'édification des populations. Bien que la grande presse perpétue assez bien ce dernier aspect de la tradition, Jean Fougère a transporté la Cour des Miracles à la source, à Saint-Germain-des-Prés. Ne faut-il pas être, en effet, un peu cul-de-jatte pour former l'étrange dessein d'écrire ? Quoi, nous le sommes tous ? Tous ne le savent pas. Qui ne se sent pas l'âme manchote n'éprouvera jamais le besoin de façonner la vie à l'image de son rêve. Jean Fougère, qui habite le quartier, a, de son balcon, vue plongeante dans cette Cour des Miracles où se déverse le trop-plein des cafés littéraires, des salons littéraires, des jurys littéraires, des « gendelettres ». A voir s'agiter Paul Fontaine, romancier polygraphe et méticuleux cuisinier de son succès ; Houchot, critique érudit, hargneux et impuissant ; Gervais, grand auteur trop amateur de jolis voyous ; Ludo, portier d'hôtel « génial » et impudent devant qui se pâme le Tout-Landernau des lettres ; Delphine Chantereine, bas-bleu jusque sur l'oreiller ; Palineux, poète farouche et aux yeux des duchesses malotru « adorable »... à voir ce panier de grotesques on se prend à penser que Jean Fougère les a peints avec la férocité d'un Jérôme Bosch. Pourtant, dans ce petit monde où l'on s'envie, il arrive qu'un écrivain arrache quelque chose au néant... Et devant celui-là - le plus beau portrait de ce livre si riche en peintures - il advient que l'auteur s'émeuve, quitte l'ironie pour le pathétique, et la farce cède à la tragédie. Sur la Cour des Miracles s'est ouverte la chambre misérable d'un homme qui avait quelque chose à dire avant de mourir ; n'est-ce pas miraculeux ? Voilà les autres justifiés, le miracle épidémique, et l'on en vient à se demander si ce jeu de massacre ne serait pas jeu d'amour. Jean Duché.

  • Ce que nous regardons, écoutons, lisons quotidiennement fait de chacun de nous un satyre plus ou moins consentant. Il y a des satyres joyeux dont Jean Fougère décrit les exploits. Il y en a aussi de sinistres, personnages de faits divers, auxquels il vaut mieux ne pas ressembler. D'ailleurs, assure Fougère, les beaux jours du satyre sont passés. C'est maintenant lui qui se fait « draguer » par l'objet de son désir, la nymphe devenue satyresse. Mais son concurrent le plus redoutable est le sexologue. Voyeur autorisé, maniaque de la statistique amoureuse, il prétend nous apprendre à nous servir de notre sexe. Persuadé que bientôt nous serons obligés de rendre des comptes à ce nouveau maître des temps modernes, l'auteur des Bovidés en fait un portrait cruel, d'un comique impassible, souvent très fort, et qui donne à réfléchir.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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