• RED PILL

    Hari Kunzru

    Un écrivain américain se rend en résidence dans une prestigieuse institution artistique de la banlieue de Berlin où il croit pouvoir se consacrer sereinement à l'écriture. Mais très vite, une angoisse sourde s'empare de lui : dans ce centre où la transparence est le maître mot, son esprit vacille, d'autant plus qu'il se met à regarder Blue Lives, une série policière ultra-violente qui l'obsède de plus en plus...
    Le jour où il rencontre Anton, le créateur de Blue Lives, il découvre sur quelle idéologie elle se fonde et le but recherché par cet homme énigmatique : imprégner ses spectateurs d'une vision du monde d'extrême-droite...Ou bien le narrateur est-il simplement paranoïaque ?

    Hari Kunzru a enfermé dans Red Pill tous les cauchemars de notre époque où la propagande et l'inversion des valeurs sont reines. Où la vérité, même, n'existe plus. C'est un grand roman politique par un auteur au sommet de son art.

  • "Celui qui voit ne sait pas voir" : telle est la présupposition qui traverse notre histoire, de la caverne platonicienne à la dénonciation de la société du spectacle. Elle est commune au philosophe qui veut que chacun se tienne à sa place et aux révolutionnaires qui veulent arracher les dominés aux illusions qui les y maintiennent. Pour guérir l' aveuglement de celui qui voit, deux grandes stratégies tiennent encore le haut du pavé. L'une veut montrer aux aveugles ce qu ils ne voient pas : cela va de la pédagogie explicatrice des cartels de musées aux installations spectaculaires destinés à faire découvrir aux étourdis qu ils sont envahis par les images du pouvoir médiatique et de la société de consommation. L'autre veut couper à sa racine le mal de la vision en transformant le spectacle en performance et le spectateur en homme agissant. Les textes réunis dans ce recueil opposent à ces deux stratégies une hypothèse aussi simple que dérangeante : que le fait de voir ne comporte aucune infirmité ; que la transformation en spectateurs de ceux qui étaient voués aux contraintes et aux hiérarchies de l'action a pu contribuer au bouleversement des positions sociales ; et que la grande dénonciation de l homme aliéné par l excès des images a d'abord été la réponse de l'ordre dominant à ce désordre. L'émancipation du spectateur, c est alors l affirmation de sa capacité de voir ce qu il voit et de savoir quoi en penser et quoi en faire. Les interventions réunies dans ce recueil examinent, à la lumière de cette hypothèse, quelques formes et problématiques significatives de l'art contemporain et s efforcent de répondre à quelques questions : qu'entendre exactement par art politique ou politique de l'art ? Où en sommes-nous avec la tradition de l'art critique ou avec le désir de mettre l'art dans la vie ? Comment la critique militante de la consommation des marchandises et des images est-elle devenue l'affirmation mélancolique de leur toute-puissance ou la dénonciation réactionnaire de l'"homme démocratique" ?


  • Qu'est-ce qu'un spectateur ? Naît-on spectateur ? Quel spectateur devient-on face à une oeuvre d'art ou un spectacle ? Catégorisé dans les études, sollicité par les publicitaires, compté par les subventionneurs, le spectateur est resté trop longtemps un objet de pensée secondaire.


    Auteur de plusieurs ouvrages sur un sujet dont il est l'un des penseurs les plus accomplis, Christian Ruby établit ici une théorie du spectateur, philosophique et politique. Il déconstruit le préjugé selon lequel on serait spectateur « par nature ». Le concept lui-même est d'ailleurs daté et contextualisé : l'Occident moderne et contemporain ; cette figure est absente des cultures extra-européennes ou a été importée sous la colonisation.


    /> En prouvant que le concept de spectateur est historique et non « naturel », Christian Ruby met à mal un certain nombre d'évidences : des manières de faire normatives, une hiérarchie des spectateurs dans la hiérarchie des arts...


    Nous sommes désormais passés de la tradition classique du face-à-face silencieux avec l'oeuvre, du jugement de goût et d'une démocratie rêvant d'unité-homogénéité, à un spectateur contemporain regardeur (selon Marcel Duchamp), participant, activateur, déambulateur, impliqué, etc., au nom de la démocratie pensée autrement. Voilà qui incite chacun à s'interroger : Comment l'oeuvre me fait-elle spectateur et quel spectateur me fait-elle être ? Quel spectateur veux-je devenir ?

