• Surgis du fin fond du décor, Lee Lightouch et Pato Conchi, le grand maigre et le petit gros, se rendent à Booming pour raison sentimentale.

    « Personne ne va à Booming » ; « Prenez un bonbon, je ne crois pas qu'ils en aient » : on les avait pourtant prévenu. Kid Padoon et sa bande font régner la terreur à Booming, le shérif à leur botte, le bordel à leur service, le saloon à leur disposition, le croque-mort aux petits soins.

    Mais ça n'est encore rien : il y a quelque chose de détraqué à Booming, un truc qui coince, qui débloque, qui recoince et qui vous rend cinglé.

    Accrochez-vous : Booming est un western quantique qui se joue des balles et du temps qui passe.

    Mika Biermann est romancier et guide au musée des Beaux Arts de Marseille. Il est l'auteur d'une oeuvre fortement singulière, qu'il publie en alternance chez POL et chez Anacharsis. Six titres sont parus à ce jour. Allemand d'origine, il écrit directement en français. Son plus récent livre chez Anacharsis Roi. a obtenur le prix de la Page 111 2017.

  • Luchino Visconti a rêvé toute sa vie d'adapter À la Recherche du temps perdu, sans jamais passer à l'acte, par superstition peut-être ou par manque de temps ce temps de la maladie et de la mort qui avait bien failli coûter son uvre à Proust et qui contraignit Visconti à renoncer à son projet le plus cher.

    Une étonnante proximité sétablit à travers les années entre lécrivain et le cinéaste. Né en 1906, soit sept ans avant la parution de Du côté de chez Swann, le comte Luchino Visconti di Modrone est un authentique Guermantes, héritier dune famille qui tint la seigneurie de Milan pendant deux siècles, y fit bâtir la cathédrale, et joua un rôle essentiel dans lhistoire de lopéra le plus célèbre du monde, le Teatro alla Scala.

    Mais on décèle surtout une forte parenté dans les thèmes communs à Proust et à Visconti : la rêverie autour dune enfance mythifiée, la peinture dun monde au bord du gouffre, la passion de Venise, la « race maudite » des invertis Toute sa vie, le cinéaste sera hanté par luvre proustienne, et par ses personnages. Et toute sa vie, il ne cessera de la mettre en scène. Il transpose la relation entre Charlus et Morel dans Senso, recrée la plage de Balbec dans Mort à Venise, fait entendre la sonate de Vinteuil dans Sandra, exalte Wagner dans Ludwig, reconstitue le salon Verdurin dans LInnocent Le film À la Recherche du temps perdu de Visconti nexiste pas, mais son fantôme traverse ses chefs-duvre, obstinément fidèles à ce fameux, et magnifique, « sentiment proustien ». Ce que nous offre là Visconti une relecture, une réinvention de Proust , nest-il pas infiniment plus précieux quune adaptation littérale ?

  • Gagner et puis garder la chambre. Dabord celle, bien réelle, les volets clos, les rideaux tirés et éclairée à lélectricité où senferme à lautomne 1914 un écrivain de quarante-trois ans, Marcel Proust, pour ne plus la quitter des huit années qui suivent. Ensuite cette autre, plus vaste encore tout un livre À la recherche du temps perdu, conçu par son auteur comme la plus belle des chambres qui fût. Et puis, toutes celles, si nombreuses, que le roman contient et quon visitera au fil des pages, sans toujours savoir ni ce quelles dissimulent, ni qui et quoi on rencontrera à lintérieur, une fois leur seuil franchi.
    On attendra beaucoup, ici, des unes et des autres, de leur succession, du savant enchevêtrement de ces lieux communicants ou pas assez pour que, lecteur, à son tour, cent ans plus tard, on accepte de senfermer longtemps avec elles.

  • La vie ordinaire efface le temps perdu : il faut travailler pour vivre, et pour que l'ordre social se maintienne. Perdre son temps devient alors une forme de sabotage. Raison pour laquelle nous ne parlons pas de ce temps que nous perdons ; raison pour laquelle aussi le langage ordinaire se prête mal à décrire le temps perdu.
    On risque donc ici un éloge de l'inactivité. En faisant redécouvrir plusieurs façons de perdre son temps : la mélancolie, le divertissement, la panne, la procrastination, la flânerie, l'ennui, la rêverie, la cigarette... Mais en constatant également que toutes ces expériences ne sont pas celles de ce temps « volé », « dérobé », « tué » que définit plus précisément le verbe traîner.
    Ceux qui traînent : les passants dans un cimetière, certains person¬nages d'Aragon ou de Queneau, M. Hulot détraquant l'ordre des vacances, les passagers d'un RER stoppé par la neige, l'internaute soudain débranché. Ces moments étranges - où Pascal, lui, pariait sur Dieu... - sont autant d'expériences de pensée. Car philosophe est celui qui ne craint pas de rater son train.

  • Luchino Visconti a rêvé toute sa vie d'adapter À la Recherche du temps perdu, sans jamais passer à l'acte, par superstition peut-être ou par manque de temps - ce temps de la maladie et de la mort qui avait bien failli coûter son oeuvre à Proust et qui contraignit Visconti à renoncer à son projet le plus cher.

    Une étonnante proximité s'établit à travers les années entre l'écrivain et le cinéaste. Né en 1906, soit sept ans avant la parution de Du côté de chez Swann, le comte Luchino Visconti di Modrone est un authentique Guermantes, héritier d'une famille qui tint la seigneurie de Milan pendant deux siècles, y fit bâtir la cathédrale, et joua un rôle essentiel dans l'histoire de l'opéra le plus célèbre du monde, le Teatro alla Scala.

    Mais on décèle surtout une forte parenté dans les thèmes communs à Proust et à Visconti : la rêverie autour d'une enfance mythifiée, la peinture d'un monde au bord du gouffre, la passion de Venise, la « race maudite » des invertis... Toute sa vie, le cinéaste sera hanté par l'oeuvre proustienne, et par ses personnages. Et toute sa vie, il ne cessera de la mettre en scène. Il transpose la relation entre Charlus et Morel dans Senso, recrée la plage de Balbec dans Mort à Venise, fait entendre la sonate de Vinteuil dans Sandra, exalte Wagner dans Ludwig, reconstitue le salon Verdurin dans L'Innocent...

    Le film À la Recherche du temps perdu de Visconti n'existe pas, mais son fantôme traverse ses chefs-d'oeuvre, obstinément fidèles à ce fameux, et magnifique, « sentiment proustien ». Ce que nous offre là Visconti - une relecture, une réinvention de Proust -, n'est-il pas infiniment plus précieux qu'une adaptation littérale ?

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