• Partout dans ce recueil se croisent des textes lourds de constats et de questions, en vers et en prose, entre lesquels se créent d'étranges dialogues. L`écriture y est celle d'une poète en constant état de vertige qui choisit de confronter ce vertige dans le poème, dans la langue, sa langue diversement abordée d'un texte à l'autre, afin d'arriver à entrevoir un peu de réel doux. Car on ne sait jamais d'où, de quelle alternance de pronoms, de quel croisement de phrases, de quelle danse ou déviation de mots, de quel ressassement d'images, de quel heurt sonore pourrait surgir ce bras qui accepterait d'apparaître à hauteur de regard pour soigner le réel. L'ouvrir ne serait-ce que sur un soupçon de lumière sans ciel au-dessus, horizontale.

  • Ce numéro 138 de Les écrits nous fait pénétrer dans l'univers de Gérard Titus-Carmel, écrivain et peintre français de renommée internationale, et dans celui des Éditions de l'Hexagone qui célèbrent cette année leur 60e anniversaire. Tandis que le premier conjugue l'écrit et le peint « d'un même mouvement, en parallèle, sans conflit ni concurrence » (Antoine Émaz) et témoigne d'un parcours singulier, les seconds se font l'écho d'une pluralité et d'une diversité étonnantes, à l'image d'une littérature aussi jeune maintenant qu'elle ne l'était dans les années 50. Les oeuvres de Titus-Carmel se mêlent ainsi aux essais et aux poèmes et proses qui lui sont dédiés, puis elles accompagnent les multiples voix qui ont marqué les Éditions de l'Hexagone, telles que Jean Royer, André Brochu, France Théorêt et Michel Gay, pour ne nommer que ceux-ci.

  • La littérature n'est jamais aussi présente que lorsqu'elle se projette dans un avenir incertain... Madeleine Gagnon et Monique Proulx ouvrent ce numéro par les textes des conférences qu'elles ont lus à la 38e Rencontre québécoise internationale des écrivains qui portait sur le futur. Les auteurs réunis dans cette édition emboîtent le pas: Denise Desautels, Kraxi (Marcel Bélanger), Bernard Noël, Bertrand Rouby, Jean-Philippe Gagnon, Alexis Lussier, Alain Fleischer, Nathalie Stephens, Nicolas Pesquès, Roland Bourneuf, Renaud Longchamps, Jean-Claude Brochu, Claudine Bertrand et Danielle Fournier. Explorant les relations entre l'inquiétude, l'émerveillement et l'horreur, les oeuvres de l'artiste David Moore, reproduites dans ce numéro, font écho aux textes tendus vers l'inconnu.

  • « Lettre à mon fils aurait pu être un autre sous-titre.
    Le parc Lafontaine, en un seul mot comme autrefois. C'est ce que j'avais spontanément répondu à Paul, ami poète et éditeur, qui m'invitait - il y a déjà dix ans - à participer à la collection « Lieu dit » qu'il venait de créer aux Éditions du Noroît.
    Pourquoi ? Parce que j'y ai passé presque toute ma vie, de la petite enfance à aujourd'hui, et qu'il occupe depuis près de 40 ans beaucoup de place et de pages dans mon travail de création - qu'il est donc déjà lié à l'acte d'écrire. En fait, il se retrouve, conjugué à plusieurs temps - époques et saisons diverses - dans plusieurs de mes livres, et tout particulièrement dans La promeneuse et l'oiseau (1980), Tombeau de Lou (2000), Pendant la mort (2002) et La marathonienne (2004). Comme lieu de refuge ou de liberté, de plaisir ou d'effroi, de promenade ou d'enlisement, de réflexion ou de fuite.
    Mais surtout - surtout - parce que tout récemment j'ai pris conscience qu'il était beaucoup plus qu'un lieu à côté duquel j'avais vécu. Qu'il était en fait ma maison, la maison d'enfance ou de famille que je n'ai jamais eue. S'y empilent - comme dans un grenier ou une cave - des tas de souvenirs, des plus intimes aux plus historiques. C'est dans ce coeur francophone de Montréal, en pleine « Grande noirceur », entre le monument à L.-H. La Fontaine, les ours noirs de l'ancien zoo et la statue à Dollard, que j'ai entendu pour la première fois le mot « orpheline » ; là que, depuis, la mort n'a jamais cessé de rôder ; là pourtant que l'art et les livres existent.
    Or, c'est parce que la mort y a été très présente - comme dans mes livres -, et que mon fils m'en a fait un jour la remarque, que j'ai eu envie de m'adresser à lui dans ce texte, sorte d'autofiction qui comporte deux parties : une première d'une trentaine de fragments disons... archéologiques où s'entremêlent le privé et le collectif, et une seconde où, après Joe Brainard, Georges Perec et quelques autres, je reprends la forme des Je me souviens. »
    D.D.

  • Dans ce numéro de Moebius, si vous trouverez bien des textes qui se passent dans un futur plus ou moins postapocalyptique, vous trouverez surtout des textes dans lesquels il est question de cataclysmes intérieurs. De véritables débordements, mais de l'ordre du privé. Des crises personnelles, des catastrophes à petite échelle, qui pourtant transforment, redéfinissent ceux qui les vivent. Certains personnages ont peur du moindre bouleversement, petit ou grand ; pour eux, tout est une catastrophe monumentale. Pour d'autres, une perturbation vécue dans un passé plus ou moins lointain laisse des traces indélébiles avec lesquelles il faut apprendre à vivre. Quelques textes présentent des épisodes particulièrement troublants de vies humaines, et sont à eux seuls de petits cataclysmes. Des suites poétiques évocatrices proposent des visions sensibles de notre monde en déroute, de notre propre disparition annoncée, ou donnent à voir la frénésie destructrice de ce monde.

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