• Dans une approche psychanalytique du processus créateur, l'auteure confronte la création artistique à la clinique des médiations thérapeutiques par l'art. Elle explore l'infigurable, transformé en oeuvre par l'artiste ainsi que la résonance universelle des différentes figures du processus créateur.

    Elle s'appuie sur l'histoire de la psychanalyse et sur des artistes contemporains comme Artaud, Michaux ou Almodóvar qui mettent en scène des corps extrêmes ou encore sur l'oeuvre autobiographique de Michel Leiris, Thomas Bernhard, Hervé Guibert. Le processus créateur révèle le lien passionnel de l'artiste à son oeuvre, ainsi que des liens entre maladie et création.

    Selon le fil d'une écriture personnelle, Anne Brun met l'accent sur l'importance de la sensorialité. « Tout se passe comme si l'oeuvre créait son créateur et permettait à l'auteur de se produire lui-même. La création dans cette perspective ne saurait être que création de soi et appropriation des expériences en souffrance, tant pour le créateur que pour le récepteur de l'oeuvre, tout comme pour les patients accueillis dans un cadre référé à la théorie et à la pratique psychanalytique. »

  • Dans ces entretiens autour du bilinguisme et de la langue créole, Charles Melman montre que si la psychanalyse est à l'heure actuelle souvent condamnée comme rétrograde, elle est au contraire parfois capable d'invention.

    De ces séminaires en Martinique, étalés sur dix années, sont publiés ceux au cours desquels ont été mises au travail les questions posées par le bilinguisme créole-français. à chacun des séminaires et avec un abord toujours différent, Charles Melman a eu le souci de montrer en quoi les conséquences subjectives complexes de la distorsion des lois de la parole et du langage - dont s'est soutenue la colonisation esclavagiste et racialisée (CER) - concernent « des problèmes généraux de notre rapport à la langue et à l'habitation qu'elle nous donne en tant que parlêtres », soulignant la dimension de jouissance traumatique de l'esclavage dans laquelle ces questions restent engluées aux Antilles.

  • La remise en cause de l'évidence naturelle jusque-là accordée à la différence des sexes occupe la scène des débats publics et se retrouve théorisée par l'émergence du concept de « genre » dans sa distinction d'avec le sexe. La différenciation entre sexe et genre émerge d'une fracture avec l'idée que le sexe biologique déterminerait l'identité sexuée et sexuelle. Dans cette nouvelle terminologie, le sexe ne renvoie plus alors qu'à la dimension anatomique et biologique tandis que le genre réfère à la construction psychologique et sociale du sexe. Malgré la pluralité des théories auxquelles le genre a donné naissance, l'émergence de cette notion prend en compte que sexe anatomique, sexuation psychique et sexualité peuvent trouver des nouages autres que ceux promus par des normes confondues avec l'ordre naturel - nouage, souligne la psychanalyse, radicalement singulier pour chacun.

    Cet ouvrage propose une introduction à toute la complexité de ces questions. Il axe son propos sur les controverses entre les théories psychanalytiques et les études sur le genre, et ouvre le dialogue à la littérature, à la philosophie et au cinéma. Cette perspective pluridisciplinaire reflète ainsi l'hétérogénéité des différents abords et usages du genre.

  • Qu'est-ce que s'orienter dans la pensée, quand c'est le réel de l'expérience psychanalytique qu'il est question de penser, dans ce livre, avec Lacan ?

    S'orienter dans la pensée, puisqu'au dire de Lacan nous pensons avec nos pieds, c'est marcher. Ce que pratiquait Aristote. Marcher, comme dit écrivant Madame Bovary Gustave Flaubert, droit sur un cheveu. Mais pour marcher droit sur un cheveu que faut-il savoir ? Il faut savoir se faire fourmi, comme celle que dessine Escher traçant sa piste sur la ligne plus mince qu'un cheveu du ruban de Möbius. C'est sur son grand huit que se lance la parole dans l'expérience analytique, au bord du trou de l'inconscient où penser c'est perdre le fil. 

    D'où le vertigo d'OEdipe sur le grand huit de la vérité. Giorgio de Chirico l'a bien compris : devant la sphinge aux yeux clos, OEdipe n'a plus sa tête. C'est sur ce mannequin métaphysique d'OEdipe que Freud a taillé sur mesure son complexe normatif. 

    C'est au-delà de l'OEdipe qu'avec Lacan (mais aussi Bataille, Blanchot et Beckett) nous avons à penser l'inconscient et le symptôme, la passe et le contrôle, la jouissance et la féminité, l'angoisse et la phobie, la tristesse vicieuse et le déchet, la ségrégation et les camps.

