Sciences humaines & sociales

  • Ce réquisitoire balaie d'un revers de main la démocratie telle qu'elle a cours. Et, ose-t-on ajouter, telle qu'elle a encore cours. Son argumentation repose sur des réflexions philosophiques qui traitent de l'organisation idéale de la collectivité en démocratie, notamment le Contrat social de Rousseau. La raison seule est garante de la justice, et non les passions, nécessairement marquées par l'individualité. Or, les partis, puisqu'ils divisent, sont animés par les passions en même temps qu'ils en fabriquent. Pour Weil, un parti comporte potentiellement, dans sa lutte pour le pouvoir, un caractère totalitaire. Ils défendent leurs intérêts propres au détriment du bien public. Il faut se garder comme de la lèpre de ce mal qui ronge les milieux politiques mais aussi la pensée tout entière. Contre les passions collectives, elle brandit l'arme de la raison individuelle.
    Rédigé en 1943, ce texte propose un système fondé sur l'affinité et la collaboration de tous, un hymne à la liberté individuelle capable de s'exprimer dans le cadre d'une collectivité.

  • Dans ce texte fulgurant, Friederich rétablit les origines de la doctrine transhumaniste au sein de l'histoire des idées, afin de désamorcer la "coupure historique" que celle-ci tente d'initier. Ce faisant, il dénonce cette idéologie nouvelle qui tente d'améliorer grâce aux sciences la condition humaine mais ne fait que relever à ses yeux d'une profonde inhumanité. Il débusque notamment les procédés invisibles auxquels les "technoprophètes", comme il les qualifie, ont recours pour parvenir à leur fin. Sa critique se double par conséquent d'une dénonciation du capitalisme, dont le transhumanisme est entièrement tributaire. En s'attachant au corps seul, en niant l'esprit, le transhumanisme apparaît comme une dégénérescence du projet philosophique d'émancipation de l'homme.

    Alexandre Friederich a vécu vingt ans à l'étranger avant d'entreprendre des études de philosophie à l'université de Genève. Colleur d'affiches et cycliste, il vit actuellement entre Fribourg, l'Italie, l'Espagne et Mexico. Il a publié aux éditions Allia easyJet en 2014 puis Fordetroiten 2015.

  • Exilé à New York pendant la Seconde Guerre mondiale, Alexandre Koyré a publié en 1943 ces réflexions sur la place du mensonge dans les sociétés totalitaires. Le fonctionnement de ces régimes d'un type nouveau repose d'après lui sur la transformation de la vérité. Le jugement moral porté sur le mensonge dans la vie quotidienne, ou sur les plans religieux et philosophique, se trouve remis en cause en période de guerre. Le mensonge devient une arme nécessaire pour vaincre l'ennemi, voire une obligation. Or, c'est bien un climat de guerre que les régimes totalitaires instaurent constamment. Ces régimes fonctionnent comme des sociétés secrètes, pour la survie desquelles le mensonge est indispensable. À la seule différence qu'ils le pratiquent "en plein jour", en plantant une barrière entre la classe gouvernante et la "masse" qu'ils entendent diriger et asservir.

  • En croisant les archives de l'INA et du Quai d'Orsay, La Révolution cubaine vue par la lucarne gaulliste (1959-1969) permet de revenir sur les relations franco-cubaines au cours de la présidence de Charles de Gaulle et de la première décennie castriste. Il porte également un regard inédit sur la télévision gaulliste, nouveau vecteur de connaissance pour les Français mais également outil de propagande pour le pouvoir qui la mit largement à profit afin de servir ses intérêts. Contre toute attente, la Révolution cubaine fut bien un moyen pour le général d'imposer ses choix en matière de politique intérieure et extérieure, avec l'aide des instances de contrôle de l'information chargées d'en préserver le plus possible les téléspectateurs de son contenu subversif.
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    Docteur en histoire contemporaine, professeur de culture générale et de techniques rédactionnelles pour à l'université catholique de Lille. En 2017, il a publié un premier essai intitulé Ernesto « Che » Guevara - La fabrique française d'un mythe (1957-1967).

