• Ce livre est un cri provoqué par des questions existentielles : comment faire face à la méchanceté ambiante, comment voir sa propre méchanceté sans sombrer dans le désespoir, comme tant d'écrivains qui n'ont pas résisté ? Par l'écriture, par l'ouverture à l'autre, par la compassion, il lui semble possible d'affronter la vie en croyant que, si elle reconnaît la présence du mal aussi bien en elle que dans le monde, elle pourra y répondre en se tenant debout parmi les vivants.

  • Le titre «Le plus petit espace» définit exactement l'expérience proposée par Louise Warren, qui conduit son esthétique du peu à ses conséquences radicales : courts poèmes, vers brefs, images précises et concentrées. Sur le blanc de la page, le poème crée furtivement son espace. La reprise de ces apparitions et de ces effacements, de ces montées et de ces descentes, produit une sensation d'infini. Comme si un long poème se déroulait dans le blanc et que seuls ses accents les plus intenses transparaissaient. La composition minutieuse de ces instants inclut les nombreuses formes de cette réduction : le point, le trait, l'éclair, la lettre, le mot, la rature, le pas, le nid, la main, etc.

  • En hommage à Louise Dupré, le recueil «Moi tombée. Moi levée» esquisse l'itinéraire de corps qui tombent et se relèvent, suivant le proverbe créole qui veut que toute femme a sept sauts dans l'existence, sept stations d'un long calvaire. D'où l'exigence et la transparence qui travaillent ce recueil. Danse des mots et des visages pour que fleurisse la vie dans ce «voyage abracadabrant», si fragile mais combien humain. Le pari ici demeure cette lumière qui éclaire toute chose, les mots et les êtres qui chutent dans le vertige du verbe tomber.

  • «Faux sang» esquisse la tension entre nature et culture ou, plutôt, l'émergence de la pulsion qui, en transpirant de la chair, vacille entre morsures et paroles. Ce recueil présente également la déclinaison d'un paradigme existentiel : l'autre nous précède, nous engendre, nous survit, demeure à jamais étranger. Solitude insurmontable, car aller à sa rencontre ne mène qu'aux semblants et aux spectres, à l'expérience de la limite entre sujet et objet, corde tendue entre jouissance et mort.

  • Talisman

    Pierre Ouellet

    « Je sors de mon histoire : j'entre dans la légende, qui n'est à personne, à qui je l'enlèverais. Je la redonne au monde : la rétrocède à qui elle appartient de tout temps... au ciel et à la terre entre lesquels elle n'a cessé de se déplacer comme l'arbre croît, le loup hurle à la lune, le peyotl et le pétun partent en fumée dans le grand calumet de paix que l'âme abrite au creux de l'être le plus secret. »
    Comme le poète l'indique dans sa présentation, la symbolique autochtone agit ici comme source première de création dans une oeuvre depuis longtemps attentive aux possibles identités de l'être.

  • «Parmi l'invisible» se veut d'abord un livre de guérison de la privation prolongée de sommeil qui avait conduit à «La dévoration», en proposant l'amorce d'une exploration élargie de la vie psychique. Ainsi, le retour à la santé se trouve enrichi de l'expérience limite de l'insomnie, comme si la veille rafraîchie par le repos se trouvait augmentée de celle troublée par la fatigue.
    L'auteur convoque le lecteur à un échange proche de ce que la cure nomme transfert, par le biais du souvenir, de la vision hypnagogique (ou demi-rêve), de la narrativité musicale et de l'image poétique. Le texte sonde la vision ambivalente, impersonnelle, à sa naissance depuis les pulsions muettes, à même la chair opaque.

  • Ce recueil à la tonalité lyrique et intimiste évoque le parcours d'un sujet qui va à la rencontre du monde qui l'entoure et l'habite, attentif au dépouillement nécessaire à l'émergence de la voix. L'auteure y propose une réflexion sur le rapport de l'être-au-monde au sein duquel le corps chute d'abord avant de fusionner avec un territoire inconnu, entrevu au « passage du regard ». « Ombre blanche sur horizon blanc » explore les thèmes de la mort, de l'inachèvement et de l'exil, jusqu'à l'effacement de soi. Le sujet des poèmes est tout en failles et c'est précisément ce qui le porte vers l'espoir, l'appel d'un horizon, celui de l'être et du sens, dont l'équilibre émerge dans l'ouverture à l'altérité en soi, figurée par cet horizon.

