Littérature générale

  • Paru en octobre 2009, Retour a Reims a rencontré un écho considérable et suscité de très nombreux débats. C'est à partir de cet accueil et des questionnements qu'il a fait surgir que Didier Eribon entreprend aujourd'hui de reprendre et d'approfondir le récit et les réflexions qui s'entrecroisaient dans cet ouvrage. En ancrant toujours, bien sûr, sa démarche dans l'expérience vécue et dans l'exploration d'une mémoire personnelle et d'une histoire familiale dont il s'attache à restituer les significations sociologiques et politiques.La société assigne des places. Elle énonce des verdicts, qui s'emparent de nous et marquent nos vies à tout jamais. Elle installe des frontières et hiérarchise les individus et les groupes. La tâche de la pensée est de porter au jour ces mécanismes d'infériorisation et la logique de la domination sociale. C'est à un véritable renouvellement de l'analyse des classes, des trajectoires, des identités (le genre, la race...) et du rôle central et ambivalent des institutions (notamment le système scolaire, le droit, la politique...) dans leur fabrication que nous convie Didier Eribon. Avec pour horizon l'idée fondamentale que seule une démarche qui place au centre de ses préoccupations le problème des déterminismes inconscients par lesquels nos vies sont régies peut nous permettre, par-delà les incantations lancées par les intellectuels populistes qui saturent l'espace de la gauche radicale, d'ouvrir la voie à une politique de l'émancipation.Dans ce second volet, l'auteur de Retour a Reims nous donne un nouveau grand livre, appelé à vite devenir, comme le précédent, un classique des sciences sociales et de la théorie critique.

  • Les grands écrivains sont souvent de grands théoriciens. C´est particulièrement vrai en ce qui concerne les questions de genre et de sexualité. Analysant les oeuvres de Proust, Genet et quelques autres, Didier Eribon met en lumière la façon dont les romans sont des espaces où s´affrontent des conceptions antagonistes de la sexualité. Mais si diverses soient-elles, les théories se déploient dans des cadres normatifs. Si les romans mettent en scène des personnages « transgressifs » et des pratiques « déviantes », cela reste inscrit dans un univers où la polarité et la hiérarchie du masculin et du féminin sont rigidement respectées. Les pratiques « subversives » déjouent-elles alors réellement le système du genre ? Ce qui s´écarte de la norme se situe-t-il en dehors de celle-ci ?
    Mobilisant le concept de « verdict », Didier Eribon propose d´orienter le regard vers le niveau des structures. Les pratiques « minoritaires » pourraient bien faire partie du système et contribuer à sa perpétuation plutôt qu´à sa transformation. Dès lors, comment pouvons-nous envisager le changement social et la politique radicale ?

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