  • « Il y a assurément deux façons d[e] parler [du terrorisme], car le terrorisme n'est pas considéré comme tel lorsqu'il est pratiqué (et sous une forme nettement plus meurtrière) par ceux qui, de par leur pouvoir, sont parés de vertu. » Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le colonialisme et le néocolonialisme occidentaux ont causé la mort de 50 à 55 millions de personnes, le plus souvent au nom de nobles idéaux comme la liberté et la démocratie. Pourtant, l'Occident parvient à s'en tirer en toute impunité et à entretenir, aux yeux du reste du monde, le mythe voulant qu'il soit investi de quelque mission morale. Comment y arrive-t-il?

    Dans ce livre d'entretiens, Noam Chomsky et Andre Vltchek démontent la puissance de cet appareil de propagande qui permet à l'Occident de dissimuler ses crimes et le rôle véritable qu'il joue dans le reste du monde. S'ouvrant sur l'histoire du kiosque à journaux de New York où le jeune Chomsky a commencé à faire son éducation politique, leur discussion s'élargit progressivement sur des sujets tels que les bombes nucléaires larguées sur Hiroshima et Nagasaki, la guerre froide, les mésaventures étatsuniennes en Amérique latine (Salvador, Nicaragua, Guatemala, Chili, Cuba), l'Inde et la Chine, l'intervention de l'OTAN en ex-Yougoslavie, les attentats du 11-Septembre, l'invasion militaire de l'Irak, le Printemps arabe, le fiasco de la Lybie et de la Syrie, ainsi que la guerre des drones.

    À travers ce survol, les auteurs critiquent de façon magistrale l'héritage funeste du colonialisme et l'exploitation éhontée des ressources naturelles de la planète exercée par l'Occident. Ce livre d'entretiens est augmenté de deux articles qu'ils ont publiés dans la foulée de l'attaque contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, à Paris, en janvier 2015, dénonçant l'hypocrisie occidentale vis à vis d'un terrorisme qu'il a largement contribué à développer.

  • L'outrage aux mots

    Bernard Noël

    Ce deuxième tome des OEuvres de Bernard Noël comprend ses principaux écrits politiques dispersés au gré de publications éphémères ou de livres épuisés. On y découvre une pensée proprement révolutionnaire, radicale, et qui trouve une part de ses origines dans une analyse extrêmement fouillée de l'histoire de la Commune de Paris, de l'espoir qu'elle souleva et qui semble n'être pas tout à fait retombé, même aujourd'hui. L'autre origine de la pensée politique de Bernard Noël se situe dans la langue proprement dite, dans une analyse de plus en plus fine de la violence infligée à la langue par l'emploi qu'en ont fait de tout temps ceux qui, aux yeux de l'auteur, ont confisqué le pouvoir à leur profit en privant le peuple de ses droits élémentaires. Plus loin encore, il y a ce que Bernard Noël appelle 'la sensure', c'est-à-dire la privation de sens, qu'elle s'opère par le détournement du sens des mots ou par son brouillage (communication, télévision, etc.). Mais quand il théorise l'oppression, Bernard Noël ne cesse jamais d'être un écrivain. C'est ce qui confère à cet imposant volume où se côtoient les genres les plus divers, du poème au théâtre, du pamphlet à la fiction, son autorité, son évidence et sa beauté.

  • Se baigner dans la Seine, réduire la fracture sociale, combattre la finance : que n'a-t?on promis aux Français ? Certes, « les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent », selon une cynique maxime qui a gravement discrédité la politique. Pourtant, imagine-t?on un candidat qui annoncerait que la situation actuelle le satisfait, que le pays ne va pas si mal et qu'il s'engage à ne rien changer ? Même les plus conservateurs emploient volontiers le langage de la réforme ou de la révolution, s'efforçant de susciter l'adhésion en soulevant de folles espérances. Mais l'électeur est-il dupe ?
    Depuis l'institution du suffrage universel en 1848, des milliers de tracts et de professions de foi ont été diffusés par les candidats eux-mêmes. En les réunissant, Bruno Fuligni nous entraîne, entre utopie et démagogie, à la découverte des rêves et espoirs des Français.