  • « Une espèce de l'abîme » est un bestiaire qui retrace ce qui naît du rien et ce qui disparaît dans l'éphémère. Des fragments laissés dans l'argile, par une espèce en mouvement sur un territoire qui s'effrite. Mémoire d'un temps post-immuable.
    Après avoir fait paraître deux poèmes mis en lecture par Chloé Sainte-Marie dans le recueil-CD « À la croisée des silences », Audrey Gauthier offre ici l'ampleur de son souffle. L'écriture s'y avère d'une justesse exemplaire d'un distique à l'autre où la poète cherche un équilibre entre le paysage et son intériorité - toutes deux menacées d'effritement.

  • Dans ce nouveau recueil, Jean-Marc Fréchette livre ni plus ni moins que l'origine de son oeuvre. Il s'agit en effet d'une anthologie de poèmes de jeunesse dans lesquels on perçoit déjà la racine de ses grands recueils, tels que «En amont du Seigneur» et «Le Psautier des Rois». Or, comme son titre l'indique, ici se trame le début d'une relation marquée par le saisissement - celui de la présence de l'Autre au sein même de la contemplation de tableaux bucoliques. Fier représentant d'une tradition poétique spirituelle, le poète l'actualise dans la recherche d'une forme en accord avec son époque.

  • Catabase

    Sadighi Bahman

    «Catabase» explore cette région où le désir d'écrire s'éveille et par laquelle le poète expérimente et vit à fond l'exaltation et la jubilation de la découverte des mots, des choses et surtout du sentiment qu'un chemin, un sens, un ressac, un dialogue, bref qu'une certaine forme de communication silencieuse s'établit entre le poète et Autrui.
    Ce désir invisible, ce blanc attirant, cet être sans visage à qui l'on s'adresse quand on écrit - voilà ce qui pousse le plaisir d'écrire à revenir fouiller systématiquement le mot et le sens. Balancé entre le noir et le blanc.

  • Poète rare et discret, Michel Leclerc est l'auteur de l'une des oeuvres les plus fortes et originales de la scène poétique québécoise de la fin du 20e siècle. Cette rétrospective en illustre à la fois la diversité et la profondeur, tout comme l'ambition sans concession qui la porte. Tour à tour poésie de l'espérance blessée (la trilogie «Comme l'espérance est lasse d'espérer»), de la réflexion littéraire («Écrire ou la Disparition», dont le critique Jean Royer a écrit qu'il était un ouvrage phare des années 1980), de l'amour sans issue et tourmenté (en 2007, à Paris, le Printemps des poètes désignait les «Poèmes de l'infime amour» comme l'un des classiques de la littérature mondiale sur le thème de l'amour, aux côtés des oeuvres de Neruda, d'Aragon, de Marina Tsvetaieva, de René Char ou d'Eluard) et, enfin, poésie du fragment («Le Livre de l'échoppe») conçue comme une quête de l'interrogation qui éclaire.

  • Avec «Un souffle de fin silence», Jacques Gauthier confie son recueil le plus personnel. L'auteur rappelle l'enfance avec sa part irréductible d'âme, évoque la quête spirituelle qui s'enracine dans le désir de vivre et l'apprentissage de la mort. Tout n'est qu'enfantement et renaissance dans ce texte intime aux émotions complexes où le tragique de la souffrance côtoie la beauté d'un amour qui espère tout. Entre l'enracinement et l'effacement, les mots jaillissent du silence et y retournent avec ceux d'amis-poètes comme Jean de la Croix, Saint-Denys Garneau et Leonard Cohen. L'auteur réussit son pari de rendre signifiante une foi mystique dans le monde contemporain.

