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  • Un texte violent. Et la fierté à le mettre en ligne : bon indicateur de ce qui se renouvelle, vient éclater dans l'écriture et appelle ces formes neuves de partage.
    Violence quant à ce qui est dit ? Oui, en partie : approcher la précarité ultime, celles qui n'ont plus rien, au voisinage des tentes de Don Quichotte, au terme des tunnels de la drogue qui les accompagne.
    Mais en partie seulement : violence peut-être plus radicale dans le deuxième cahier, quand il est question de son propre chemin artistique. Comment on est reçu, comment on progresse. Ces communautés fragiles qui se créent autour d'une pièce de théâtre, d'un festival ou d'une pratique de rue.
    Au passage, on aura traversé avec la même proximité, le même grossissement des visages, le même frôlement des corps, les lieux de la précarité extrême, et ces lieux où se chercher soi-même passe par l'expérience des autres : les rave par exemple, ou une nuit sur une plage, ou les coulisses d'un grand festival.
    Et si c'était la même violence : là où la norme d'une société marchande évince le chemin personnel ? Il n'y a pas de réponse simple. La colère de ce texte n'est pas une accusation - son chemin, on se le fabrique et si l'obstacle est plus lourd, on aura d'autant plus de force à le traverser.
    Une autre question, sous-jacente, qui elle fait autant accusation que question : dans ce chemin par lequel on chemine soi-même vers une pratique d'artiste, quelle place ou quel statut pour l'expérience directe de l'autre, extrême compris ? Quel prix payer, quel trajet prendre ? On nous parlait autrefois d'engagement, ça résonne comment, quand c'est la société au temps de l'industrie culturelle qu'on arpente ?
    Ces chemins, Marina Damestoy les arpente depuis longtemps. Une implication militante auprès des sans-abri, sans laquelle il n'y aurait pas devenir à ce visage entendu autrefois, et les textes écrits dans l'expérience même. Une implication théâtrale, festivals, arts de la rue, puis un passage à la revue Mouvements. Maintenant, l'écriture.
    Un noeud entre l'art et le social qui nous implique tous, en renversant les deux mots.
    Lire aussi sur remue.net son Cahier bigouden et on Animalimages.

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  • Notre pays est considéré comme un pays riche, ses villes vont bien, on y a cinéma et boîtes de nuit, petites bouffes entre copains. On a des ordinateurs au bureau, une voiture pour le week-end.




    Et, en plus, on s'active à boucler un premier roman qu'on essayera de faire publier, on se souvient de ses études de Lettres, on a des rêves d'adolescence qui vous poursuivent même quand on se retrouve aux Urgences de l'hôpital.
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    Parfois c'est Paris (le périph), parfois c'est une grande ville de province (Bordeaux, Lyon ?), mais tout y est si semblable, zones commerciales et centre-villes.




    C'est bien cette tranquillité des apparences dont se saisit à pleine pâte Nicolas Gary, avec les travers de langage qui sont la langue qu'on y entend. Il en extorque une grimace - dans le genre Homme qui rit, vous vous souvenez : ce gamin à qui Victor Hugo a découpé au couteau les deux joues pour qu'il rie en permanence.




    C'est cette cruauté dans l'ordinaire qui donne sa cinétique et sa folie, sa brume intérieure à la façon dont Nicolas Gary tord ici le réel : juste pour l'apporter plus près de nous-mêmes.




    Reste qu'il faut un fil conducteur. Des études de Lettres avec petit boulot dans les banques, à ce manuscrit qu'on tente de faire recevoir, le fil souterrain de cette construction narrative, le chemin qu'on fait soi vers sa propre façon d'écrire - celle qui dresse ici cette satire du présent.





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  • Pour fêter Bakou, derniers jours, fiction qui prolonge la tentative fantastique de Suite à l'hôtel Crystal, voici La chambre des cartes, les voyages d'Olivier Rolin dans l'extrême Est, l'extrême Nord, dans ce bâtiment du bout de la Sibérie où on dépiaute un mammouth extorqué au Permafrost, ou bien sur les traces de ce grand somment de la littérature, les Récits de la Kolyma de Chalamov.
    Les lecteurs de Port Soudan, de L'Invention du monde, de Bar des flots noirs ou de Méroé savent l'obsession du voyage chez Olivier Rolin : mais une tentative pour l'aventure qui passe toujours par la langue, le récit qui dit ce voyage ou cette aventure. Jules Verne, le capitaine Hattéras, sont des fantômes proches, comme Conrad : monde des baroudeurs. Mais si Jean Rolin est pour de vrai ce baroudeur des extrêmes, même pas plus loin que le périphérique, Olivier nous envoie au bout à la langue : la prolifération de L'Invention du monde, utopie d'un récit global, venu au même instant de toutes les villes du monde.
    La fascination qu'il exerce sur nous, ses lecteurs ou ses proches, tient à ce rêve obsédant du livre, où ils se croisent tous. En 2001, Thierry Grillet, à la Bibliothèque nationale, avait proposé à quelques écrivains de se saisir d'un département, et de rédiger un texte libre, sur ce que serait notre rencontre avec ces galeries souterraines de Tolbiac. J'avais demandé les cartes... « On l'a déjà donné à Olivier », fut la réponse... J'avais eu la chance de découvrir le rayon science, le Journal de Trévoux... C'est ce texte d'Olivier Rolin explorant le département des cartes de la BNF (mais croisant Gracq et Claude Simon), pour déceler ce que nous projetons ici d'imaginaire, qui ouvre cet ensemble de 9 voyages, qui ne sont reportages que dans les livres...
    Ainsi, emblématique, l'ultime, déjà accueilli sur Internet : Jean-Christophe Bailly enseigne à l'école du paysage de Blois, qui publie régulièrement des Cahiers. Quand ça avait été mon tour, j'avais écrit sur les ronds-points. Olivier, lui, s'en est tenu à cette vue de sa table de travail.
    C'est donc, en parcourant ici la Mongolie ou la Sibérie, à une lecture de l'imaginaire géographique qu'il nous convie. Ainsi dans ce grand texte, qu'on propose ci-dessous à feuilleter, Magadan, débarcadère de l'enfer : texte qui concerne autant l'intérieur de l'oeuvre du grand Chalamov qu'il concerne l'intérieur même de la Russie post-socialiste. Mais on croise aussi Axionov ou Evguenia Guinzbourg, ou Cendrars.
    Alors, le monde à nous offert, une aventure, un risque, une quête des hommes, de leurs colères, de leur éternelle condition ? Olivier Rolin s'inscrit dans cette tradition. Et, s'il se questionne, cela lui impose seulement ce qu'il voit : ce qu'ici il nous raconte, se limite à nous raconter. D'où l'énorme force d'imaginaire de ces 9 textes, qui commencent par des cartes, s'en vont aux pôles ou en Mongolie, et reviennent à sa table de travail.
    Ainsi, en septembre 2001, Le Monde propose ainsi à Olivier Rolin une enquête en Sibérie : Les oiseaux de la toundra, Une odeur d'éléphant un jour de pluie et « La vie au pôle est d'une triste uniformité », triptyque avec mammouths et Iliouchyne, restera inédit : personne avant nous n'avait lu ces textes. Raison de découvrir La chambre des cartes.

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