    M. B.

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    Les psychanalystes savent depuis l'enseignement de Freud que les carences, les blessures narcissiques peuvent s'harmoniser au sein d'une société. Ce « rééquilibrage narcissique » a permis à Jésus, privé de père, d'en trouver un qu'il propose en partage à tous. Parce qu'elles servaient les politiques en place, les bases de la religion chrétienne sont ainsi posées. Siècle après siècle, elles ont conforté une structure familiale qui, pour tout croyant, est une référence, un guide, mais aussi une astreinte.

    La religion, par ses constructions artificielles, telle la notion de Dieu-Père, détourne à son avantage les questions que chacun, chacune tente d'aborder. Pour l'auteur, il ne s'agit pas de vêtir l'Humain de concepts, mais de l'aider à se dévêtir de ses fictions afin de lui permettre de retrouver le « goût du manque » d'où part un désir infini qui ne rencontre jamais un Dieu qui le comble. Il propose dans cet essai une voie disruptive qui délaisse la spiritualité verticale avec le Dieu-Père-Créateur pour une spiritualité horizontale à vivre dans le compagnonnage.

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    Préface de René Schaerer

    En cancérologie et en soins palliatifs, poussés par une forte attente sociétale, les psychologues sont aujourd'hui invités à rencontrer les malades et les proches afin de les aider à articuler une parole claire, rationnelle et raisonnée, au plus près du discours médical. L'approche psychanalytique soutenue dans cet ouvrage consiste à effectuer un pas de côté vis-à-vis de cette posture de soin qui force la vie psychique.

    Il arrive que la maladie grave et la menace de mort deviennent l'occasion d'une parole autre sur soi  et d'une véritable transformation subjective. A contrario, certains malades, notamment en fin de vie, refusent de produire tout effort de mentalisation et préfèrent rester tranquilles ; il est alors tout à fait important de respecter cette ultime volonté. Mais le plus souvent, plus modestement, la pratique psychanalytique quotidienne aide le patient à retrouver sa parole et à se dégager du bain médico-technique qui tend à gommer les moindres variations subjectives.

    Les auteurs de cet ouvrage donnent à ce travail de construction de sens toute la valeur qui lui revient. Dans cet écart entre ce qui a été communiqué au patient et ce que lui-même en dit, vient justement se loger la part désirante, qui lui permet, autant que possible et parfois jusqu'au moment de sa mort, de rester vivant avec la maladie.

    Mise en vente le 7 mai 2015.

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    Les séparations, entre attraction et perte, séduction et renoncement, scandent le rythme de la présence et de l'absence, tout au long de la vie, dans ses passages, ses aléas et ses désordres, dans ses rencontres et ses miracles. Entraînées par la masse d'affects tristes, nostalgiques voire mélancoliques, figées par l'angoisse de l'éloignement et de la mort, les séparations risquent d'être essentiellement saisies dans le halo du désespoir ou du traumatisme.

    Ce serait oublier la détermination constructive, indispensable à tous les processus de différenciation : qu'ils se déclinent entre dedans et dehors, réalité psychique et réalité matérielle, moi et autre, masculin et féminin, ils trouvent dans l'expérience de séparation et dans les représentations  qu'elle se donne, un support fondamental riche de toutes les potentialités de changement.

    Les auteurs explorent les multiples voies qui s'offrent à nous pour aborder la question des séparations, qu'elles relèvent d'une catastrophe ou qu'elles assurent une victoire.

    Mise en vente le 26 septembre 2013.

  • Comment faire penser en utilisant délibérément la capacité du rire à déconstruire avec légèreté les fausses évidences et les idées reçues, et de l'appliquer par privilège (mais non exclusivement) aux pratiques sociales et relationnelles ? Dans ses activités de formation, de supervision et d'analyse de la pratique, l'usage de l'histoire drôle fut pour l'auteur un modus operandi constant : ce livre est une tentative pour appliquer à un public plus large cette forme de maïeutique, non sans risque en l'absence de l'échange vivant au sein d'un groupe. Chaque histoire drôle « dans le raccourci et le rire qu'elle entraîne, pousse (le lecteur) à des sauts logiques, déplace les enjeux, et dissout dans le même temps quelque aporie où il s'était fourvoyé » (Georges Gaillard)

  • La parole oubliée

    Karima Lazali

    Cet ouvrage explore les différentes modalités d'un nouage, entre corps, parole et inconscient, dans la cure analytique mais aussi dans le champ social.

    Une même question insiste tout au long de l'ouvrage : comment et surtout à quelles conditions opère une cure analytique ? En d'autres termes, qu'est-ce que parler pour la psychanalyse (et en psychanalyse) et par quels tours et détours dans le trajet du parlant se produit la transmission du savoir inconscient vers le réel du corps ? Et, partant de là, comment penser le potentiel politique de la parole et ses effets au un par un et dans le lieu social ? Pour y répondre, l'auteur visite l'envers de ce décor, à savoir les lieux de panne de la parole qui ouvrent à différentes formes de ravages, meurtres et autres destructions à l'échelle du psychisme singulier et du collectif.