  • Dans «À propos du ciel, tu dis», deux voix, celles d'une mère et de sa fille, tentent de se rejoindre. Dans les premières parties du recueil, les échos d'un passé, qu'elles ne parviennent pas à lier au présent, les traversent. En elles les émotions, les souvenirs, s'enchaînent et disparaissent aussitôt. Puis, peu à peu, se produit un renversement : la mère va vers sa fille, qui s'est réfugiée dans la forêt pour apprendre sa langue et enfin venir au monde.
    Ce recueil est en définitive consacré au don, à ce qui s'ouvre dans la voix : celle-ci dévoile dans les sujets son amour, elle révèle leur faille plutôt que d'éclairer les évènements. La mère et la fille s'éprouvent ainsi comme lieux de passage ; elles en sont d'abord effrayées, mais la parole leur offre finalement le recommencement qu'elles espèrent.

  • «Comment finissent les arbres» est le texte involontaire d'une mémoire spasmodique dont les à-coups - des listes, des moments, des incipits de récits, des non-poèmes et des poèmes - composent une fresque protéiforme de voix et d'espace-temps.
    Plus concrètement, ce texte tente à sa manière de gérer ses revenants, d'aménager un lieu où peuvent se côtoyer l'échec de la transmission de l'héritage catholique, l'existence vide des banlieues et les plus banales questions métaphysiques.

  • Battements

    François Dumont

    «Battements» : le mot renvoie à plusieurs dimensions du recueil.
    Un battement, c'est une série de coups : une violence que les poèmes refusent d'ignorer.
    Un battement, c'est aussi un intervalle, chargé de possibilités, entre les mots, entre les vers, entre les poèmes, entre les séquences, entre la poésie et les actes.
    Un battement, c'est enfin une pulsation, qui est ici le rythme lent de la méditation.
    Le recueil se compose de cinq suites : «Images noires», poèmes inspirés par «Les désastres de la guerre», gravures de Francisco de Goya ; «Au seuil d'une fontaine», poèmes sur la mémoire de la poésie, écrits en hommage à Anne Hébert ; «Appels d'air», où le dehors rejoint l'intériorité ; «Une chambre», où le recueillement nocturne interroge la noirceur du monde ; «Le lointain», poèmes qui cherchent dans la déroute les signes d'un avenir.

  • Peut-être aurait-il fallu intituler ce recueil L'Auberivière, nom d'un ensemble résidentiel comme il y en a des milliers, pris en étau entre l'autoroute 20 et le fleuve. Depuis le parc de toilettes chimiques jusqu'à la maison inventée par le père malade, ce livre nous invite à une visite inédite de ce lieu de l'enfance qui a non seulement façonné le rapport d'une jeune fille à l'espace, mais a trouvé en elle une voix pour se dire, un oeil pour se voir. C'est une visite au coeur d'un rêve qu'on appelle vivre.

  • «Comme on tue son chien» trace le récit d'une trahison : sous le silence où s'exercent des jeux de pouvoir, les souvenirs se froissent, les repères se grugent, l'amour se fait servile. Dans un espace marqué par l'immobilité du froid et la docilité des villes, le poème invite malgré tout à la transgression. Une nouvelle filiation se construit entre les mots - quitte à ce que l'auteure travestisse le réel, quitte à ce qu'elle devienne à son tour un monstre, un prédateur : le chien n'est pas si loin du loup. Peut-être le poème permettra-t-il alors un nouveau commencement.

  • Un homme, au mitan de sa vie, se donne pour tâche de dresser la géographie intime de sa maison. Il commence par nommer ce qui, en propre, la constitue : les soubassements, les briques, le mortier. Puis, lentement, le poème fait apparaître les objets les plus familiers ; chacune des pièces de la maison s'anime. L'homme trouve sa place dans cet espace miniature, tirant sa force de la permanence des êtres et des choses, tout en étant conscient que toute présence vivante est vouée à l'effacement. Petit à petit, ce microcosme s'ouvre sur de plus larges perspectives. La maison finit par se confondre à la chair même du territoire.

  • Partout dans ce recueil se croisent des textes lourds de constats et de questions, en vers et en prose, entre lesquels se créent d'étranges dialogues. L`écriture y est celle d'une poète en constant état de vertige qui choisit de confronter ce vertige dans le poème, dans la langue, sa langue diversement abordée d'un texte à l'autre, afin d'arriver à entrevoir un peu de réel doux. Car on ne sait jamais d'où, de quelle alternance de pronoms, de quel croisement de phrases, de quelle danse ou déviation de mots, de quel ressassement d'images, de quel heurt sonore pourrait surgir ce bras qui accepterait d'apparaître à hauteur de regard pour soigner le réel. L'ouvrir ne serait-ce que sur un soupçon de lumière sans ciel au-dessus, horizontale.

