Littérature générale

  • Lorsque Nopporn accroche une aquarelle du Mont Mitaké dans son bureau, sa femme s'en étonne : elle est de facture si ordinaire. Pourtant, il aime la contempler: il était alors étudiant au Japon lorsqu'un haut dignitaire du Siam est arrivé à Tokyo avec sa jeune épouse, la princesse Kîrati. Nopporn doit veiller à ce qu'elle ne s'ennuie pas. Bien que de quinze ans son aînée, elle le fascine par sa beauté, sa grâce et sa maturité résignée. Nourri d'honnêtes intentions, il ne voit pas monter en lui les sentiments et le désir. La princesse le met en garde sans l'éloigner pour autant. L'aimerait-t-elle retour ?

    Sur le mont Mitaké, adapté deux fois au cinéma, est un des grands classiques de la littérature thaïe. Écrit en 1937, il mêle avec maestria éléments romantiques et réalistes.

    Sîbourapâ, nom de plume de Kulap Saipradit (1905-1974) est un intellectuel et romancier thaïlandais très engagé dans la lutte pour la justice sociale, et contre la censure. Avec sa femme, il traduisit de nombreux auteurs étrangers comme Austen, Tchekhov, Gorki. Sur le Mont Mitaké reste son chef-d'oeuvre, toujours étudié en Thaïlande et considéré aujourd'hui comme un des vingt plus grands romans de la littérature thaïe.

  • Rana, dix ans, fonce sur son vélo flambant neuf. Heureuse, insouciante, choyée par son père, un vent de liberté lui caresse le visage.
    Quinze jours plus tard, c'est terminé. Son vélo est donné à l'un de ses oncles. Encore quelques mois et elle devra, pour être une bonne musulmane aimée d'Allah, porter l'abaya noire sur son corps, le niqab sur son visage et le tarha sur sa tête et ses épaules. Ensuite, ses parents lui trouveront un mari et elle sera condamnée à ne plus rien faire que la cuisine, le ménage et ses cinq prières par jour. C'est la loi.
    Il ne reste à Rana que ses yeux pour pleurer et contempler son monde : L'Arabie saoudite des années 2000. Mais sur ce monde, elle porte un regard impitoyable. La frustration sexuelle fabrique des obsédés et des hypocrites. L'obsession et l'hypocrisie transforment les hommes en ennemis de leurs propres soeurs, filles ou épouses. Les agressions et les violences quotidiennes donnent aux femmes l'envie de fuir. Très peu réalisent ce rêve fou.
    Rana sera l'une d'elles. Elle n'a jamais oublié le vent de liberté de ses dix ans, elle est prête à tout pour le retrouver et en jouir, et , cette fois, en adulte.

  • La femme a-t-elle été tirée d'une côte d'Adam, au point qu'elle lui doive la vie et qu'il puisse la dominer ? Ce mythe biblique imprègne-t-il à ce point les mentalités pour que, encore au XXIe siècle, les femmes soient mannequinisées, réduites à des objets de plaisir ou consignées comme ventres obligés pour la survie de l'homme ? Pourquoi pérenniser, consciemment ou non, l'idée que la masse musculaire de l'homme garantit sa raison, la raison ? Non, rien ne peut justifier que les religions auxquelles adhèrent plus de trois milliards d'hommes puissent toujours en admettre le bien-fondé, dans leurs enseignements, leurs pratiques ou leurs silences ! Un genre humain, biologique ou social, peut-il se prétendre supérieur à l'autre ? Explorant l'héritage immense véhiculé par les religions monothéistes et quelques philosophes de renommée des vingt-cinq derniers siècles, l'auteur se penche sur le statut de la femme et dénonce plus particulièrement la responsabilité des religions monothéistes. Un tour d'horizon édifiant pour un constat sans appel, sommant d'ouvrir enfin les portes à la lucidité et à la modernité.

  • Manihi, jeune Polynésienne, accouche de jumeaux contre l'avis de sa famille qui voulait qu'elle avorte ou qu'elle pratique le faamu, c'est-à-dire qu'elle donne ses enfants à adopter. Mais Manihi résiste et décide d'élever seule ses deux nourrissons, exaspérée par les agissements d'une mère intrusive et l'inertie d'un père, à l'image de bien des hommes polynésiens, complètement dépassé par la situation.
    Et puis, c'est le drame ! L'accident qui va tout chambouler. Pendant l'hospitalisation de Manihi, une de ses tantes donne un des deux bébés à une famille d'une autre île...
    Très loin des clichés touristiques aux odeurs de vanille et aux déhanchements de sublimes jeunes filles couvertes de fleurs, ce roman, servi par une écriture fluide, simple, mordante mais non dénuée d'humour, nous entraîne dans l'envers du décor de ces îles paradisiaques, dans la réalité brute d'une vie difficile que les popaa (les blancs) ne soupçonnent même pas. Une chronique sociale qui nous immerge dans le quotidien d'une jeune femme maori qui doit se battre pour s'élever, gagner son indépendance et lutter contre la douleur des traditions ancestrales.

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