Chronique Sociale

  • Le cinéma est puissant et moteur. Les images chargées d'affects touchent profondément, elles illuminent notre for intérieur et modifient notre façon de voir le monde. Des images sommeillent en nous, les images animées les réveillent. Le cinéma impulse du mouvement, suscite l'émotion, nourrit nos perceptions, dope l'existence.
    Dans la première partie de l'ouvrage, l'auteur retrace sa grande complicité avec un art qui a marqué son existence, l'a?éclairé, l'a mobilisé. Le cinéma l'a aidé à traverser des zones de turbulences à six, douze, vingt, quarante-cinq ans et plus. Le grand écran a été thérapeutique pour lui. Des fenêtres didactiques ponctuent sa ciné-biographie. Des vignettes aident le lecteur à composer son récit filmique personnel et à observer les effets du cinéma sur sa psyché.
    Le cinéma est à la fois expérience collective et voyage personnel dans les méandres de l'inconscient et au seuil du subconscient. L'auteur montre les liens patents avec la psychanalyse et la Gestalt-thérapie qui renforcent les vertus thérapeutiques du cinéma. Le visionnement de films réinjecte du mouvement dans une vie figée sur des croyances ou des blocages récurrents. Le cinéma encourage à se réapproprier son destin au lieu de le subir.
    La deuxième partie de l'ouvrage propose vingt-sept récits d'oeuvres inspirantes et toniques, classés par thème. Ces récits sont destinés tant aux personnes curieuses d'elles-mêmes qu'aux thérapeutes soucieux d'étoffer leur pratique.
    En final, l'auteur livre les canevas et les impressions d'ateliers de ciné-thérapie fondés sur les thérapies narratives. «?Légers et profonds?», ces espaces créatifs, qu'il propose, valident les propriétés thérapeutiques du cinéma.

  • Une pédagogie du quotidien L'apport de Michel de Certeau à la pédagogie du quotidien garde toute son actualité alors que l'historien est mort en 1986. La modernité de sa pensée conjuguée au conservatisme de l'école française explique que ses textes, originaux et forts, peuvent encore servir à comprendre et à améliorer la relation pédagogique. Non seulement, de Certeau a enseigné toute sa vie à l'Université, mais il s'est aussi intéressé à tout ce qui touchait l'enseignement en amont, qu'il connaissait bien par ses expériences de terrain, professeur de philosophie en terminale, formateur d'enseignants, et par ses lectures des pédagogues : Illich (qui deviendra son ami), Freire, Deligny... Il interviendra dans les débats autour de l'École défendant, par exemple, le rapport Rouchette sur la rénovation de l'enseignement du français à l'école élémentaire. Il récuse la séparation entre le contenu enseigné et la relation professeur-élève car il perçoit que nous traversons une crise qui marginalise le savoir et d'une manière concomitante favorise l'essor de tout ce qui touche à la communication. Il invite donc les enseignants à théoriser cette relation, peut-être par l'écriture de récits pédagogiques. De Certeau apparaît aussi comme l'un des intellectuels les plus pertinents pour penser l'apprentissage de l'écrit à l'École. Son analyse dispose de toutes les ressources d'une érudition sans faille qui anime une brillante intelligence. Mais, chez lui, il n'y a pas que la tête, le coeur passe avant, comme chez Pestalozzi, le grand pédagogue suisse. Il y a chez lui un intérêt non feint pour l'autre qui insuffle de la passion dans une oeuvre qui garde toute sa tonicité. Les textes de ce grand pédagogue de la fraternité apparaissent très utiles pour imaginer la pédagogie du quotidien dans une École en crise. C'est ce que montre cet ouvrage.

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