Éditions du Noroît

  • Cet ouvrage relate les treize journées d'une aventure poétique effectuée en 2017 le long de la rivière des Outaouais, entre Montréal et Rapides-des-Joachims. Le périple vise ultimement une falaise en bordure du Pontiac où furent érigées, dix ans auparavant, les «êtres de pierres» de l'auteur.
    Les croisements entre l'imaginaire, l'écriture et les réalités historiques génèrent des apparitions, des ébranlements. La trame des déplacements va de pair avec l'intensité des expériences vécues. Bien sûr, ce n'est point un guide de voyage qui décline les attraits incontournables d'une région, mais les textes invitent le lecteur à accompagner pleinement chacune des étapes de l'itinéraire, jusqu'au dénouement final.

  • Écrivain de tendance prolétaire issu d'une famille hassidique, Sholem Shternémigre à Montréal depuis Tishvitz, un shtetl de Pologne, à l'âge de vingt ans. Militant communiste, il est persuadé, comme bon nombre de ses camarades du Parti, que l'avenir de la culture yiddish se trouve en Union soviétique. Son idéal de voir les arts et lettres yiddish s'y développer sera détruit par des événements marquants, dont la Shoah et les persécutions des écrivains, artistes et intellectuels juifs soviétiques par Staline en 1952. Devant l'atmosphère hostile à l'endroit des Juifs qui règne alors en Europe et en Union soviétique, Shtern jettera son dévolu sur le Canada, qui devient un sujet de prédilection dans ses écrits. «Mon voyage au Canada» est rempli d'anecdotes amusantes: poètes ratés, alreytniks (parvenus), séducteurs et jeunes filles s'y côtoient à l'occasion du voyage en mer. Tout en révélant les distinctions claires entre les différents types d'immigrants qui prennent place sur le navire (on ne saurait confondre, par exemple, les Ukrainiens avec les Juifs polonais), «Mon voyage au Canada» illustre des sujets de discussion incontournables dans le monde juif de cette période.

  • Malgré la présence amicale, la chaleur familiale, « [j]e me sens en exil », a écrit Gilles Archambault dans "Qui de nous deux ?" (Boréal, 2011). Ce sentiment, créé par le décès de sa femme, est celui qui donne son rythme à "Sortir de chez soi". L'auteur y déambule dans le quartier McGill parce que sa maison - leur maison - abrite un silence invivable, bien que le passage du temps, comme un train, semble en avoir fait tomber les murs. Dès lors, dedans, c'est comme dehors, car « [j]'ai beau sortir de chez moi, je ne sors pas de moi. » Fuyant ainsi les souvenirs trop prégnants, il est rattrapé par eux au détour des rues.
    Il ne quittera pas pour autant cette maison qu'il voit comme « [s]on dernier ancrage terrestre », car il est « de ceux qui restent ». Il constate toutefois que la rue McGill érige toujours ses vieux bâtiments « d'allure britannique » qui « inspirent [...] un sentiment de crainte », de même qu'elle offre au désir « [c]es jeunes femmes qui prennent une glace aux tables du Van Houtte » et que, eux comme elle, « lui survivront ». Pourquoi marcher, alors, sinon pour hanter le passé qui lui « tient de plus en plus lieu d'avenir » ? La réponse viendra de la jeunesse des carrés rouges, dont il épousera dans la rue le mouvement, ravivant ainsi le souvenir de sa femme en une action qui le fasse sortir de lui-même.
    Cette sortie, elle apparaît également possible au détour d'une pensée : celle que, « enregistrer le présent, nourrir ainsi à peu de frais [s]a passion de la vie », pourrait se réaliser s'il prenait des photos - lui qui, comme il le confie, n'a jamais même possédé d'appareil. Or, le livre offre à son auteur et au lecteur une réelle sortie dans le quartier McGill grâce aux photographies de Erika Nimis qui accompagnent magnifiquement le texte en lui ouvrant de nouvelles avenues.

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