  • Le Collectif à venir indique d'emblée la dimension et le projet politique de ce livre, au sens de : comment s'organiser, comment se regrouper, comment agir ensemble ? Ou encore : comment créer du commun ?

    Les auteurs rassemblés par La Criée, association créée en 1986 à Reims, exercent dans des institutions psychiatriques. En s'appuyant sur ceux qui les ont précédés, et en particulier sur la pensée de Jean Oury, ils témoignent de leur résistance opiniâtre contre les folies évaluatrices et les volontés de mise au pas de la Haute Autorité de santé, qui s'institue aujourd'hui en « police de la pensée » du soin et des pratiques. Ils montrent comment leur clinique prend sens dans un collectif à construire et à entretenir en ayant le souci de tenir le cap des « praxis instituantes », autrement dit de relancer sans cesse la création de lieux d'accueil et de soins qui s'appuient sur la créativité et la parole mise en acte de ceux qui s'y tiennent : patients, soignants, mais aussi familles et personnes concernées.

  • La psychanalyse et le cinéma, dont les naissances sont simultanées, peuvent se rejoindre dans cette interrogation commune sur le féminin et ses représentations, dont la folie fait partie : comment montrer, mettre en scène, les arcanes de la position féminine ? L'image de la féminité, qui trouve une expression particulièrement saisissante dans le cinéma, se construit à partir de représentations évoluant au cours de l'histoire, et se modifie au fil du temps et des époques. Mais la permanence et la multiplicité des représentations de cette figure du féminin avec ses interrogations, voire ses débordements quand il s'agit de la folie, n'est peut-être pas qu'un simple produit de l'histoire, ou du contexte social et culturel du moment. Derrière les évolutions et les mutations qui semblent contraindre les corps à se plier à des contingences sociales ou artistiques, il subsiste des permanences qui échappent à la mode et à ses processus, comme elles échappent également à ses supports ou à ses destinataires.

  • Ce livre se veut pratique, utile et éthique par le profond respect pour la vie subjective dont il témoigne. Grâce à une description fidèle et vivante de situations concrètes, il développe une réflexion qui permet à la fois de mieux comprendre ce qui arrive lorsqu'un corps est diminué, et d'élaborer, chacun depuis sa place (soignants, patients, proches) des réponses adaptées.

    écrit dans un style vivant et limpide, cet ouvrage est d'abord un livre clinique. En faisant place à la parole des patients, de leurs proches et aussi à celle des soignants, l'auteure a pu montrer qu'une atteinte corporelle ne peut aller sans répercussions psychiques. Celles-ci vont bien au-delà de l'angoisse : les équilibres de vie sont déstabilisés, ce qui induit un retour sur soi et mène vers des changements dans les façons d'être. Le livre montre comment le psychanalyste peut aider, dans le respect de chacun, à faire face à ces bouleversements et à restaurer une dynamique psychique.

  • Une lecture psychanalytique de l'acte éducatif ou de soin à travers la question de la temporalité psychique.

    à partir de la temporalité psychique, pensée dans sa dimension anthropologique, l'auteur ouvre une perspective de compréhension inédite de problématiques psychologiques contemporaines comme la dépendance psychique, le rapport aux limites et à la loi, les conduites oppositionnelles, les troubles de la parentalité, le rapport aux savoirs et la transmission, etc. De nombreux exemples cliniques viennent illustrer l'analyse psychanalytique de l'acte éducatif ou de soin dans le contexte de ce nouveau malaise dans la civilisation.

  • Les Sourds parlent avec leurs mains et entendent avec leurs yeux. Familiarisé avec la langue des signes française, André Meynard travaille comme psychanalyste, notamment avec des enfants, des adolescents et des adultes Sourds. À partir de cette clinique, il montre que la parole des Sourds qui signent s'articule à la dimension désirante. Il rend compte de leur créativité langagière et nous invite à découvrir comment l'inconscient s'y manifeste par exemple, à travers lapsus, traits d'esprit, récits de rêves...

    Contrairement aux discours officiels qui considèrent les enfants Sourds comme des handicapés de la parole et du langage, André Meynard nous engage à prendre la mesure de ce qu'ils nous enseignent par l'originalité de leur prise de parole. En effet, non seulement l'oeil entend mais le geste nous inscrit en langage : en aucune manière ces modalités langagières ne font obstacle à l'acquisition d'une langue écrite ou vocale.