  • Rose pourquoi

    Jean-Paul Civeyrac

    "Une nuit, par hasard, je vis à la télévision quelques minutes d'un film inconnu qui firent sur moi une impression très forte et durable. Identifiant ce film une dizaine d'années plus tard, et retrouvant à sa vision quelque chose de l'émotion qui s'était emparée de moi la première fois, j'eus peu à peu la conviction qu'en essayant de comprendre quelle pouvait bien être sa nature exacte j'allais peut-être éclaircir ce qui faisait à mes yeux toute l'importance et la spécificité du cinéma. C'est ainsi qu'est né ce livre : récit détaillé d'une expérience concrète, il tente d'expliciter pourquoi une apparition - celle de Rose Hobart dans une scène de Liliom de Frank Borzage - fut à ce point bouleversante et éclairante."
    Jean Paul Civeyrac.

  • « Debout devant le miroir des vestiaires, je scrutais d'un oeil morne la silhouette longiligne et dégingandée qui me faisait face. En quelques mois, j'avais poussé à la vitesse d'un bambou sauvage bien arrosé. Mes yeux vert-gris, seule caractéristique physique que je trouvais en moi acceptable (contrairement au reste qui était d'une banalité affligeante), paraissaient perdus au milieu de cette figure qui n'en finissait pas. Comme d'habitude, je me trouvais très moche. Ce n'était pourtant pas là le sujet de mon inquiétude. Cette fichue puberté, que j'avais presque oubliée à force de l'attendre, me rattrapait soudain au pire des moments. Comme si la vie n'était pas assez difficile, voilà qu'elle se dressait, obstacle inéluctable, entre moi et le but que je m'étais fixé. »Lise a 15 ans, une mère superficielle et une volonté farouche de devenir championne de gymnastique. Parviendra-t-elle à atteindre le but qu'elle s'est fixé ?Nathalie Somers nous livre ici le superbe portrait d'une demoiselle de fer.Manon Brunet, jeune sabreuse pleine de talent, qui a brillé avec l'équipe de France aux Jeux olympiques de Rio, a préfacé l'ouvrage. Pour reprendre ses mots : parfois, ce sont « les défaites qui donnent leur saveur aux victoires ». Souhaitons-lui, avec Lise, les belles victoires qu'elle mérite.

  • L'idée d'Une Nuit à la Bibliothèque, pièce créée d'abord en italien à Parme en 1999, est simple : quand la ville dort, la bibliothèque s'éveille, se parle à elle-même par les livres qu'elle contient. Donc ce que voient et entendent les spectateurs, installés à la place des lecteurs, c'est la promenade secrète des livres, la nuit. Les livres se sont incarnés, et ils parlent entre eux. A travers leur conversation s'esquisse une réflexion sur le passé et l'avenir de la lecture et des lecteurs, sur le réel et l'illusion. Des fantômes passent puis s'en vont en effaçant leurs traces, quelque chose de très troublant a lieu, comme si le devenir-monde des livres un instant avait pris corps. Fuochi Sparsi est le texte d'un spectacle qui ne peut être donné qu'à la Fondation Magani-Rocca, en Emilie, où il se déroule comme une visite clandestine parmi les tableaux d'une collection où dominent un portrait de groupe de Goya et des oeuvres de Morandi.

  • Quatre enquêtes de terrain menées auprès de 3 000 personnes dans deux pays d'Afrique du Nord (Maroc, Tunisie) et deux du Sud du Sahara (Tchad, Togo), à partir d'un questionnaire commun avec des adaptations locales, posent un jalon dans une réflexion sur les rapports que ces publics entretiennent aujourd'hui avec les films en Afriques. L'analyse permet de rendre compte des oeuvres vues, par quels moyens dans différents contextes, et de questionner les usages, les sociabilités qu'ils suscitent, les cultures de films qui en découlent, etc. Il s'agit ainsi d'interroger le statut du film dans le jeu de l'offre et de la demande de productions audiovisuelles dans les pays concernés, la place de la production locale sur des marchés longtemps dominés par les productions audiovisuelles occidentales. Ce volume est un approfondissement des premiers résultats d'enquête publiés dans Regarder des films en Afriques (Presses universitaires du Septentrion, 2017).

