• L'enfance de Pia, c'est courir à perdre haleine à l'ombre des arbres, écouter gronder la rivière, cueillir l'herbe des fossés. Observer intensément le travail des hommes au rythme des saisons, aider les parents aux champs pour rembourser l'emprunt au Crédit agricole. Appartenir à une fratrie remuante et deviner dans les mots italiens des adultes que la famille possède des racines ailleurs qu'ici, dans ce petit hameau de Charente. Tout un monde à la fois immense et minuscule que Pia va devoir quitter pour les murs gris de l'internat. Et à mesure que défile la décennie 1970, son regard s'aiguise et sa propre voix s'impose pour raconter aussi la dureté de ce pays qu'une terrible sécheresse met à genoux, où les fermes se dépeuplent, où la colère et la mort sont en embuscade. Une terre que l'on ne quitte jamais tout à fait.

  • Grégoire Orlov souffre, boit, et rosse. Son mariage s'est usé en même temps que ses muscles. Martha Orlov, à côté du vide et de l'ennui de leur misérable existence, encaisse les coups du destin avec ceux de son mari.

    L'air empuanti de leur immeuble couve le choléra. L'épidémie réveille bientôt chez Grégoire un instinct d'héroïsme qui va le pousser à soigner les malades. Cette vocation soudaine guérit un temps les déchirements du couple... jusqu'à ce que ressurgisse la nature taciturne du mari. Incapable de satisfaire sa soif d'absolu, Grégoire Orlov s'en remettra à sa soif de vodka.

    Maxime Gorki offre avec Les Époux Orlov un récit emblématique, proche du naturalisme. Sous sa plume, le drame de ces travailleurs russes finit par revêtir la puissance d'une tragédie antique.

    Né en 1868 à Moscou dans une famille modeste, Maxime Gorki effectue divers métiers et apprend à écrire en autodidacte. D'abord journaliste, il connaît la popularité avec ses récits décrivant le quotidien des classes populaires russes. Il est notamment l'auteur des Bas-fonds, paru en 1902. Il se rallie au marxisme et s'exile face à la répression du régime tsariste. Il s'engage dans la révolution de 1917, mais s'exile à nouveau. Il revient définitivement en URSS en 1932 et meurt à Moscou en 1936.

  • Ce livre est une brève histoire du travail. Du néolithique à l'algorithme, Bernard Abate y analyse les révolutions qui ont transformé le quotidien de l'humanité. Il interroge particulièrement l'impact du numérique sur le travail humain. Enseignement contre-intuitif : ces nouvelles technologies ne se substituent pas à l'intelligence humaine. Elles pourraient au contraire remettre l'humain au centre du jeu. La technique avait progressivement séparé le travailleur de l'intelligence de son travail. La révolution numérique, elle, est ambivalente. En un sens, elle concentre toujours plus de connaissances et de pouvoir d'organisation du travail entre les mains de ces nouveaux maîtres que sont les systèmes d'intelligence artificielle et les plates-formes numériques. À l'inverse, en rendant plus accessible à tous le capital technique, elle permet à chacun de se réapproprier l'intelligence de la production et elle facilite la coopération entre individus autonomes et interconnectés. Assiste-t-on à une lutte à l'issue de laquelle le modèle décentralisé et collaboratif l'emportera sur le précédent, centralisé et hiérarchique ? À une coexistence durable ? À une fusion vers quelque chose de différent ? Et, déjà, un nouvel enjeu majeur apparaît : cette nouvelle façon de travailler va-t-elle permettre à l'homme de se réconcilier avec la nature ? En éclairant le présent du numérique par l'histoire du travail et de la technique, ce livre propose des réponses aux questions actuelles.