  • «Ces années-là» racontent, en poèmes brefs, la naissance et l'évolution d'un amour.
    À la passion légitime et légitimée fait obstacle le regard de la société qui désapprouve les conditions de cette relation. Sous les coups de ces regards hostiles, le couple souffre, se débat, et finit par se désagréger, sans que toutefois ne s'éteignent les sentiments.
    Suivant les années intenses de passion, puis de lutte contre l'amour, vient la séparation - une période qui prolonge la douleur et l'explore à même le poème.

  • D'où venons-nous? Qui peut le dire?
    Depuis toujours nous avons inventé des histoires pour tenter de percer le secret de notre origine.
    Nous prétendons désormais y être parvenus grâce à un savoir si exact qu'il nous donnerait accès au réel même.
    Nous nous croyons malins.
    Ce que nous avons fait de la Terre ne nous oblige-t-il pas à reconnaître que nous avons commis quelque lourde erreur dans nos calculs?
    N'est-il pas temps de réviser sans complaisance le récit de nos prouesses?

  • Aiguillée par une leçon reçue jadis, l'auteure retourne à ses paysages fondateurs. Ces retrouvailles sont l'occasion d'une réflexion sur l'écriture des lieux qui forgent l'imaginaire, de même que sur le dialogue entre essai et poème qui porte cette dernière. Éclairés par la sagesse de l'ours, les parcours intellectuel, artistique et spirituel que l'essai retrace se rencontrent, tandis que passé, présent et futur se brouillent et se fondent à la ligne d'écriture. Ainsi libérée de l'obsession du temps et rendue à la présence, la conscience s'ouvre à la mémoire des lieux.

  • «Plus loin que mourir» convoque le besoin irrépressible de vivre malgré la blessure du monde qui accable. Ces textes poétiques se veulent un cri de ralliement, un appel de détresse à notre âme oublieuse, devenue amnésique à l'abominable du monde. Être dans un état d'affliction et sans concession afin de rallier la lucidité; poser un regard de compassion sur la douleur: après l'étonnement et la déroute, aller vers un dépassement.
    L'auteure écrit ses textes à partir des oeuvres artistiques d'Eva Hesse, d'Andres Serrano et d'Antonio Zoran Musi?. Le poème produit une charge émotive capable de transformer cette sombre vision et de la tirer vers la lumière.

  • Au travers d'un dialogue avec Pablo Neruda et en écho à son livre «L'Espagne au coeur», «Un refuge au milieu des flammes» explore une faille tragique de l'histoire : la barbarie.

    Ce long poème évoque les ruines du passé, sur lesquelles se sont érigées nos sociétés, peut-être même nos civilisations. Ce que nous appelons «progrès» a-t-il un sens quand il se réalise aux dépens de masses humaines sacrifiées, au nom de croyances devenues aveugles? Tant qu'il y aura du sang dans les rues, pourrons-nous prétendre que nous sommes une société humaine? Et si, au fond, la barbarie était une composante indissoluble de toute culture?

    La Guerre civile espagnole, venue du fond des âges, apparaît comme une anticipation vertigineuse des temps modernes et annonce les fosses communes ou s'enlisera plus tard l'Histoire contemporaine. Échappant à toute espagnolade ou nostalgie poétique, l'ouvrage illustre le désir de mort qui traverse les siècles jusqu'à aujourd'hui, de Guernica jusqu'à Alep.

    En écho à cette première partie de l'ouvrage, «L'Ange de l'Histoire» rappelle l'éternel et intolérable combat des hommes et des femmes contre la Terreur. Quand l'Histoire tourne le dos au passé, quand celui-ci lui fait horreur, il s'interdit de créer les conditions du progrès. Le salut réside alors dans cette foi du prochain pas, alors même que la course furieuse de l'exil reste le dernier espoir des oubliés.

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