  • André Gide, Henri Barbusse, Jean Renoir, Louis-Ferdinand Céline, Louis Aragon, Paul Nizan, André Malraux... A l'heure du stalinisme triomphant et de la " grande lueur à l'est ", nombreux furent les artistes et les écrivains à sacrifier au rituel du voyage en URSS. Un " tourisme politique " d'un genre bien particulier, avec ses codes, ses mises en scènes et ses trajets balisés. Certains de ces voyages sont restés célèbres, tel celui d'Edouard Herriot qui ne vit rien de la famine en Ukraine ou d'André Gide dont les deux livres édités à son retour eurent un considérable écho. Comment étaient organisés ces séjours très contrôlés au pays des soviets ? Et quels étaient leurs relais en France ?
    /> Pour répondre à ces questions, et à beaucoup d'autres, Sophie Coeuré et Rachel Mazuy ont rassemblé 150 documents inédits, qui jettent un éclairage passionnant sur ces fameux voyages. Retrouvés dans les Archives d'Etat de la Fédération de Russie, ils mettent en lumière les échanges entre l'administration soviétique, les organisations françaises et ces écrivains voyageurs dont la clairvoyance ne fut pas la qualité dominante...
    Une mine d'informations sur un grand mythe littéraire et politique.

  • Best-seller international, le petit livre rouge a été imprimé à plus d'un milliard d'exemplaires. Ce recueil de citations de Mao est rapidement devenu le manifeste de la Révolution culturelle et un objet de culte aussi bien en Chine que pour les maoïstes occidentaux. Apparu en 1964, les Citations du président Mao Tsé-toung, bréviaire inspiré des discours ou des oeuvres du fondateur de la République populaire, est d'abord conçu comme un outil d'éducation politique pour l'armée, puis devient l'« arme spirituelle » des gardes rouges et le manuel de vie de 700 millions de Chinois. En Europe, il séduit une partie des intellectuels, les « maos » français de Mai 68, qui le rebaptisent « petit livre rouge » et en font le talisman de leur propre « révolution », ignorants les atrocités commises par le régime chinois. Cinquante ans après le début de la Grande Révolution culturelle prolétarienne et quarante ans après la mort de Mao Zedong, la journaliste Pascale Nivelle raconte l'épopée de cette petite bible en vinyle rouge vif qui a été, de Pékin à Paris, le coeur d'une immense et folle passion collective.

  • Avec son bonheur de façade et ses émotions fabriquées, la culture de l'illusion étend son emprise sur les États-Unis. D'un salon de l'industrie de la pornographie à Las Vegas aux plateaux de la télé-réalité, en passant par les campus universitaires et les séminaires de développement personnel, Chris Hedges enquête sur les mécanismes qui empêchent de distinguer le réel des faux-semblants et détournent la population des enjeux politiques réels.

  • Témoignage de loeuvre dune vie, ce volume réunit vingt-sept articles écrits en quarante ans. Avec pour fil dAriane lélucidation de ce qui fonde lidentité de la « nation France » : le sentiment national et la conscience historique.
    Myriam Yardeni démontre que les croyances et les représentations sont des forces agissantes, aussi puissantes que léconomie ou les rapports sociaux. Elle soutient que lindividu assume son identité par son appartenance à un groupe ou à une communauté : village, ville, patrie, royaume, religion, Église, langue, culture Individus, groupes et communautés entretiennent souvent des relations conflictuelles : dans chaque crise, notamment au temps des guerres de religion (1562-1598), lindividu doit forger sa propre hiérarchie de valeurs, de fidélités, de loyautés et dappartenance.
    Cette identité au travail se construit par la médiation dune mémoire souvent mythifiée qui joue un rôle moteur dans la prise de conscience historique. Les études ici réunies ont précisément pour point commun délucider la fonction assumée par la connaissance historique dans la formation et la cristallisation des identités et des consciences, quil sagisse de conscience de la nation, de la conscience de la religion, de conscience sociale, de la conscience de soi

  • Adolf Hitler, sa vie durant, s'est appliqué à construire son propre mythe. Détruisant sa correspondance et ses photographies de jeunesse, réduisant au silence les personnes qui l'ont côtoyé, il a ensuite minutieusement contrôlé son image et réécrit à sa manière son parcours biographique et politique, aidé par une propagande sans faille qui fonctionna pendant plus de vingt ans.
    Soixante-dix ans après la mort du Führer, Lionel Richard, tel un enquêteur, part sur les traces du dictateur. Il décrypte et recoupe les écrits des journalistes et historiens de l'époque pour démêler le vrai du faux de chaque étape de la vie d'Hitler, de sa jeunesse vagabonde et oisive à son suicide, en passant par son coup d'État manqué en 1923 et son séjour en prison. Illustré par de nombreux documents et photographies rares, cet ouvrage saisit la véritable personnalité et raconte l'itinéraire réel de celui qui plongea le monde dans le chaos pendant la Seconde Guerre mondiale.

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