  • « Vous savez, ce n'est pas pour moi ». L'expression revient souvent chez les personnes qui perçoivent les lieux culturels comme des sanctuaires impénétrables. Lorsqu'elles parviennent à franchir le seuil, elles ont tout simplement l'impression d'y être entrées comme par effraction.
    Fort de son expérience, Serge Saada illustre avec un regard sensible les conclusions des études faisant apparaître des inégalités sociales dans la fréquentation des théâtres. Il dépasse toutefois le simple constat pour défendre l'idée du potentiel du spectateur, d'un spectateur à qui on laisserait le temps de se construire, d'un individu dont la propre culture ne serait pas jugée comme illégitime face à la culture instituée.
    C'est pourquoi le médiateur culturel a un rôle essentiel à jouer, celui du passeur qui sait se retirer au moment opportun pour laisser à l'individu la possibilité de continuer seul le chemin. Le médiateur n'amène rien et surtout pas la culture. Il doit partir du principe que le public a moins besoin de connaissances que de conditions pour les partager.
    Ce livre, riche en exemples relatifs à de nombreuses situations vécues, montre comment des actions menées dans l'esprit de l'éducation populaire soulèvent des questions purement esthétiques à même de faire évoluer les contenus et la pratique artistique. Il cherche à réconcilier l'exigence esthétique à la préoccupation citoyenne.

    Pour forger son analyse, Serge Saada s'appuie sur deux expériences fondatrices et complémentaires. Un cours sur le spectateur de théâtre donné au département de médiation culturelle de l'université Paris III. Puis l'encadrement d'une formation à la médiation culturelle au sein de l'association Cultures du Coeur. Par ailleurs, il enseigne l'écriture dramatique et la mise en scène à Sciences Po Paris.

  • Le terme « appropriation » est de plus en plus utilisé en sciences humaines, sans pour autant que l'on sache à partir de quels postulats il se trouve justifié, que ce soit pour expliquer une action ou pour en faire une méthode de recherche. Le but de ce court essai est de l'intégrer à une théorie de l'interprétation qui en révèle pleinement sa puissance, et c'est à partir du pragmatisme de Charles Sanders Peirce que cela est possible.

  • Jérémy et Killian lui ont proposé un set BDSM extrême.
    Attachée et exhibée dans leur donjon, elle devra accepter tous leurs sévices, pour le grand plaisir des spectateurs et du sien.
    Tandis que les deux hommes installent un à un les accessoires qu'ils vont utiliser, son esprit vagabonde vers des souvenirs des séances intenses.

  • Le contrat, convention génératrice d'obligations entre personnes, traduit juridiquement des rapports - sociaux, économiques - et sa mise en oeuvre est l'un des fondements de toute organisation sociale. La représentation de ce lien de droit dans le cinéma anglophone constitue le premier axe des études rassemblées dans ce volume. La relation contractuelle s'intègre dans l'intrigue, la narration scellant les rapports entre les personnages, dans tous les domaines et dans tous les genres cinématographiques. Mais, très vite, il apparaît que le rapport purement juridique laisse la place à d'autres relations contractuelles - plus intimes, parfois foncièrement illicites... - ou qu'il devienne prétexte à illustrer de plus vastes desseins.
    Le contrat est également perçu comme modèle de la relation qui s'instaurerait entre le prescripteur (l'auteur, voire l'acteur) et le destinataire (le spectateur) de l'oeuvre cinématographique. Le contrat qu'on dit alors "spectatoriel" est, dans un second axe, l'objet de plusieurs des études réunies ici. Entre horizons d'attente, protocoles de lecture, jeux sur les habitudes du public, promesses de l'inscription dans un genre cinématographique, mobilisation d'une cinéphilie du spectateur, discours médiatiques sur les films, c'est la pertinence de la référence contractuelle pour désigner cette relation diffuse entre un locuteur et un récepteur, accompagnant l'acte de création cinématographique, qui est alors interrogée.

  • Ce numéro réunit les contributions de chercheur-e-s travaillant sur les pratiques ludiques passées et contemporaines, notamment dans les arts du spectacle.
    De l'Antiquité (choeur tragique grec, comédie romaine) aux pratiques performatives les plus contemporaines (Rimini Protokoll, Grand Magasin, Royal de Luxe, Jeanne Candel, Joël Pommerat), en passant par le XVIIIe siècle (spectacles d'auto-parodies), le théâtre indien (Kiyam), les pratiques spectaculaires berbères et les jeux poétiques sardes, les auteurs-e-s examinent leurs objets d'étude au prisme du ludisme, ce moyen de "réenchanter" le théâtre, réhabilité depuis peu par les historiens du théâtre et repris comme outil d'analyse par les observateurs des spectacles contemporains.
    Les gestes et les voix ont pour but de susciter des émotions chez les spectateurs. En effet, bien loin de chercher à les édifier par la transmission d'un message, ces propositions scéniques impliquent fortement le public et le font participer au jeu.

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