    Après avoir été longtemps interdite, la LSF se voit aujourd'hui écartée des lieux d'accueil et d'éducation des enfants Sourds, ce qui contribue à les faire taire. Pour l'auteur, la SPN (Surdité permanente néonatale) à détecter dès le 2e jour de vie fait partie des maladies inventées par les experts sanitaires qui soumettent déjà tous les dysfonctionnels, les hyperactifs, les futurs délinquants aux mêmes grilles d'évaluation si prisées par nos cultures de la norme, sourdes à l'altérité.

  • En s'appuyant sur l'aphorisme de Lacan : « L'insconscient, c'est le social », Marisa Fiumanò explore les difficultés et le dérives de la jouissance dans nos sociétés démocratiques et libérales, égalitaires et individualistes, sexuellement désinhibées mais apathiques, et interroge la place de la psychanalyse. A travers son enquête sur le mal-être d'une époque, elle montre que le gouvernail social est pointé vers une direction - jouir à tout prix - insoutenable  pour l'économie psychique.

    Le psychanalyste ne peut qu'être engagé tant dans le déchiffrage de la contemporanéité que dans le soutien du désir de ses patients. Cette tâche délicate doit tenir compte de la jouissance du corps, de ses demandes pulsionnelles, sans pour autant annuler la subjectivité, boussole psychique qui gouverne nos existences et en empêche la dérive.

    Le psychanalyste, dans l'application de son savoir à la lecture du social, sollicite la collaboration du politicien auquel sont confiées la distribution et la gestion des jouissances. La psychanalyse et la politique, toutes deux aux prises avec un « impossible » comme le soutenait Freud, devraient pouvoir collaborer l'une avec l'autre. Toutes deux ont à faire avec l'insatisfaction structurale qui habite le coeur des hommes et anime le lien social.

  • « Si les récits de mes analysants m'ont appris à créer ce silence en moi qui me permet d'écouter et d'interpréter, ce sont les tableaux de David Malkin qui m'ont poussé à penser et à écrire. Des images ont inspiré ce livre, m'invitant à traverser, d'une façon nouvelle, certains territoires de la psychanalyse. Les formes et les couleurs ouvrent, par un étrange effet de lumière, sur d'autres dimensions qui amènent l'observateur au-delà des apparences vers une expérience visuelle et en même temps spirituelle. »

    En dix chapitres qui sont autant de passages où se croisent l'art, la philosophie et la politique, l'auteur propose un voyage littéraire et une réflexion herméneutique et poétique. D'un discours à l'autre, l'auteur « passe » entre les disciplines et, en revenant à la racine des mots, approche certains concepts psychanalytiques.  Il nous fait rencontrer la dialectique souple de l'inconscient, ses passages qui deviennent forces de subversion analytique du sujet, de la cité (polis) et aussi de la pensée, puisqu'ils opèrent des retournements constants du discours. 

  • Une pratique de la parole dans le champ de l'aide sociale : quels concepts, quels actes, quelles conséquences, quel pronostic ?

    L'auteur donne une légitimité, conceptuelle et historique, aux pratiques d'aide des services sociaux, dans le respect de l'histoire des « usagers ». La parole est le vecteur fondamental des échanges et des entretiens, et la psychanalyse, comme science fondamentale, reste indépassable pour comprendre les mécanismes en jeu dans la manière dont peut être vécue toute aide sociale.

    En effet, il y a un savoir, une compétence, dans la manière d'user de la parole qui peut rendre un don - matériel, en argent, en démarches administratives - bénéfique ou maléfique ! Cette réédition s'avère salutaire au regard du succès actuel des sciences comportementales et des neurosciences, qui pensent se passer d'une analyse approfondie des effets de la parole, et font fi des effets d'aliénation que toute « aide » produit (qu'elle soit légitime, autorisée par la loi, voulue par un État) ainsi que du malaise que peut rencontrer un acteur social dans sa mission.

  • Que font, vivent et pensent des psys à l'hôpital et en cabinet privé, quand ils sont confrontés à des patients atteints de maladie à pronostic vital, en particulier de cancers ? Quelle place pour le psychisme lorsque le corps est malade ? Quelle place pour le corps quand le psychisme est débordé par les angoisses ? Comment aménager un cadre assurant la continuité de la relation psychothérapeutique et la prise en compte des réalités de la maladie ?

    Des psychologues, psychiatres et psychanalystes ? qui reçoivent à l'hôpital et/ou en cabinet privé des patients atteints de maladies graves, témoignent de leur pratique. La confrontation à la finitude bouscule leurs référents théoriques et leurs repères cliniques. En partageant leurs expériences, au-delà des connaissances et des savoirs, ils montrent que, malgré l'ombre de la mort, leur engagement humain auprès de leurs patients reste une clinique de vie et de liens.

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