  • Dans l'histoire du travail, les femmes ont joué un rôle méconnu, voire ignoré, par la plupart des historiens et sociologues. Quelques historiennes, au cours des dernières décennies se sont employées à pallier ce manque. Se nourrissant de leurs travaux, Rolande Pinard propose ici une analyse sociohistorique de l'activisme des travailleuses ayant contribué, dans le mouvement ouvrier, à élaborer le sens social-politique du travail. Richement documentée, cette recherche soutient que, de leur solidarité initiale avec les travailleurs, les travailleuses ont progressivement été marginalisées dans les formes de syndicalisme qui ont suivi. En bout de ligne, l'émancipation par le travail a quasi exclusivement été le lot des hommes, qui ont bénéficié des institutions (comme le syndicalisme) construites par les luttes ouvrières, sociales et politiques des salarié.e.s.

    Soulignant l'aspect pluridimensionnel de la formation de la classe ouvrière, Rolande Pinard rappelle que comprendre le travail d'un point de vue critique implique de tenir compte de ses différents agents à travers les périodes historiques de transformation du capitalisme.

  • À l'été 1914, l'Europe prend feu. Face au brasier qui menace d'engloutir toutes les Grandes Puissances, la Chine se pare d'une neutralité de façade.

    À l'été 1914, l'Europe prend feu. Face au brasier qui menace d'engloutir toutes les Grandes Puissances, la Chine se pare d'une neutralité de façade. Alors que la dynastie Qing vient d'être écartée, en 1912, la jeune République sait l'importance de son vivier humain et les contreparties politiques qu'elle peut en tirer. Avec l'espoir de compter parmi les vainqueurs, l'ancien Empire s'engage aux côtés des Alliés et envoie des centaines de milliers de travailleurs chinois en France et en Russie à partir de 1915 pour accomplir, derrière les lignes, les tâches les plus pénibles.

    Dans ce livre, qui confronte pour la première fois des sources et des témoignages chinois, français, anglais et japonais, en partie inédits, l'historienne Li Ma ne se contente pas de raconter l'odyssée mondiale de ces ouvriers. Elle dresse le portrait de la Chine de 14-18, en revenant sur la tumultueuse histoire des décennies précédentes et en éclairant dans le détail ses relations avec les belligérants, en particulier avec le Japon et les États-Unis de Wilson. Elle analyse enfin les conséquences intérieures du conflit jusqu'au traité de Versailles à l'origine du Mouvement du 4 mai 1919 considéré depuis comme l'acte de naissance de la modernité chinoise.

  • L'idéaltype du travailleur, qui s'est construit en référence au modèle du mâle pourvoyeur, valorise les longues heures de travail. Les exigences des organisations ne sont certes pas étrangères à ce phénomène. La performance des employés est en effet souvent mesurée en fonction du temps qu'ils accordent à leur travail, et leurs besoins de flexibilité ont vite été « vampirisés » par la logique productiviste. Bien que les travailleurs, y compris ceux à temps partiel, disent vouloir consacrer moins d'heures au travail rémunéré, dans les faits, le temps de travail a augmenté, surtout chez les plus scolarisés, les professionnels, les cadres et les gestionnaires. Malgré ces constats, peut-on encore se référer exclusivement à cet idéaltype, dominé par une organisation du travail « dévorante », pour caractériser les travailleurs contemporains ? Les textes réunis dans cet ouvrage vont au coeur du rapport au travail et de l'expérience de travail afin de remettre en question ce modèle théorique. Les auteurs nous livrent une analyse percutante des changements qui marquent le nouveau modèle productif postfordiste, en révélant notamment les résultats de recherches empiriques portant sur les conceptions et les stratégies des travailleurs de différents milieux professionnels, particulièrement dans les domaines de la santé, des services sociaux et de la sécurité publique.

  • Cet ouvrage, qui, à plusieurs titres, marque un tournant dans la réflexion sur l'action communautaire en CLSC, vient sanctionner la démarche des intervenants communautaires avec la Fédération des CLSC. Il met en perspective le lien entre l'action communautaire et les enjeux de la citoyenneté et de la démocratie.

