Littérature générale

  • Ce texte inclassable a d'abord été l'un des plus fulgurants manifestes dada, dont Tristan Tzara s'est inspiré pour son Manifeste Dada (1918). Or, quand il le republie en 1927, Serner le transforme en manuel de savoir-vivre... pour voyous de haute volée ! Ce guide burlesque regorge de conseils avisés en toutes circonstances, que ce soit en charmante compagnie, en voyage ou encore dans l'habillement. Face à une époque de paranoïa aiguë, il s'agit d'instruire l'homme de cour moderne, à savoir l'escroc. Et en somme, de faire l'éloge du cynisme. Serner inflige une thérapie par électrochocs à une humanité dont la folie ne trouve plus de contrepoint que dans la sagesse de l'aigrefin : « Le monde veut être trompé, c'est certain. D'ailleurs, il deviendra sérieusement méchant, si tu ne le fais pas. »

    Né en 1899 à Carlsbad et mort au camp de Theresienstadt en 1942, Walter Serner a d'abord été l'une des plus brillantes figures du mouvement Dada. L'originalité de ses romans, publiés au début des années vingt et devenus des classiques de la littérature moderne, lui a valu le surnom de "Maupassant du crime" et de "Choderlos de Laclos des bas-fonds".

  • "Quel art, quel empire sur soi-même ne suppose pas cette dissimulation profonde qui forme le premier caractère du vrai courtisan ! Il faut que sans cesse sous les dehors de l'amitié il sache endormir ses rivaux, montrer un visage ouvert, affectueux, à ceux qu'il déteste le plus, embrasser avec tendresse l'ennemi qu'il voudrait étouffer ; il faut enfin que les mensonges les plus impudents ne produisent aucune altération sur son visage."Le propre de l'ironie est le double discours. Sous la forme elle-même ambiguë de l'essai, d'Holbach fait ici l'apologie de l'art singulier de ramper, nécessaire au maintien du courtisan dans la Cour du Roi. Art du maintien, de la bonne façade et du savoir-vivre hypocrite, ramper est une manoeuvre subtile, fondée sur l'abnégation. D'Holbach moque l'intelligence des conventions sociales, tissées d'hypocrisie et d'arrivisme. Car c'est n'avoir que peu d'orgueil et de passion que de devoir revêtir le costume de l'hypocrite pour, au fond, conforter le pouvoir des puissants. La position de l'auteur à l'égard de ces courtisans n'a d'égale que celle des courtisans face à leurs pairs et à leur maître. En décrivant les masques dont doit se revêtir le courtisan, d'Holbach met bas les mécanismes mêmes de la dissimulation et de la pantomime.

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