  • Dans ce guide, on trouvera des suggestions pour favoriser la réflexion déontologique dans un organisme communautaire et un certain nombre de propositions concernant les principales étapes à entreprendre afin d'assurer le succès de cette entreprise et de procéder concrètement à la rédaction d'un code de déontologie.

    La diversité des organismes qui ont collaboré à la recherche nécessitée par la rédaction de cet ouvrage a permis d'aborder d'une manière globale la problématique déontologique reliée à l'administration, à la gestion et aux interventions dans les organismes communautaires.

    Ce guide ne se présente pas comme un livre de recettes. Il faut plutôt le considérer comme un outil au service de la créativité de celles et de ceux qui veulent aborder la dimension éthique de leurs interventions et se donner un instrument leur permettant d'aborder de la manière la plus adéquate possible les questions complexes qu'ils doivent résoudre.

  • Dans la théorie économique standard, l'innovation est définie de façon très étroite et l'on s'intéresse peu au processus. L'ensemble des textes de cet ouvrage témoigne de la diversité des problématiques, de l'importance des ressources humaines et du rôle médiateur de l'entreprise dans le processus d'innovation.

  • La stigmatisation liée aux attitudes négatives, stéréotypes et préjugés à l'égard de la maladie mentale est l'un des principaux obstacles auxquels se heurtent les personnes aux prises avec un trouble mental. Cette stigmatisation est si présente et ses effets, si dévastateurs, que plusieurs la décrivent comme plus difficile à vivre que les symptômes eux-mêmes de la maladie.

    Cet ouvrage porte un éclairage sur la stigmatisation vécue par les travailleurs temporairement invalides en raison d'un diagnostic de trouble mental courant. Au xxie siècle, le milieu de travail semble de plus en plus nuisible à la santé psychique d'un nombre croissant de travailleurs incapables de rencontrer l'exigence du « toujours plus ». Stress, anxiété, épuisement professionnel, harcèlement, perte de sens les affectent quotidiennement et peuvent même conduire au suicide. Après un tour d'horizon de la littérature sur les troubles mentaux en milieu de travail, les auteurs analysent en profondeur les mécanismes sociaux derrière le phénomène de stigmatisation. Plusieurs mesures statistiques ainsi que des extraits d'entretiens faits auprès de travailleurs ayant été en arrêt de travail en raison d'un trouble mental sont présentés afin d'illustrer leur analyse. Pour témoigner du contexte dans lequel prennent place les expériences de stigmati­sation en lien avec les troubles mentaux, les auteurs traitent enfin des représentations sociales de la maladie mentale véhiculées dans les médias.

  • Le 12 juin 1843 restera dans la mémoire comme le « Lundi rouge » : un jour funeste, où plusieurs ouvriers irlandais affectés au creusement du canal Beauharnois trouvent la mort pour avoir réclamé de meilleures conditions de travail. Plus de deux mille « canaliers » en grève illégale subissent la charge des troupes de la garnison qui les dispersent avec une violence démesurée devant l'hôtel où logent leurs patrons - feux, sabres et chevaux contre pelles, pioches et gourdins. Cet événement tragique marque à ce jour le conflit de travail le plus sanglant de l'histoire du Canada. L'indignation générale contraint le gouvernement à instituer une des premières enquêtes publiques du pays. Une enquête biaisée, comme le démontre brillamment Roland Viau qui examine de nouvelles pièces au dossier en faisant revivre le quotidien des familles irlandaises installées le long du canal. Il aboutit à des constats troublants, révélant l'arbitraire des tribunaux envers ces travailleurs migrants honteusement exploités et méprisés, et met à jour l'existence d'une société secrète qui préfigure le mouvement syndical. Roland Viau est chercheur-enseignant au Département d'anthropologie de l'Université de Montréal et a publié, entre autres ouvrages, deux ethnographies historiques sur les Iroquoiens et une étude sur l'esclavage des Noirs au Bas-Canada.

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